‹ La grande SerbieChapitre 41 sur 119 · U AUTRICHE ET LA SERBIE · texte numérisé non relu

U AUTRICHE ET LA SERBIE

vaient quelque gène à invoquer le droit du plus fort et à supprimer sans cérémonie un État dont Texistence avait été sanctionnée par une série de conventions internationales. Ils préféraient arriver à leur but par des moyens moins bruyants, en attirant les Serbes dans leur cercle d'action et en leur offrant une bienveillante tutelle qu'ils transformeraient ensuite en une véritable domination. Ils étaient bien résolus à ne pas leur laisser étendre leurs frontières et ils n'auraient consenti dans aucun cas à les voir s'implanter dans des provinces où ils auraient été une menace permanente pour la Dalmatie.

Du moment où il parut évident que la Turquie n'était plus en état de maintenir sa domination en Bosnie, les Habsbourgs songèrent à se substituer à elle. Radeizky et, après lui, Tégethofî en 1866 en avaient déjà conseillé l'annexion ; Bismarck, bien qu'il s'en soit défendu, y était favorable, comme nous Ta révélé son confident Harden. Il voyait à cette avance de l'Autriche de multiples avantages : tout en offrant au vaincu de Kœniggraetz un dédommagement et une consolation et en se conciliant ainsi ses bonnes grâces, sans qu'il lui en coûtât rien, il jetait un élément de discorde entre Vienne et Pétersbourg, ce qui lui permettrait de jouer le rôle d'arbitre toutpuissant, et il ouvrait à l'influence germanique la route de l'Orient.

Le gouverneur de la Dalmatie, le général Raditch, qui était l'ami personnel de François-Joseph, le décida sans peine à venir visiter le littoral qu'il ne connaissait pas encore. L'Empereur reçut les ecclésiastiques et les notables des provinces turques Voisines, écouta leurs doléances. — On savait sa piété et il escomptait l'appui du clergé catholique, des moines surtout, Franciscains et Jésuites, qui jouissaient d'une antique influence. Raditch lui avait

depuis longtemps ménagé quelque popularité, en favorisant dans son gouvernement l'élément slave contre les Italiens.

Naturellement, cela n'empêche pas la plupart des historiens, qui répètent docilement les traditions venues de Berlin et vivent dans une sorte de phobie de la Russie, d'attribuer la révolte de 1875 aux agents de Pétersbourg. La vérité estque le Tsar Alexandre II, très pacifique, vieilli, désenchanté, absorbé par d'autres soucis, ne désirait que la paix, et, s'il est vrai qu'il y avait dans l'Empire un parti belliqueux, dont le chef était l'ambassadeur à Constanlinople, Ignatiev, son action lointaine fut certainement moins influente sur les mécontents bosniaques que les menées autrichiennes. D'ailleurs, il est parfaitement inutile de supposer des machinations extérieures pour expliquer des révoltes que justifient assez les méthodes de l'administration ottomane et la misère des habitants.

Le soulèvement de 1873 créait à la Serbie un redoutable devoir. « La Bosnie-Herzégovine, dit M. Tsvijitch, n'est pas seulement pour nous ce que sont le Trentin et Trieste pour rilalie, les provinces alpestres de l'Autriche pour l'Allemagne. Elle a pour la Serbie l'importance qu'ont pour la Russie les environs de Moscou, pour les Allemands et les Français les parties les plus vitales de l'Allemagne et de la France. C'est en Bosnie qu'a été écrit en 1189 le premier document serbe connu, la lettre du ban Kouline ; Vouk Karadjitch et les Croates ont accepté comme langue littéraire le dialecte qu'on y parle; elle a fourni à la renaissance nationale quelques-uns de ses meilleurs ouvriers. Nulle part les traditions populaires ne se sont conservées plus vivantes, les chanteurs de pesmés ne possèdent un plus magnifique répertoire. »

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