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LE PROBLEME A RESOUDRE

même altitude que le village de Tépé, situé au confluent du Faro et de la Dénoué. Nous avons trouvé précisément que la différence de cote entre le lac et ce point est voisine de 1 20 mètres, et cette erreur de Barth provient, à mon avis, de ce que le voyageur allemand n'avait pu se rendre compte de l'existence du plateau africain, de cette vaste table sur laquelle sont situés les lacs de la région centrale.

Après avoir pris connaissance des documents les plus complets, j'avais donc fait le projet de rechercher, pour pénétrer au Tchad, une route plus rapide et plus économique que celle du Congo et de l'Oubangui. Cette idée passionnante, grâce à l'importance du problème géographique à résoudre, grâce à l'utilité qui pourrait être tirée de sa solution, germa dans plusieurs cerveaux à la fois : remonter le Niger jusqu'à Lokodja, suivre la Bénoué, pénétrer en amont de Garoua dans l'affluent de celle-ci, qui s'appelle le Mayo Kabi, puis, progressant toujours à contre-courant, remonter cette rivière, naviguer dans le Toubouri et chercher la fameuse communication qui, durant un certain laps de temps, chaque année, déverse les eaux du Logone dans le lac. Ce programme avait tenté plusieurs de mes camarades en service au Chari. L'éloignement de cette colonie leur rendait évidente l'utilité de cette nouvelle voie d'accès.

Le problème, dégagé des difficultés accessoires, revenait, en somme, à suivre une fraction de fleuve jusqu'alors inconnu, tout au moins en amont du village frontière de Bipâré (Bifara sur la carte), situé à la sortie même du territoire allemand du Haut-Kameroun ; l'explorateur anglais Mac Donald et Mizon lui-même n'avaient pu le dépasser.

Qu'était le Mayo Kabi en amont de ce village? Le Toubouri s'étendait-il conformément aux renseignements que Barth avait fournis sur lui? En outre, une communication existait-elle, permettant aux eaux du Tchad ou plutôt du Logone de se déverser dans le Niger par le Toubouri, le Mayo Kabi et la Bénoué?

Nous étions certains de trouver des difficultés sur notre

route; mais en Afrique, il n'existe point de fleuves sans obstacles, car tous descendant d'un plateau, d'une immense table qui surplombe le littoral, présentent nécessairement des rapides et des chutes. Le Mayo Kabi ne pouvait échapper à la loi commune, et nous lui demandions seulement de ne point interrompre nos recherches, de ne pas nous obliger à des transbordements en territoire étranger, de réserver ses caprices pour la colonie du Chari, pour le territoire français, qui posséderait ainsi la clet de la route.

Au point de vue scientifique, la communication seule nous préoccupait. Celle-ci n'existant point, notre étude géographique devenait tout simplement une constatation sans résultat pratique, et, chose plus décevante, la route Niger-Bénoué- Kabi-Toubouri présentait alors une regrettable solution de continuité, cause de portage et de difficultés.

Voilà quel était notre but, quelles étaient les données anciennes et récentes capables de nous diriger vers lui.

Pour espérer un succès, il fallait choisir l'époque favorable à cette entreprise et déterminer, en conséquence, la date de notre départ. Tout cela fut beaucoup plus simple qu'on ne peut se l'imaginer. Quoique n'ayant aucun renseignement formel sur la crue du Logone, je remarquai d'abord que le champ de nos recherches, depuis le Mayo Kabi jusqu'à la communication, se trouve à peu près exactement sous la même latitude (9 degrés) que le village de Badjibo sur le Niger. La crue de ce grand fleuve atteignant son maximum d'étiage dans les premiers jours de septembre (résultat de nos études précédentes), j'en conclus qu'il en devait être très probablement de même du Logone et du Mayo Kabi. Je pensai donc qu'en partant de Bordeaux le 15 juin, nous avions chance de trouver sur notre route la crue de tout le système hydrographique Bénoué-Kabi-Toubouri à son maximum d'intensité, en sorte que, suivant ces prévisons, nous devions voyager dans les conditions les plus favorables.

Nous verrons plus tard que ce raisonnement ne nous avait nullement induit en erreur, et que, grâce à lui, nous avons pu

fixer, même avant notre départ, la date de notre retour en France, avec une erreur de quatre ou cinq jours à peine à notre avantage.

Cela posé, je dus me livrer à l'organisation de la mission; ce labeur est souvent très ardu. Mais notre entreprise, essentiellement humanitaire, présentait, nous l'avons dit, en outre de ses avantages économiques, la résolution d'un problème géographique intéressant; elle fut donc bien accueillie de tous côtés. Nous ne demandions pas des sommes considérables; je proposais d'atteindre le Tchad avec une dizaine de noirs; nos intentions pacifiques se montraient avec une évidence absolue, de sorte que nous ne rencontrâmes aucune difficulté. Quelques personnes seulement se montraient incrédules à l'égard de notre retour et le considéraient comme un événement des plus problématiques, en raison de la faiblesse de notre escorte.

M. Doumergue, ministre des Colonies, avait confiance en nous ; il plaça la mission sous son haut patronage et la dota d'un crédit de 15 000 francs, en priant la Société de Géographie de la prendre sous son égide. M. Le Myre de Vilers, qui, dès le début, m'accueillit avec une bienveillance et une sympathie vraiment touchantes, présidait alors la Commission centrale de cette Société qui, grâce à son appel gracieux et spontané, recueillit une somme égale, pour nous la confier.

Le Comité de l'Afrique française, poursuivant sans répit l'œuvre admirable que depuis vingt ans il accomplit en Afrique, réunit par de généreuses souscriptions un don de 11 000 francs; en même temps, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, à qui je fus présenté par M. le docteur Ilamy, nous donnait 15 000 francs, la majeure partie du legs Benoît Garnier, destiné à l'exploration dans le Centre africain. Enfin, au moment même de notre départ, M. Esnault-Pelterie, président de l'Association cotonnière coloniale, nous offrait 5 000 francs, don personnel et généreux qui portait l'ensemble de nos crédits à 61 OOO'francs.

Résolu à pénétrer au lac Tchad uniquement par voie fluviale,

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