‹ La grande SerbieChapitre 24 sur 119 · VIDEE NATIONALE · texte numérisé non relu

VIDEE NATIONALE

Même aux pires jours de détresse, dans les années du plus lourd accablement et de la plus noire ignorance, ridée nationale n'avait jamais complètement disparu. Entretenue par les exploits des haïdouks et Tépopée populaire, elle se confondait dans la masse avec l'attachement instinctif à la religion orthodoxe. Lazare et Marko le fils de roi hantaient les imaginations et dominaient les âmes. Les esprits les plus frustes et les cœurs les plus secs ne sont jamais complètement fermés à l'idéal et au rêve. En traçant son sillon dont il n'était jamais sûr d'engranger la récolle, le laboureur rêvait de la liberté perdue et de la gloire éteinte. De temps en temps lui arrivaient de lointains échos de la bataille qui se continuait contre les Turcs au delà de la Save. Les exploits des Croates, la mort héroïque de Nicolas Zrinsky à Siget, où, avec quelques centaines d'hommes, il avait arrêté pendant plusieurs semaines Soliman, ses cent mille combattants et ses trois cents canons (1556); les succès des Ouskoques de Sénia qui, à la fin du xvr siècle, s'étaient avancés jusqu'aux bouches de la Néretva; les multiples révoltes des Serbes de la Slavonie, la formation autour de Varajdin et de Karlovtsi des Confins militaires où les Serbes jouissaient d'une pleine liberté religieuse et élisaient leurs juges et leurs capitaines sous l'autorité directe de l'Empereur, soutenaient les courages et relevaient la confiance dans un avenir meilleur. Dans les montagnes occidentales, sur les bords de la Zêta, au pied du Lovtchen ou dans les défilés abrupts de la Brda, les Turcs n'avaient jamais réussi à établir solidement leur domination; leurs incursions n'y avaient jamais obtenu qu'une soumission incomplète et temporaire, et, chaque fois que les Vénitiens étaient en guerre avec le sultan, les belliqueuses tribus des Pipéri, des Kontchi ou des Climenti reprenaient les armes et se

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jetaient sur les vallées voisines. Depuis la fin du xvii^ siècle, les évèques de la famille de Niégousch avaient constitué autour de Tsétinié, un petit État indépendant, qui entretenait avec la Russie des rapports réguliers et qui bravait toutes les attaques des pachas voisins.

Doubrovnik (Raguse) réussissait à défendre sa liberté à force d'habileté et de prudence et. au milieu des prétentions rivales de la Hongrie, de la Porte et de Venise, la « république aux sept drapeaux » devenait une grande place de commerce et un des principaux ports de la Méditerranée orientale. Elle avait des comptoirs à Constantinople, en Moldavie, à Sarajevo, Novi Pazar, Skoplié et Belgrade; ses négociants apportaient avec eux un soufile de l'Occident et les produits d'une des plus merveilleuses floraisons littéraires qu'ait connues l'histoire. Largement ouverte aux influences italiennes, on honorait dans le monde entier ses érudits et ses savants : le bibliothécaire du Vatican, Etienne Graditch, le bénédictin Antoine Bandouri (mort en 1743) qui collabora à l'édition française des écrivains byzantins, l'astronome Bochkovitch.

Ses poètes s'inspiraient à la foi des modèles latins et des traditions nationales. Ivan Goundoulilch (mort en 1638), dans son épopée d'Osman, bien supérieure à la Jérusalem délivrée qui lui a servi de modèle, chantait la croisade de 1G21 où les Polonais avaient infligé aux Turcs de si lourds échecs et qui avait fait tressaillir le cœur de tant de chrétiens opprimés, tandis que Junius Palmotitch (mort en 1657) célébrait dans sa Zaptislava les vertus et lo triomphe des héros slaves.

De la fin du xv« siècle, au début du xix% Doubrovnik dont la population ne dépassa jamais quelques dizaines de mille habitants, produit ainsi un

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nombre véritablement prodigieux de savants remarquables, d'écrivains de talent, de poètes délicats et féconds, dont quelques-uns seraient universellement célèbres s'ils avaient choisi un dialecte plus répandu. Beaucoup sortent de familles italiennes et ils ont tous goûté le charme et la grandeur de la Rome ancienne ou moderne. Ils n'oublient pas cependant leur patrie étroite et ils aiment la terre où ils sont nés et le peuple qui les entoure. Ils connaissent les épopées populaires et ils s'en inspirent. Mauro Orbini, abbé de Saint-Benoit (mort en 1615), dans son « Empire des Slaves » qui fut longtemps célèbre, est un précurseur de Chafarjik et peut-être le premier des Slavophiles. — Le tremblement de terre de 1667 et plus encore la décadence du commerce méditerranéen portèrent un coup terrible à la richesse et à la gloire de Doubrovnik, sans y tarir cependant le goût des nobles plaisirs intellectuels ni y affaiblir le patriotisme, et, en 1756, Kaltchitch, descendant d'une illustre famille du littoral et légat pontifical, publia ses chansons si directement inspirées des pesraés que le peuple croate se plaît encore à les écouter.

Les Serbes, sujets de la Turquie, ne savaient pas lire; les seuls, parmi eux, qui ne fussent pas complètement ignorants, étaient les popes qui avaient une horreur profonde pour l'écriture latine. Est-il sûr pourtant et même probable que toute cette littérature ragusaine ait été absolument sans action sur les âmes? Il est toujours infiniment malaisé de déterminer l'influence morale d'une œuvre littéraire, et elle s'exerce souvent par des infiltrations souterraines et détournées qu'on ne discerne pas. A celte époque, la population est extrêmement mobile et instable; les négociants de Doubrovnik pénètrent partout et beaucoup de raïas passent une partie de leur vie hors de la Turquie. Ils rapportent de leurs courses

vagabondes des idées confuses, qui s'éclairent par le souvenir des légendes populaires. « Tes voisins sont esclaves, écrivait Goundoulitch; un pouvoir cruel et violent pèse sur eux : chez toi seule, ô Doubrovnik, le souverain siège sur un trône de liberté », et un peu plus loin, il vantait les exploits du « héros dont le glaive a conquis la couronne », Etienne Némania, ou « la vertu d'Obililch qui, près de Kosovo, abattit à ses pieds le terrible empereur ». Quelques noms, quelques vers, suffisent souvent à éveiller les imaginations, à faire surgir les rêves qui deviennent ensuite mobiles d'action.

Depuis la fin du xvin^ siècle, la décadence rapide de la Turquie et ses désastres militaires donnent à ces pensées lointaines et flottantes une précision imprévue. Les Turcs sont chassés de Hongrie, et les victoires du prince Eugène et du margrave de Bade font courir dans toute la péninsule un long frisson d'espérance. Les Autrichiens occupent un moment Belgrade et la Vieille Serbie (1684), et Georges Brankovitch, qui se donne pour le descendant des anciens despotes, trouve assez de partisans pour que l'Empereur s'effraye de son ambition et le garde prisonnier jusqu'à sa mort. La paix de Pojarévals (Passarovits, 1718), cède à l'Autriche la Serbie septentrionale, de la Drina au Timok, et elle la garde jusqu'à la paix do Belgrade (1739). Les armées impériales reviennent en 1788, occupent Belgrade pour la troisième fois (1789).

Les Autrichiens, soupçonneux et intolérants, ne réussissent pas à gagner la sympathie des habitants. Du moins, ils établissent une administration plus régulière, apportent avec eux une civilisation moins primitive. Les jésuites ont un gymnase latin dans un faubourg de Belgrade; les métropolites fondent quelques écoles et les synodes parlent de la nécessité

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de l'instruction. Des livres arrivent de Russie, et quelques maîtres; on publie des manuels scolaires, des livres de lecture, adaptés ou traduits. Jean Raïtch écrit son « histoire des divers peuples slaves, en particulier des Bulgares, des Croates et des Serbes 1794 ».

Ces livres, écrits dans un jargon étrange, mélange de russe-ecclésiastique et de serbe, sont à peu près inintelligibles au peuple. Nous savons cependant qu'il éprouvait pour eux une sorte de vénération : <( il les gardait avec le même religieux respect que s'il s'était agi des livres sibyllins ». On le dirait travaillé par une passion de lumière et de progrès qui ne sait comment se satisfaire et qui lui fait tourner ses regards à la fois vers la Russie, à laquelle il est rattaché parla race et la religion et qui, depuis Pierre le Grand, lui apparaît comme la libératrice prochaine, et vers l'Occident, dont les effluves émancipateurs lui arrivent par Vienne, où « l'Aufklserung », la Philosophie, monte sur le trône avec Joseph II.

Le représentant de ce mouvement impulsif vers la civilisation et la liberté est Dositée Obradovitch, le fondateur de la littérature néo-serbe. Chez tous les peuples slaves, la renaissance politique a été ainsi précédée et préparée par une admirable éclosion intellectuelle et, dans l'histoire des Serbes, Kara- Georges et Miloch Obrénovitch ne sauraient être séparés de Dositée Obradovitch et de Vouk Karadjitch, de même qu'en Italie Gioberti et d'Azeglio annoncent Cavour et lui frayent la route.

Né dans le banat de Témesvar en 1739 d'une très pauvre famille, orphelin de bonne heure, Dositée mène une vie errante qui le conduit d'un bout à l'autre de la péninsule pour le mener ensuite à Trieste, Vienne, Leipzig et Halle. Ce n'est certes pas un grand écrivain, et ses Conseils d'un esprit sain

(1784) OU ses Fables d'Ésope (1788) ne dépassent pas Thonoi'able médiocrité de la masse des écrits moraux qui encombrent le xviii* siècle. Du moins il a eu le mérite, je dirais plus exactement la vertu, de comprendre que, pour être entendu du peuple, il fallait lui parler sa propre langue, et de rompre avec des habitudes surannées. Il y fallait du courage, et, dès les premiers jours, l'igoumène du couvent où il faisait ses premières classes, l'avait mis en garde contre des projets qui lui paraissaient dangereux et coupables. « Ne vois-tu pas, lui avait-il dit, un jour qu'il l'avait surpris lisant un livre en caractères laïques, que dans ce volume la moitié des lettres sont des lettres latines, et ne sais-tu pas que tout livre dans lequel se trouve une seule lettre latine, est maudit? C'est depuis l'époque où on a commencé à publier de pareils ouvrages que les gens se sont mis à manger des escargots. Si tu ne te gardes pas de semblables abominations, tu perdras les quelques miettes de raison que tu pouvais avoir. » Heureusement, à côté du moine timide, d'autres popes l'encourageaient, glorifiaient Pierre le Grand qui s'était acquis un nom immortel en introduisant la science dans son empire, et suppliaient le Seigneur « d'envoyer au monde des souverains amis comme lui de l'humanité, pour affranchir de la tyrannie, de l'ignorance et de la barbarie l'Europe entière, la Serbie, la Bosnie, l'Herzégovine, notre vieille patrie bien-aimée, la Bulgarie et la Grèce et tout le reste de la terre semblable au paradis de Dieu ».

Dosilée Obradovitch réunit en lui les deux tendances qui, à toutes les époques, ont caractérisé le mouvement skve : l'attachement profond aux traditions nationales et le besoin de progrès universel; comme les grands romanciers russes contemporains, comme les rénovateurs de la Bohême, Chafarjik et

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Palatsky, comme le Slovaque KoUar ou les romantiques polonais, Tindépendance qu'il réclame pour les siens, n'est qu'une étape de l'émancipation de Thumaaité. « Pourquoi avons-nous reçu de Dieu la parole et la raison, sinon pour nous en servir en pensant et en jugeant?.... La puissance turque tombe et la chrétienté se relève... La Serbie, la Bosnie et l'Herzégovine parviendront avec le temps à se débarrasser du joug musulman, pourvu que le peuple s'affranchisse de ses préjugés, qu'il oublie les haines invétérées et impies que produit la difterence de religion. Sans cela, il sera pour lui-même le Turc et le bourreau. » En 1807, Dositée Obradovitch était chargé de l'éducation des enfants de Kara-Georges. C'est une sorte de symbole, la rencontre des deux Serbies, le haïdouk et l'écrivain, le bras et l'esprit. 11 est bien certain que sans Kara-Georges les productions de Dositée n'auraient guère eu de portée; mais, sans les popes et les lettrés dont l'œuvre se résume dans Obradovitch, est-il bien sûr que la levée de boucliers de quelques milliers de paysans eût abouti à une insurrection nationale?

Sélim, dès la première heure, s'était défié, avait prévu les suites redoutables d'une rébellion qui, dirigée d'abord contre des irréguliers insoumis, pouvait facilement se tourner contre son autorité souveraine. 11 n'eut plus aucun doute quand il apprit que les Serbes demandaient qu'on les autorisât à élire un knèze suprême et exigeaient que les privilèges qu'ils recevraient fussent garantis par une puissance étrangère; surtout, quand il sut qu'une députation était partie pour Pétersbourg et avait été amicalement accueillie par le prince Czartoryski, le ministre d'Alexandre P'". Il jugea nécessaire d'écraser l'insurrection avant qu'elle se fût solidement établie, et prépara contre elle un grand effort militaire.

L'année 1806 est Tannée héroïque de Kara-Geor^es, celle où il a fondé la popularité de sa dynastie, sur des bases si solides que rien ne l'a jamais ébranlée depuis. La situation était terrible : à l'ouest, le pacha de Bosnie marchait sur la Koloubara avec 30 000 hommes; une armée plus redoutable encore s'avançait par la vallée de la Morava orientale. A l'intérieur du pays, les Turcs citadins, qui n'avaient conclu avec les Serbes que des conventions provisoires, rompaient toutes relations avec les imprudents qui osaient s'opposer aux ordres du sultan. A Belgrade, le chef des Kirdjalis, dénonçait la trêve qu'il avait acceptée. Devant ce péril, beaucoup de paysans perdirent la tète, s'épouvantèrent de l'aventure dans laquelle on les avait lancés sans qu'ils en comprissent entièrement la portée. Les bandes que commandait Jacques Nénadovilch dans la Matchva, se dispersèrent sans combattre. La route de Belgrade était ouverte.

Kara-Goorges, qui n'a avec lui que 9 000 hommes et deux canons, ordonne de mettre à mort les kmètes qui dans cet instant décisif trahissent la cause nationale et fournissent des vivres aux envahisseurs, et il offre la bataille aux Turcs quatre fois supérieurs. Le 13 août, tandis qu'il brise leur élan derrière des retranchements improvisés, la cavalerie qu'il a cachée dans la forci voisine se précipite sur eux et les rejette en désordre sur la Save ou la Drina; les soldats du sultan repassent la frontière, laissant aux vainqueurs un grand nombre de prisonniers et un immense butin; la plupart des officiers supérieurs turcs étaient restés sur le champ de bataille.

De la bataille de Michar (13 août 1806) date réellement l'indépendance de la Serbie. Dès lors, l'élan était donné : l'heure de la vengeance avait enfin sonné. Il y eut depuis des heures de doute et de cruels échecs; la lutte en réalité ne fut plus aban-

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donnée, jusqu'au moment où la Turquie réconnut sa défaite. Les insurgés, vainqueurs des begs de Bosnie, coururent vers le sud, où Déligrad, la ville héroïque, avait, pendant de longues semaines, arrêté l'invasion, et la grande armée musulmane se retira, démoralisée et ruinée. A la fin de la première année, les Serbes enlevaient Belgrade et sa forteresse; quelques semaines plus tard, ils prenaient Chabats. Dès les premiers mois de 1807, il était permis de dire que « le courage de ses enfants avait vraiment transformé l'ancien pachalikde Belgrade et créé la nouvelle principauté de Serbie ». (Stojan Novakovitch.)

Dans ces guerres où sont en jeu, non seulement l'indépendance politique et la liberté religieuse, mais la possession du sol, quand deux races sont restées en présence, durant plusieurs siècles, animées l'une contre l'autre de haines implacables, il serait puéril de prêter au vainqueur des sentiments de miséricorde. Les Turcs, qui, après la prise de Belgrade, avaient évacué le pays, furent surpris dans leur marche et massacrés; dans la ville même, la foule se rua sur les Musulmans qui n'avaient pas pu s'enfuir, extermina ceux qui lui tombèrent sous la main. Après le massacre, nous dit Vouk Karadjitch, le nombre des veuves et des orphelins qui mendiaient dans les rues de Belgrade était tel qu'on avait peine à se frayer un passage. Pour se débarrasser de cette cohue pitoyable, on les embarqua sur le Danube : un voïévode arrêta le bateau, garda pour ses hommes et pour lui les femmes qui lui plurent et abandonna les autres à leur destinée. Un autre voïévode enleva une ambassade turque, la dépouilla et ensuite, « l'envoya à Allah, maîtres et serviteurs ».

Ces procédés étaient trop habituels pour rendre impossible une réconciliation avec le sultan. Il est certain du moins qu'ils ne la facilitaient pas, et les

rebelles ne la désiraient plus guère. La Skoupchtina, qui réunissait tous les Serbes qui avaient quelque influence, organisait un pouvoir rudimentaire, qui était partagé entre les principaux knèzes et les chefs militaires, au milieu desquels Kara-Georges jouait un rôle prépondérant depuis sa victoire de Michar. Des imaginations grandioses envahissaient les âmes; avant la campagne de 1806, les Serbes avaient adressé un appel pathétique au prince-évêque de la Tcherna Gora et « aux frères de la Dalmatie et de THerzégovine», — «en les suppliant de renouveler la fraternité d'armes qui les avait réunis jadis ». Ils comptaient sur l'appui de la Russie qui suivait d'un œil plus attentif les affaires de Turquie occidentale, depuis que Napoléon étendait sa domination sur l'Adriatique, vers les bouches de Cattaro.

De 1807 à 1813, la question serbe est étroitement liée à la politique générale européenne. Tour à tour soutenus par Alexandre I*"" ou abandonnés par lui, suivant que ses relations avec Napoléon le déterminent à combattre ou à ménager la Porte; sournoisement sollicités par la cour de Vienne dont ils se défient, mais dont ils s'appliquentà ne pas décourager la bonne volonté hésitante et suspecte; attirés par la gloire des armes françaises qui occupent les deux rives de l'Adriatique et qui, sous le commandement de Marmont, le duc de Haguse, organisent les provinces Illyriennes, Kara-Georges, les knèzes et les voiévodes réussissent, à force de constance et d'adresse, à paralyser les armées turques et à garder leurs frontières, jusqu'au moment où la Russie, pour rassembler ses forces contre la France, signe hâtivement avec la Porte le traité de Bucarest (1812) qui permettait au sultan d'occuper les forteresses de Serbie et n'accordait aux insurgés qu'une vague autonomie administrative. L'amiral Tchitchagof, le

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