‹ La grande SerbieChapitre 22 sur 119 · KARA-GEORGES · texte numérisé non relu

KARA-GEORGES

influent par sa taille gigantesque, sa force herculéenne, son courage et sa violence, Georges Pétrovitclî, que les Turcs appellent Kara-Georges, Georges le noir. Il se jette dans la forêt, appelle à son secours 'es haïdouks et les paysans. En quelques semaines, ce la Drina à la Morava, le pays est en armes, et les garnisons turques ne sont plus que des îlots perdus au milieu de l'insurrection.

Ee toutes les causes, si diverses, qui contribuent à fausser Thistoire, une des plus fréquentes est la stylisation. Les erreurs de dates et de noms sont insignifiantes, comparées à la fausse couleur locale ou à la convention qui défigure les individus et les événements. Comme la géographie des, Balkans est peu connue, les dramaturges y placent volontiers leurs personnages qui y débitent en liberté leurs alexandrins, et ils nous ont habitué à admirer dans Kara- Georges et dans Miloch Obrénovitch, qui le fit tuer et compléta son œuvre, « des héros de la liberté ». Delacroix était mieux inspiré en plantant sur le sommet de sa barricade un bourgeois en chapeau haute-forme.

Topola où naquit Georges le noir en 1762, est une bourgade formée d'une seule rue, au centre de aquelle s'élève un vieux château en partie ruiné, et une très modeste église byzantine, oîi est enterré le libérateur. A quelque distance de l'église, le konak (palais) de Georges est une fort modeste construction en bois, dont la disposition rappelle les habitations turques ordinaires. Georges lui-même, si nous laissons de côté les traditions orales extrêmement suspectes, était un paysan robuste, qui, dans ses éclats de colère ne ménageait rien ni personne, et qui n'hésita à mettre à mort ni son père ni son frère, d'ailleurs complètement illettré, sans autre éducation que celle de la vie. En revanche, il paraît bien

avoir eu une sorte de ^énie militaire. Il conquit sur ses compagnons un irrésistible prestige, non seulement par sa force et par son audace, mais par son coup d'oeil, la sûreté avec laquelle il découvrait le point faible de l'ennemi, sa promptitude à saisir h. minute de l'assaut décisif. Il avait vécu quelque temps en Autriche, avait pris part à la guer-e de 1788, dans un régiment de volontaires serbes. La discipline l'ennuya vite, il quitta l'armée régulière, se joignit aux haïdouks, y conserva des amis. Rerenu dans son pays, il avait entrepris le commerce des bestiaux, ramassé quelque argent, noué des relations. Les knèzes, par prudence et pour ne pas se compromettre, convaincus aussi qu'ils se débarrasseraient facilement de lui, le poussèrent au commandement. Il inspirait à la masse du peuple plus de confiance que les aristocrates de villages , trop retors, qui ne se livraient jamais entièrement et qui avaient sans doute plus d'une fois trempé dans les malversations des pachas.

La tradition raconte qu'un soir la mère et la femme de Georges le noir étaient seules dans leur maison quand elle fut envahie par un Turc qui, après avoir bien mangé et bien bu, prétendit renvoyer la vieille; comme elle résistait, il la jeta à la porte. Heureusement, Georges arriva au bon moment et d'un coup de pistolet abattit le galant convive, au moment où l'intrus s'apprêtait à le frapper lui-même. — L'histoire est très suspecte, mais elle traduit exactement la situation générale du pays et elle explique la prise d'armes de 1804.

Les insurgés qui courent à la forêt, ne se disent pas qu'ils partent pour la guerre de cent ans. Les knèzes, qui ont donné le mol d'ordre, ont vécu en bonne intelligence avec les Turcs, tant que ceux-ci les ont ménagés. Us réclament non pas la liberté théorique,

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