L'INDÉPENDANCE
La tyrannie musulmane. — La décadence de la puissance turque au xviii' siècle. Sélim III et les réformes. Les Janissaires. — La révolte de 1804, son caractère primitif et sa rapide transformation. — Kara-Georges. — Les origines de l'idée nationale. Dositée Obradovitch. — Miloch : l'insurrection de 1815. — La Serbie autonome.
II a été de mode longtemps de représenter sous des couleurs idylliques la domination turque, et il est vrai que d'habitude les Musulmans n'ont pas employé la violence pour convertir leurs sujets. — Par tolérance naturelle? — Pas le moins du monde, mais par stérilité d'âme et par mépris. Le Coran dit : celui que Dieu abandonne à l'erreur, tu chercherais en vain à l'éclairer. — Il dit aussi : le monde appartient à Dieu, et il le donne à qui il lui plaît. En d'autres termes, les richesses et les joies de la vie appartiennent aux disciples du prophète; au-dessous du Turc qui conquiert et exploite, le raïa qui peine et obéit.
Toutes les terres du vaincu sont considérées comme la propriété du sultan, « l'ombre et le représentant de Dieu ». Au moment de la conquête, les Serbes, en dehors de ceux qui se convertissent à l'Islam, — assez rares, sauf en Bosnie où ils forment
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une partie importante de la population, les begs, qui tiennent encore maintenant le reste des habitants dans un véritable servage, — ont été dépossédés, réduits à la condition de fermiers et de censitaires. Leurs biens ont été donnés aux mosquées (vakoufi, aux puînés de la famille impériale, surtout distribués en fiefs aux timarioles et aux spahis, tenus en échange au service militaire dans la cavalerie du sultan. Le paysan paye la capitation au souverain et la dime au propriétaire; il entretient le pacha et ses agents, le cadi qui rend la justice, le musselim qui dirige la police. Depuis que les évêques grecs, les Fanariotes ont succédé aux prélats slaves et en particulier après la suppression du patriarcat de Petch en 1766, avec lequel disparaît Tautonomie de TÉglise serbe, les évêques, qui achètent leurs sièges à Constantinople, vendent à leur tour les cures, et les popes, trop souvent ignorants, ivrognes et cupides, ne sont que des percepteurs d'impôts, qui pressurent impitoyablement leurs ouailles.
Très lourdes en elles-mêmes, ces charges deviennent accablantes par les abus de la perception, les voleries des fonctionnaires, la brutalité des agents, la négligence ou les caprices des spahis. Contre la violence et rinjustice, aucun recours. Le raïa n'a ni litre ni droit; il lui est interdit de porter le même costume que son maître, d'exercer un métier qui, de près ou de loin, se rapporte à la profession des armes; sa maison ne s'élèvera pas plus haut que celle du musulman ; l'église n'aura pas de clocher et on n'y sonnera pas les cloches. S'il rencontre un Turc, il s'arrêtera, descendra de sa monture, attendra les ordres et acceptera les injures, cachera son pislolet et son poignard.
En 1873, lors de mon premier voyage à Belgrade, les environs de la ville produisaient une impression