LA BOSNIE ET L'HERZÉGOVINE
rocheuses, au milieu desquelles se frayent un chemin les affluents de la Save, TUna, le Vrbas, la Bosna et la Drina, le plus long- de tous, qui vient de la Tcherna Gora et qui, avec son affluent, le Lira, forme la frontière occidentale delà Serbie propre. Un des affluents de la Bosna, la Miliatchka, traverse Sarajevo, la Bosna-Seraï des musulmans, qui, au milieu d'un polie fertile, avec ses magnifiques parcs, son pont renommé à une seule arche, un des plus anciens monuments de l'architecture turque, et sa mosquée célèbre, demeure une des cités les plus originales et les plus pittoresques du monde, en dépit des architectes viennois, redoutables prophètes de l'art néogermanique.
Le versant du Danube et de la mer Noire est séparé du versant de l'Adriatique par la chaîne dénudée des Alpes Dinariques, que franchit à Metkovitch la Néretva, la rivière de Mostar. Mostar, la capitale de l'Herzégovine, est une ville d'une vingtaine de mille habitants, qui doit son nom au pont (most) qui unit les deux rives de la Néretva, et ce fut toujours un centre de communication important entre le littoral dalmate et la Serbie de l'intérieur.
La Bosnie, qui, au moment des grandes invasions, avait été occupée par les Slaves, était contiguë vers le nord et l'est à la Croatie et à la Hongrie, et, de très bonne heure, les bans qui gouvernaient ses tribus cherchèrent tour à tour des protecteurs chez les Néraania de Belgrade et les Angevins de Bude. A l'abri de leurs montagnes, ils conservèrent néanmoins leur indépendance, et, au xiv" siècle, la Bosnie était assez puissante pour que Tvrdko prît le titre de roi. — Son autorité s'étendait sur la région de la Néretva, que l'on appelait alors le Zachloumié (chulm, cholm signifie un mamelon, une hauteur généralement boisée); au xV siècle, un des princes du Zachloumié,
Etienne Vouktchitch prit le titre de duc (Herzog) de Saint-Sava; de là, le nom d'Herzégovine qui s'est conservé depuis. — A diverses reprises, les souverains magyars pénétrèrent dans le pays; ils ne parvinrent jamais à y établir leur autorité, et les prétendus titres historiques qu'invoquent parfois les Habsbourgs sur ces provinces ont infiniment moins de valeur que ceux que Guillaume II pourrait revendiquer sur Milan et Florence.
Tvrdko soutint à diverses reprises Lazare contre les Turcs; au moment de Kosovo, il était absorbé par les affaires de Dalmatie, et l'absence de ses Bosniaques sur le champ de bataille où se jouait l'avenir des Serbes, facilita la victoire de Bajazet. Après la mort de Tvrdko, de même qu'en Serbie après la mort de Douchan, les querelles intestines et les révoltes des nobles favorisèrent les progrès de l'invasion étrangère : les Vénitiens occupèrent la plus grande partie de la côte, et, au début du xvi* siècle, Soliman établit sa domination sur tout l'intérieur du pays (1528).
Les églises grecque et romaine s'étaient longtemps disputé la domination en Bosnie; leur lutte favorisa le développement de l'hérésie des Patarins ou Bogomiles qui, au xii' et au xiii* siècle, parut un moment près de conquérir tous les Yougo-Slaves. Pourchassés en Serbie par les Némania et Saint-Sava, les hérétiques cherchèrent un refuge sur la rive gauche de la Drina, et, comme ni les Orthodoxes ni les Catholiques n'y étaient soutenus par une hiérarchie solidement organisée, les Patarins firent do très nombreux prosélytes et finirent par constituer l'Eglise dominante, sous la direction d'un Grand-père (évêque) qui demeurait près du roi.
Malgré les admirables travaux du grand érudit croate Ratchki, bien des points demeurent encore