PREFACE IX
critiquées, exigent une érudition qu'il est téméraire de supposer à la moyenne des lecteurs. Les neuf dixièmes, non seulement de tous les citoyens, mais des bourgeois, c'est-à-dire en somme de ceux qui sont appelés à précéder et à diriger l'opinion, n'ont que les idées les plus confuses sur la situation actuelle de l'Europe; ils seraient incapables de dire les mobiles profonds de la conduite de la Belgique, de V Italie, ou même de la Russie et de l'Angleterre. Ils ne se connaissent pas mieux eux-mêmes, parce qu'ils ne connaissent pas leurs voisins. Ils errent ainsi à l'aveugle, poussés par les événements, tout au plus avertis par rinstinct, îion pas conduits par un Jugement précis et clair parce qu'ils n'ont pas, sur le monde qui les entoure, le minimum d'indications méthodiques qui leur seraient nécessaires.
C'est pour leur fournir ces renseignements indispensables à toute conviction réfléchie, que quelques amis et moi nous avons eu l'idée de fonder une
BIBLIOTHÈQUE DE POLITIQUE ET d'hISTOIRE.
// n'est guère douteux pour personne que la guerre actuelle fixera pour une période assez longue la situation du monde, et il est certain que la tranquillilé de l'Europe et le bonheur des peuples dépendront en grande partie de la manière dont aura été rédigé le traité. — Quelles sont les aspirations et les désirs des divers peuples? — Comment concilier les réclamations opposées? — Dans quelle mesure les exigences des cabinets répondent-elles aux besoins réels des États et aux aspirations sincères des foules? — Sur quelles ressources et quelles forces matérielles, intellectuelles ou morales, s'appuient ces prétentions, qui sont quelquefois plus bruyantes que sérieuses? — A quel degré ont-elles conquis l'âme nationale?