LA RICHESSE DU SOL
et l'agitation de quelques chefs rebelles nous figent sur ces pays pauvres, où nous paraissons obligés d'entretenir un millier d'hommes, où nous semblons forcés d'engager des dépenses énormes en disproportion évidente avec la misère environnante.
11 en résulte que nous sommes contraints de négliger les territoires du Kabi situés plus au sud, et sur lesquels nos troupes vivraient très au large. C'est ainsi que nous occupons Lai, centre des pays fertiles, avec une trentaine de tirailleurs auxiliaires et quelques réguliers; et cet effectif doit apaiser les Moundangs, prospecter le pays laka, veiller sur le Toubouri, interdire la traite et le rapt des esclaves et, bientôt peut-être, imposer notre influence à Binndéré-Foulbé qui ne sait pas encore le nom de son propriétaire.
Il sufïirait d'une compagnie pour calmer la colonie du Kabi; on en pourrait fixer le siège principal à Léré, point facile à ravitailler, puisqu'il se trouve sur le cours même de la rivière, et ce poste situé à proximité de la frontière imposerait, d'une façon ferme et définitive, l'influence française dans toutes les régions qui lui sont dévolues par traités et conventions.
Quant aux territoires du Tchad, nous devons leur continuer notre sollicitude ; mais il est nécessaire néanmoins d'y réduire nos dépenses. Les expéditions françaises nous ont assuré la possession de ces terrains; dans un élan merveilleux nos colonnes se sont donné la main à Koussri pour anéantir la puissance et la domination farouche de Rabah, pour imposer le calme à nos populations, et montrer aux.Bornouans les effets de notre civilisation généreuse et pacifique.
Nos devanciers ont ouvert le Centre africain à notre influence, ils ont jeté le pont qui relie désormais nos possessions de l'Afrique occidentale à la colonie du Congo; d'aussi nobles résultats doivent être définitivement acquis; il faut les mettre à profit, d'une manière économique et prudente.
Nous sommes encore trop loin de l'exploitation possible du Centre africain pour y sacrifier de gros capitaux. Nous avons, près de la côte, des colonies à rendement appréciable, à richesses
palpables et nettement reconnues ; des terres productives situées devant la cale même des navires, le Gabon et le Congo, par exemple, qui profiteront aisément des efforts qu'on pourra leur prodiguer en réduisant les dépenses ailleurs.
Il faut voir ce que le présent nous impose d'une façon formelle aux territoires du Tchad; nous devons envisager s'il nous est indispensable de nous fixer aussi loin vers l'est et si nos effectifs actuels ne pourraient être avantageusement remplacés par des forces moins nombreuses, mais plus mobiles, soit par des compagnies d'infanterie montée à chameau, soit par des unités du même ordre, stationnées ou campées dans les régions capables de les nourrir, soit vers Laï, soit dans la vallée du Kabi. Du même coup, les services accessoires et les dépenses superflues seraient diminués pour le bien des colonies productives.
Ma tâche consistait à rendre un compte exact et fidèle de ce que nous avons fait et de ce que nous avons vu. Je m'exprime sincèrement et sans hésitation, car la nation fait de gros sacrifices pour ses colonies, et je pense qu'il vaut mieux lui signaler nettement les régions sur lesquelles nos compatriotes ne doivent pas, sans mûre réflexion, porter leurs efforts. C'est à mon avis le meilleur moyen de donner confiance aux capitaux qui cherchent à s'employer. J'ai parlé très sincèrement, ailleurs, de la vallée du Nil français (Haut-Niger); l'industrie et l'Association cotonnière coloniale reconnaissent aujourd'hui la valeur considérable de ces terres irriguées et de l'Afrique occidentale presque tout entière ; ce que l'on appelait enthousiasme de ma part, est aujourd'hui l'opinion de ceux qui ont vu et parcouru ces territoires après nous. Mais, par contre, je ne reviens point ravi du Centre africain; la « terre cassée » m'a laissé sous une impression très pénible, et je pense qu'il faut se montrer fort prudent, en ce qui concerne la valeur de ces régions marécageuses. J'ai tâché, par l'exposé précédent, de renseigner ou d'avertir: 1° Le Gouvernement qui dispose des crédits; 2° l'Assemblée qui les vote et 3° les personnalités qui vont tenter la