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LA COLONIE DU KABI

PAYS PKUL. Cl\ CHAMP DE COTOX.

repas solides avaient atténué leurs fatigues, ils arrivèrent donc en excellent état. Nous les conduisîmes alors aux magasins de la Niger Company où chacun reçut le prix de son travail, et tous s'en retournèrent contents, ravis, demandant si nous devions revenir bientôt au Chari. Je pris également les mesures nécessaires pour assurer les vivres de retour à l'escorte, et tout le confort possible à l'excellent et brave sergent Tissier, à qui nous sommes redevables d'un dévouement et d'une affection que nous lui rendons avec usure.

Il nous fallut vingt jours pour descendre la Bénoué jusqu'à Lokodja, trois jours, à partir de ce point, pour atteindre Forcados, et dix-huit jours de voyage par mer pour débarquer à Plymouth. Partie le 7 janvier du Bas-Chari, la mission dut sacrifier vingt jours pour explorer le pays et se livrer à ses travaux; notre voyage de retour ne comporta donc, haltes comprises, que soixante-douze jours de marche, de Fort-Lamy à Calais, où nous débarquions le 9 avril, sans avoir accéléré nos étapes et complètement remis de nos fatigues.

Comme on le voit, nous avons suivi jusqu'au Centre africain une route fluviale assurément meilleure que celle du Congo et

LA GRAND h: ROUTE DU TCHAD.

de rOubangui. Comme cette dernière, la voie Niger-Bénoué- Kabi-Toubouri subit les désagréments des basses eaux et le passage en pays étranger. Mais elle est moins coûteuse, ne nécessite qu'une journée de portage et ne présente ni rapides, ni diflicultés en dehors des chutes de Lata. L'inconvénient réel de ces deux routes est d'aboutir à des terrains sans valeur, encore cependant, que la nôtre traverse la bonne colonie du Kabi et, limitée à cette possession, présente dès lors un très vif intérêt. En résumé, nous avons parcouru dans le Centre africain des pays très variés, les uns riches, les autres pauvres et sans avenir. Nous avons appelé « colonie du Kabi » l'ensemble formé par le pays moundang, le Laka, le Haut-Logone, le Toubouri et le territoire peul de Binndéré-Foulbé. Nous avons donné le nom de « terre cassée » aux possessions du Tchad, aux blocs argileux français et allemands du Bas-Chari; nous avons, de plus, formulé des appréciations très sincères au sujet des terrains plus légers du Bornou. Voici donc deux groupes de pays bien distincts: la colonie du Kabi, capable de richesse; les territoires tchadiens, emblème de pauvreté. C'est là, me semble-t-il, le partage le plus exact entre ces régions, si différentes l'une de l'autre. Oui, richesse la belle vallée du Kabi, régulièrement enrichie par les crues; richesse également ces territoires moundangs couverts de cultures et de villages; richesse, de plus, les contrées du Logone et du Toubouri à la population forte et dense; richesse encore à Binndéré-Foulbé avec l'élevage, le grain et le coton; richesse, enfin, cette colonie du Kabi, pénétrée par une excellente voie fluviale, durant trois mois chaque année, jusqu'au village de Lata.

Que voyons-nous près du Tchad, au contraire? pauvreté de toutes parts! Pauvreté, « la terre cassée », rôtie par le soleil; pauvreté les dunes brûlantes du Bornou ; pauvreté encore le Bas-Chari et le pays kotoko; pauvreté toujours le Kanem jusqu'au Ouadaï; pauvreté navrante sur ces steppes impraticables en hivernage et desséchés quelques semaines après.

Cependant la politique locale, les incursions des Ouadaïens

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