LE ROCHER DE MINXDIFF
PAYS PEUL. l.i:s FOlLBliS DK DI.NGUI SUR LK MAVu KAIil.
remisa George pour qu'il rangeât cet objet précieux dans une boîte. Or, pour notre cuisinier, tout objet précieux doit se manger et grande fut notre stupéfaction, au moment du repas, de le voir assidu près de sa poêle, faisant sauter dans la friture le plus curieux de nos spécimens géologiques.
Au sortir de Maroua, la plaine s'étend invariablement plate vers le sud ; elle est dominée par le rocher de Minndiff. Minndiff (ou Minndéfa, ce qui veut dire 1' « endroit où l'on fait la soupe) » est un gros village foulbé, situé parmi les collines. Ce sont des blocs granitiques, et le plus grand de tous ceux-ci s'élève comme une pointe acérée vers le ciel. Cette éminence nous servit de point de direction durant deux jours à travers la plaine.
Les journées deviennent très chaudes, un vent brûlant dessèche nos poitrines, les étapes sont particulièrement dures, mais le chemin est facile à trouver, car les rochers, émergeant au-dessus de la forêt, servent constamment de guides. Nous
traversons, durant quelque temps, une forêt où la gomme et le karité se trouvent en abondance ; la gomme, dite de Maroua, fait prime sur les marchés de la Bénoué, à Yola principalement.
■AVS PULL. VILLAGE DE BIN.NDEUK-FOULBl!;.
Le 21 janvier, nous atteignions les rochers de Lara, au pied desquels se trouvent de beaux villages habès. Ces tribus sont tout à fait indépendantes, elles pillent les caravanes; aussi étions-nous suivis par une colonne de marchands qui mettaient notre voyage à profit pour gagner le Mayo Kabi. Le spectacle de ces montagnes entourées de villages palissades est fort curieux, mais à notre vue les sauvages s'enfuirent dans les gorges, et je ne pus entrer en relations avec eux. Cependant il fallait camper, et nous prîmes possession d'une belle case très propre et fort bien disposée dans laquelle nous trouvâmes un vieux gorille, le kaïgama de l'endroit, qui se précipita la face contre terre en faisant des grimaces et des contorsions comme un singe affolé. Je trouvai chez lui des flèches fraîchement empoisonnées, des matraques et des fifres ornés de petites graines rouges, donnant à l'instrument un aspect fort original.
Le lendemain matin, nous prîmes la route de Binndéré-Foulbé
NOUS RETROUVONS BOKARY.
PAYS PEUL. MAISON ET JARDIN A UINNDliRli-FOULBli.
sur laquelle nous rencontrâmes l'homme de confiance du lamido Bokary, chargé de nous saluer de la part de son maître. Ce jeune Foulani nous fit connaître les malheurs qui s'étaient abattus sur leur pays, 'depuis notre passage. Les Moundangs avaient pillé et brûlé plusieurs villages, enlevé des hommes et des bestiaux; les guerriers de Trêné s'étaient montrés les plus féroces, et lorsque Bokary leur reprocha leurs exactions, en leur assurant qu'ils n'agiraient pas de la sorle en ma présence, l'arnado de Trêné lui fit savoir qu'il défiait les blancs et qu'il nous attendrait en armes derrière ses murs, afin de nous barrer la route, si nous avions toutefois l'intention de rejoindre le Kabi par cette voie.
J'avais décidé cependant de descendre vers Trêné pour gagner Lata par le sentier moundang voisin de la rivière, et revoir les cataractes aux basses eaux. Après un repos de trois jours à
Biundéré, où nous avons reçu des Foulbés un accueil très large, la mission, comprenant onze fusils, se dirigeait au sud, vers le Mayo Kabi. Nous partîmes la nuit; les amis de Bokary nous firent escorte durant quelques instants; ils avaient allumé dans la brousse de grands feux sur lesquels se projetaient leurs silhouettes et celles de leurs chevaux; le temps était froid, le ciel sans nuages resplendissaitd'étoiles, ce coup d'œil était merveilleux L'inconnu qui se dressait devant nous, l'imprévu de la iournée suivante, l'état d'esprit dans lequel nous nous trouvions, tout cela donnait un charme sans égal à cette équipée nocturne. Peu de temps; après, notre petite troupe cheminait dans la forêt, et, durant les premières heures de la marche, rien d'anormal ne s'offrit à nos yeux. Vers quatre heures cependant, des pas de chevaux retentirent en avant, nous vîmes des cavaliers prendre la fuite vers le sud ; c'étaient des sentinelles avancées de l'arnado de Trêné; cet homme avait pris toutes ses précautions pour n'être pas surpris. Un peu plus loin, je dépassai des feux abandonnés, des branches encore fumantes, c'étaient des petits postes qu'on venait d'évacuer précipitamment; nous en trouvâmes ainsi jusqu'au jour. Décidément, nous avions de grandes chances d'avoir quelques distractions au cours de cette étape, car les villages voisins du Kabi se trouvaient évacués; les indigènes avaient dû se replier vers la forteresse. Bokary m'apprit, avant de le quitter, que les trois lamidos de Yola, de Garoua et de Binndéré essayèrent plusieurs fois, quoique vainement, de prendre la ville de Trêné, mais les guerriers moundangs sont tellement audacieux, disait-il, qu'il leur fut même impossible de voir les murs du repaire. Cette observation n'a rien de surprenant pour celui qui connaît l'extrême prudence des Foulbés du pays. Vers dix heures du matin, la mission débouchait sur les pentes qui dominent le Kabi ; tirailleurs et piroguiers marchaient légers comme des biches, l'œil étincelant, les narines dilatées, prêts à s'élancer au moindre signal, et trouvant le temps long et la route tortueuse, tant ils avaient le désir de se battre. En sortant d'un bois de rônicrs, nous fûmes tout à coup à