PREFACE VII
encore ne suis-je pas sûr que Vergennes ne se soil jamais trompé. La plus vulgaire prudence nous invite donc à ne pas recommencer une expérience qui aurait des chances de mal tourner, Je veux dire qu'il est urgent de rompre avec des habitudes et des méthodes de gouvernement personnel et secret trop longtemps maintenues par l'illogique insouciance de notre démocratie. Le temps est passé définitivement des traités secrets, des conversations à voix basse, et des intrigues de coulisse.
Lamartine écrivait, il y a trois quarts de siècle : « la politique dont les anciens ont fait un mystère, dont les modernes ont fait un art, nest ni fun ni l'autre.... A l'époque rationnelle du monde, dans l'acception vraie et divine du mot, la politique, c'est de la morale, de la raison et de la vertu. » — Je sais bien que Lamartine n'est plus à la mode et qu'on sourit volontiers de l'idéalisme des poètes. Quand nous lisons cependant aujourd'hui l'histoire de Louis-Philippe, il ne semble pas que Lamartine ait vu moins loin et moins Juste que Guizot.
Réalistes d'ailleurs ou idéalistes, partisans de la politique des anciennes frontières, comme Talleyrand, ou de la conquête du Rhin, Je suppose que nous nous entendrons tous sur un point : il est désirable et même indispensable que les électeurs se pénètrent de la conviction qu'ils doivent apporter une attention plus vigilante et plus avertie aux affaires publiques et, avant tout, aux affaires extérieures, puisqu'ils sont engagés par la parole des ministres. Étrange paradoxe que le scepticisme indolent de tant d'honnêtes gens qui ne se risqueraient pas dans la moindre entreprise sans une enquête attentive, et qui, sans hésitations, sans remords et sans peur, confient un blanc-
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seing à des anonymes, quand il s'agit de leur plus précieuse fortune.
Les événements actuels, en prouvant aux plus distraits les inconvénients de ces pratiques, en auront, fespère, rendu le retour pour Jamais impossible. Jusqu aujourd'hui, notre démocratie, il faut avoir le courage de iavouer, n'a pas pris assez au sérieux sa tâche. Son effort s'est épuisé à conquérir le pouvoir, elle a dédaigné d'en user. Comme les rois fainéants qui se débarrassaient sur leurs favoris des soucis du trône, elle a accepté les yeux fermés la formule parlementaire : le souverain règne et ne gouverne pas.
Tout droit crée un devoir. Tout citoyen d'un État libre est tenu de faire, dans ses soucis et ses travaux, une large part à la vie publique., une part dans tous les cas beaucoup plus large que nous ne lui en accordions. Notre éducation est à refaire, ou plus exactement, à commencer. Il faut obtenir de nos souverains, — c'est-à-dire du peuple, — qu'ils se soumettent au labeur quotidien qui leur permettra de comprendre et de résoudre les problèmes qui surgissent sans cesse autour de nous et qui finissent quelquefois par nous imposer de suprêmes sacrifices.
Pour cela, il est nécessaire de fournir à la masse de la nation les renseignements et les moyens d'orientation indispensables. Actuellement l'éducation préliminaire et les ressources d'information lui font absolument défaut. La presse quotidienne n'accorde le plus souvent aux questions de politique extérieure qu'une place insignifiante. Les trois ou quatre journaux qui ouvrent plus largement leurs colonnes aux rubriques étrangères, ne peuvent naturellement fournir que des indications fragmentaires qui, pour être comprises et