‹ La grande SerbieChapitre 26 sur 119 · MILOCH OBRÉNOVITCH · texte numérisé non relu

MILOCH OBRÉNOVITCH

propre fortune. Il joignait aux habitudes du paysan retors et madré, dont l'éducation s'était faite dans les maquignonnages des marchés, quelques-uns des vices des Orientaux, les passions violentes et fougueuses, l'indifférence absolue dans le choix des moyens, la perfidie et la cupidité. C'était un Louis XI de village, et ses services, qui furent réels, ne compensent pas complètementla décadence morale qu'entraînèrent les moyens qu'il employa sans scrupules. Il sauva son peuple, mais il l'abaissa.

Une nation ne supporte pas impunément plusieurs siècles de despotisme, et les Serbes ne pouvaient pas dépouiller en un instant les vices que leur avait inculqués la longue domination étrangère. Ils s'étaient habitués aux louches intrigues et aux combinaisons sournoises; trop longtemps renfermés dans des horizons étroits, ils se plaisaient aux querelles mesquines et il leur arrivait d'oublier la cause de la patrie pour satisfaire leurs rancunes égoïstes; surtout, ils n'avaient ni le goût de l'entreprise ni le sens du travail régulier, capables d'élans héroïques plus que d'efforts continus. Les procédés de Miloch, ses connivences suspectes, son despotisme soupçonneux, ses profits ilhcites, contribuèrent à nourrir le mal et retardèrent la convalescence du peuple. Il serait injuste de lui imputer une responsabilité excessive, et aucun maître, quel qu'il fût, n'aurai l réussi à guérir du coup les maux qui résultaient d'une éducation lamentable; il est certain du moins qu'il fut un mauvais modèle et que son influence personnelle ne contribua pas à élever et à épurer les âmes. Il fut populaire pourtant, mais parce que la foule se reconnaissait en lui, et il n'inspira jamais le même enthousiasme que Kara-Georges, qui,en dépit de ses erreurs, représentait le côté héroïque de l'âme nationale.

En 1814, l'intrigue patiente et flexible de Miloch

était la seule arme possible. Les Turcs, qui redoutaient toujours une nouvelle tentative d'insurrection, exploitaient leur victoire avec une férocité stupide. Les notables qui n'avaient pas réussi à s'enfuir, les jeunes gens qui murmuraient contre l'oppression, les paysans qui possédaient quelque fortune ou de jolies filles, étaient arrêtés, conduits à Belgrade, jetés en prison, condamnés aux plus horribles supplices. « Le pacha », écrivait-on à l'agent serbe qui était allé à Vienne implorer la protection des souveraine et du Tsar, « en traversant le pays de Belgrade à Oujitsé avec ses troupes, a commis des violences horribles, des pillages, des assassinats. Il a laissé des traces si sanglantes et si noires là où il a passé, que l'herbe ne poussera pas pendant trois années.... En arrivant à la porte de Belgrade, des deux côtés de la rue, il y a 60 à 70 Serbes empalés, parmi eux quelques prêtres et moines. Leurs corps sont mangés par les chiens partout où les botes ont pu les atteindre. » — « Les Turcs, écrivait-on encore quelques jours plus tard, se hâtent d'exterminer les Serbes.... On dit que dans le district de Krouchévats, il n'est resté qu'un homme sur dix; tous les autres ont été massacrés ou empalés. »

Le Tsar essaya d'intéresser le Congrès de Vienne aux souffrances des Serbes. Les diplomates étaient en veine d'humanité, votaient des mesures contre la traite. Ils écoutèrent avec componction les généreuses déclarations du gouvernement russe, qu'aujourd'hui encore il n'est peut-être pas complètement inutile de rappeler :

« Il existe en Europe un code du droit des gens qui a force de loi, en temps de paix comme en temps de guerre. Ce palladium de l'ordre politique est sans contredit le fruit lo plus précieux de l'état de civilisation. En vertu de ce droit universellement adopté.

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