NOTI-: SUR LES FOULA NI S
rarement courageux et guerrier, presque toujours musulman sincère ou pratiquant, tel est dans sa conception générale ce diplomate prudent et enturbanné qui s'ajjpelle : le Foulbé.
Nous les avons vus s'installer dans le massif montagneux du Haut- Sénégal; ils fondent bientôt le grand empire du Foulah-Djalon et donnent naissance à des sectes diverses, englobées sous le nom générique de Toucouleurs (two-colors en anglais). La race mandé leur prend l'esprit dominateur et leur passe son caractère guerrier, mais elle subit en même temps la note d'hypocrisie et de mensonge traditionnelle chez les Foulbés. Au contact des Peuls, ces tribus modifient leur physionomie, le visage s affine, le nez devient moins écrasé, la bouche moins épaisse; des types e.xtrèmement beau.x se dessineni, laissant les membres grossiers et la démarche lourde du noir, pour prendre cette allure élégante et dégagée de l'envahisseur. Plus tard le Foutah devient insuffisant pour contenir l'effusion de la race peule et de ses métis, les Foulbés se dirigent alors vers l'Est. Ainsi, dans leur première invasion, ils vont de l'orient vers la côte occidentale, mais une fois assis en Afrique, une fois perpétués parmi toutes ces races, ils reprennent un exode en sens inverse, accompagnés de tous leurs fidèles, et ceux-ci sont nombreux. Ils se composent des Foulbés purs et de tous les individus à peau noire, issus de Foulanis et d'autchtones. Car vous ne ferez jamais renoncer un Toucouleur à sa provenance ; il semble ressentir quelque fierté à dépouiller son origine de nègre pour se dire lui-même Peul ou fils de Peul. Cela n'a rien de surprenant, d'ailleurs; les Foulbés sont avant tout de grands traitants d'hommes, leurs rapts de chair humaine se sont pesamment abattus sur la terre africaine, ils ont été les rois des marchés d'esclaves, toutes les races, qui n ont pu leur résister, sont devenues chair à vendre.
Le noir a conscience de la situation avilissante du captif, en sorte qu'en se disant Toucouleur ou Foulbé, il est certain d'avance que ses congénères le traiteront avec plus de condescendance, sinon en possesseur d'esclaves, tout au moins en homme libre et redoutable; et pas un Toucouleur ne tait son origine, il est même des noirs qui s'en parent sans aucun droit.
Ainsi nous retrouvons les Foulbés, dans l'empire de Sheïkou, dans le Macina, sur l'Issa-Ber, croisés avec les naturels et parfois même avec des Touaregs, formant, avec ces derniers, les farouches Bellas
si hostiles à notre préseucc Dans le Sokoto, c'est une race nouvelle, moins intelligente et plus laide, qui s offre à leur invasion; c'est le Aoussa, qui deviendra la base du croisement, pour donner un nouveau Toucouleur beaucoup moins fin, beaucoup moins guerrier que ceux du Soudan français; il aura les vices des deux types, nous le trouverons également faux, également cupide. La bestialité, le caractère brutal et grossier de la race aoussa, se reproduisent tout entiers chez les Toucouleurs du Centre africain.
Les Aoussas sont moins industrieux que les peuples du Soudan français, mais ce sont néanmoins des voyageurs de commerce doués de constance et d'initiative. Nous en avons trouvé dans le pays moundang, nous avons également vu des Foulbés en pays Laka, non des Foulanis pur sang, mais des hommes noirs aux traits (!ns, croisement des deu.x races. Puis l'invasion fait tache d'huile, elle est arrêtée par les Kanemin et les Boruouans ; les sauvages du Chari la repoussent, les Habès du Mandara restent indépendants, perchés sur leurs montagnes; les Moundangs lui opposent une barrière à l'est, alors elle s'écoulera vers le sud; l'Adamawa devient un empire, et les Foulbés se croisent avec les hommes du Boubandjidda pour donner les Fellatas.
Peuls, Poulars, Pouls, Poullos, Foutankés au Foutah ; Foulbés vers l'Issa-Ber; Fellanis, Foulanis et Poulanis au Sokoto; Fellatas eu Adamawa, tels sont les noms génériques des Peuls et de leurs croisements toucouleurs.
Je disais tout à l'heure que les Peuls ne sont point des Africains d'origine. Leur être tout entier confirme cette idée. Ces hommes ont avant tout besoin de quinine. Nous les avons vus sur le mayo Kabi, retranchés dans les villages dissimulés dans la brousse, le corps grêle, osseux et long, secoué par la toux des tuberculeux, amaigri par le paludisme, incapable d'effectuer aucun labeur manuel. On reproche aux Foulanis de ne point travailler; mais que pourrait faire en Afrique, une race blanche venue par invasion et que l'on retrouverait là plusieurs siècles après, dans les marais du Kabi, par exemple? Nous avons déjà beaucoup de mal à vivre au Soudan, le travail physique est pour nous difficile, les enfants d'Européens n'y sauraient résister, et nous demandons à des hommes à peu près semblables à nous-mêmes d'y conserver de la vigueur! Ce n'est pas Là ce qu'il faut exigei- des Foulbés; leurs métis romplironl plus tard l'office de
yOTE SUR LES l'OLLANIS
Communs
'LAN Di:S RUINKS DU L ANCIEN PALAIS DU SULTAN AC.IIK.M. A KOUKAWA (CITIJ Dlî I.'OUKST).
travailleurs, mais comme le dit très justement Sir Frederik Lugard, il faut utiliser les qualités de cette race pour implanter notre domination, non pas en nous basaut uniquement sur la stricte application de nos lois, mais, d'une manière efficace et moins prosaïque, en donnant aux Foulanis l'initiative de certaines tâches délicates, sous l'égide de notre commandement.
Nous avons vu à Binndéré-Foulbé ce qu'un Peul sait obtenir de ses administrés. Bokary s'est très nettement institué le chef de son peuple, il a su répartir le labeur dans les fractions organisées de son territoire. Les cultures sont loties, divisées, organisées; les récoltes sont partagées dans les cantons de manière à fournir les vivres annuels aux villages que la saison n'a pas favorisés. C est au sein du Conseil cantonal que se décident les résolutions prises à l'issue de la prière, chacun ayant prêté serment devant Allah et consolidé son dévouement envers le lamido, chef de la religion locale.
Combien est puissant pour Bokary ce levier de la foi musulmane, et comme il sait bien s'en servir sans exagération et sans excès !
Tout cela est affaire de rite et de tradition; le lamido manie ces deux instruments avec une sagesse particulière, et nul doute que cet homme, soumis à nos lois, ne soit un auxiliaire précieux, un administrateur convenable, s'il continue l'exercice de son autorité, de manière à ne point sortir du cadre raisonnable où nous pouvons le fixer. Cette collectivité laborieuse n'est-elle pas un exemple frappant, ne trace-t-elle pas toute une ligne de conduite pour l'organisation de ces contrées ? Laissons aux Foulanis les autorités qu'ils exercent
conformément à nos désirs, changeons les chefs qui ne nous conviennent pas, exigeons de leur part un ordonnancement parfait de leurs territoires, rendons-les responsables de l'organisation des cultures, des industries et des productions.
Ne changeons pas, pour le moment du moins, les rites et les traditions acceptables de celte race; il ne faut rien brusquer avec les Foulanis; le prestige des blancs n'est pas chose qu'ils ignorent, et cela doit suffire pour les plier à nos instructions et à nos désirs. Nous devons les initier à la production progressive en encourageant le trafic, tout en détruisant chez eux la traite des esclaves. Il faudra, tout d'abord, par des moyens convenables, augmenter le travail du captif de case et amorcer, du même coup, celui du Toucouleur, du métis de Foulani, que sa provenance naturelle a plus facilement approprié au labeur productif. Nous avons rencontré beaucoup de métis adonnés aux cultures et surtout à l'élevage ; ce que nous demandons n'est donc pas impossible.
Ce serait une grave erreur de condamner d'avance la race des des Foulbés à la déchéance ou bien à la désintégration. Tout le commerce de la Haute-Bénoué, la traite de la gomme, des tissus, des teintures, du bétail, des chevaux, des peaux, etc., est entre leurs mains, et je ne doute pas qu'une administration sage et prévoyante ne puisse la développer et l'étendre davantage.
Nous trouverons de sérieuses difficultés pour atteindre le but; le Foulbé redoute la présence des blancs, il la fuit avec d'autant plus de persistance qu'il connaît nos procédés, notre but humanitaire vis-àvis de l'esclavage et de ce honteux trafic. Nous voulons détruire la traite des noirs : c'est le luxe des Foulanis, c'est la joie la plus intime de cet individu essentiellement cupide et dominateur. C'est pourquoi nous le voyons s'enfuir et s'expatrier loin de nos centres, parce que, tout en cherchant à supprimer sa main-d œuvre captive, nous lui montrons de constantes exigences, nous lui imposons d'incessantes corvées pour nos installations, pour nos ti'oupes, pour nos besoins quotidiens. Je trouve donc les Anglais bien avisés en maintenant leurs postes à distance des grands centres foulanis. Mais il y a remède à cet exode ; n'exigeons pas le travail du Foulani blanc, développons d'abord le trafic, laissons-lui toute liberté, montrons peu de rudesse au début pour y déterminer le métis qui se cache et se dérobe sous sa parenté.