LE PROGRAMME CROATE
qu'ils fussent en étal d'organiser les immenses provinces qui vont inopinément leur échoir. — Ne succomberont-ils pas à une tâche trop lourde pour leurs épaules? Les vieilles rivalités entre les Catholiques et les Orthodoxes n'aboutiront-elles pas à des luttes intestines? Les populations croates ou Slovènes accepteront-elles l'autorité de Belgrade?
Qui répondra à ces questions, sinon les représentants autorisés des Croates et des Slovènes? — Députés, journalistes, écrivains, tous ceux qui ont réussi à sortir de l'Autriche l'ont déclaré solennellement : « Les Slaves du Sud sont décidés a se réunir ETA FORMER UN SEUL État INDÉPENDANT. Perpétuer la division de nos provinces, en en laissant quelquesunes sous la domination austro-hongroise, ou en soumettre quelques fragments à un autre gouvernement étranger, serait une violation flagrante de notre unité ethnographique, géographique et économique. // est certain que notre peuple y opposerait une Juste et énergique résistance. »
Le président du Comité qui a rédigé ce manifeste est M. Troumbitch, chef du parti national croate à la Diète de Dalmatie, ancien maire de Split, ancien député de Zadar au Reichsrath; parmi les signataires, on rencontre des représentants de la Carniole, aussi bien que de Riéka (Fiume) et de Trieste. Môme les Catholiques extrêmes qui se groupaient autour du D"" Frank à Zagreb ou de M. Chousterchitch à Lioubliana, sont aujourd'hui ralliés à l'unité serbe. Les rivalités confessionnelles chez les Yougo-Slaves ont toujours été superficielles, et elles étaient entretenues uniquement par la politique cauteleuse de la cour de Vienne. Elles sont infiniment moins vives que les dissidences entre Catholiques et Libéraux en Belgique, et il ne semble pas qu'en Belgique ces luttes passionnées aient empêché la naissance d'un
admirable sentiment national ou la prospérité de rÉtat. Les guides du clergé en Croatie et en Slavonie sont les disciples directs de Monseigneur Strossmayer, et, comme leurs ouailles, ils disent : « Les Slaves du Sud sont décidés à se réunir et à former un seul État indépendant. »
La Nouvelle- Serbie reprendra dans le monde un rôle analogue à celui qu'elle a un moment tenu au moyen âge. Les qualités naturelles de ses peuples ont été jusqu'à présent en partie paralysées, d'un côté par la lutte permanente à laquelle les condamnaient leur morcellement et les conditions de leur existence, et de l'autre par la dispersion de leurs ressources. Il faut à l'écrivain, pour que sa voix porte et prenne son entier développement, un large public; il faut surtout au savant des laboratoires, des instruments, de l'argent, des élèves. Les résultats obtenus par les Universités de Belgrade et de Zagreb, en dépit des circonstances difficiles dans lesquelles elles ont travaillé jusqu'à présent, prouvent que, du jour où elles seront libres de coordonner leurs efl'orts et d'appeler à elles toutes les bonnes volontés de l'ensemble de la nation, elles deviendront d'admirables foyers de vie intellectuelle et morale. Elles seront le phare qui de l'Adriatique projettera sur la mer Noire les rayons de la civilisation occidentale. Elles serontlcs grandes propagatrices de la pensée italienne, de môme que le développement économique du pays sera pour le royaume voisin une source inépuisable de richesse et de prospérité.
A une condition cependant, c'est qu'il y aura alliance loyale et égale, — non pas asservissement ou subordination.
J'écris ces hgnes le jour où je viens d'apprendre la déclaration de guerre de l'Italie à l'Autriche. Suivant l'admirable parole de d'Annunzio, le vert et le