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LA BOSNIE ET UHERZÉGOVINE

obscurs dans l'histoire des Patarins ou Bogomiles (les amis de Dieu). Nous savons du moins que leur doctrine, qui était née du mélange des traditions syriaques et perses avec les éléments chrétiens et qui avait ses origines en Asie Mineure, présentait sur certains points une lointaine analogie avec l'Islamisme. Les. persécutions auxquelles les hérétiques avaient été longtemps exposés, avaient d'ailleurs laissé dans les âmes de profondes rancunes, et, après la conquête turque, par haine des Églises officielles, ils adoptèrent en masse la religion des vainqueurs. Les apostats, surtout nombreux parmi les seigneurs, conservèrent sous le nouveau régime leurs privilèges et leurs biens; ils gardèrent la haute main sur l'administration, et de leurs rangs sortirent les capitaines héréditaires (chefs de villes et de districts) et les begs qui, plus puissants que les vizirs, formaient une aristocratie provinciale, arrogante et exclusive, et fermaient la province à tous les étrangers, musulmans ou non. Les paysans furent abandonnés sans défense à leur pouvoir arbitraire et subirent le plus dur servage; en dehors de la dîme qu'ils payaient à l'Etat, ils devaient au seigneur un certain nombre de jours de corvée et le tiers de leurs récoltes; simples fermiers à temps, ils pouvaient sous le premier prétexte venu être expulsés de leurs terres, et ils n'avaient à espérer aucun recours contre les caprices et les exactions de leurs maîtres.

Les begs bosniaques s'attachèrent avec une passion furieuse au système religieux et social qui leur assurait de si précieux avantages, et nulle part le fanatisme turc n'opposa une plus insurmontable résistance aux velléités de réformes des sultans novateurs qui, depuis Sélira, essayaient d'introduire dans l'empire les procédés européens. Les efforts des pachas éclairés pour améliorer la condition des raïas

provoquèrent des révoltes féodales qui ne furent écrasées qu'au prix de luttes prolongées et sanglantes et qui, en ruinant le pays, accrurent les souffrances des colons et les poussèrent à des tentatives désespérées.

Vers 1875, il y avait en Bosnie, en face de 500 000 Orthodoxes et de 200 000 Catholiques, environ 450 000 Musulmans. A quelque religion qu'ils appartinssent, tous les habitants étaient de pure race slave et ne parlaient d'autre langue que le serbe; tous avaient conservé intactes les traditions nationales et se nourrissaient des mêmes pesmés héroïques. Des rives de la Bosna à celles de la Morava, les relations économiques demeuraient actives, et les luttes qui mettaient aux prises les habitants des deux bassins avaient l'aspect de guerres civiles et de conflits sociaux plus que de luttes politiques. Au moment de la révolte de 1804, Kara- Georges avait espéré décider les Chrétiens de Bosnie à se joindre à lui et, à plusieurs reprises, ses bandes avaient pénétré à l'ouest de la Drina. Elles avaient été repoussées, mais ses successeurs n'avaient pas abandonné ses desseins.

Metternich disait : la Serbie doit être turque ou autrichienne. Il entendait par là que les Habsbourgs ne toléreraient jamais la constitution sur leurs frontières d'un État slave réellement indépendant, qui deviendrait vite un centre d'attraction pour les Croates et les Serbes de Hongrie. Tant que François- Joseph avait été absorbé par le souci de défendre sa situation en Italie et en Allemagne, il avait suivi en Orient une politique d'expectative. La diplomatie viennoise, d'habitudes cauteleuses et insinuantes, redoutait encore les gestes brutaux et les surprises violentes. Ces représentants patentés du principe de la légitimité et des traités écrits éprou-

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