MILAN ET L'AUTRICHE
relatives aux relations commerciales et aux chemins de fer ne furent acceptées par l'assemblée que sous la pression des menaces de Vienne.
« L'Autriche, disait Ristitch, dans une note qu'il présenta au roi le 7 octobre 1880, prétend occuper en Serbie, d'une façon ou d'une autre, une situation privilégiée, exclusive. — La concession qu'elle réclame aujourd'hui ne serait que la première de celles qu'elle mettrait en avant. L'expérience acquise au traité de Berlin est suffisante pour nous convaincre que la monarchie voisine se sent de plus en plus d'appétit pour l'Orient et que nous, gens de l'Orient, Serbes en particulier, nous ne pouvons rien gagner à son amitié. Tôt ou tard, nous devrons nous engager dans une politique de résistance, de défense.... Il serait puéril d'espérer d'elle une amitié que nous n'obtiendrons jamais. Si elle aperçoit quelque intérêt à nous prêter son appui sur quelque point, elle nous le fera chèrement payer. Ce que nous devrions attendre dans ce cas, ce ne serait rien de moins qu'une union douanière, une union militaire, etc.... »
Milan ne s'effrayait pas de cette perspective pourvu que la Lœnder Bank lui ouvrit de larges crédits. Il renvoya Ristitch du ministère pour se ruer dans les bras des Habsbourgs. Après un traité de commerce qui était une première étape vers l'union douanière et qui faisait dépendre de l'Autriche toute la vie économique du pays, il signait avec elle en 1881 un traité secret qui fut renouvelé en 1889, par lequel elle promettait « d'aider à l'extension de la Serbie dans la vallée du Vardar » ; en échange, il s'engageait à ne jamais favoriser ni même tolérer la propagande serbe dans les provinces autrichiennes, et, en cas de guerre, à ouvrir aux troupes de sa redoutable voisine les places de Belgrade et de Nich. Le dessein d'Andrassy se précisait : l'Autriche, sûre du vassal
qu'elle payait, chargeait ce fourrier complaisant de lui préparer ses étapes vers Saloniqueet de surveiller la Biilg-arie, dans laquelle elle voyait encore une cliente naturelle de la Russie.
Milan s'acquitta avec plus de zèle que de succès du rôle misérable que lui avait assigné le Ballplatz, A la première nouvelle de la révolution de 1885 et de la réunion à la Bulgarie de la Roumélie orientale, il rassembla une armée et obtint de la Skoupchtina domestiquée une adresse aussi fâcheuse qu'absurde : « Le peuple serbe a été blessé par les derniers événements dans son sentiment du droit! Si nous devions admettre la destruction par la force d'un acte international, nous n'aurions plus aucune garantie pour notre développement pacifique et contre une propagande de bandits ! »
Le châtiment fut rapide et dur. Le 16 novembre 1885, les Serbes franchirent la frontière en quatre colonnes. La Bulgarie, surprise par cette attaque stupide et criminelle, semblait perdue; le Tsar avait rayé Alexandre de Battenberg des cadres de l'armée russe, rappelé ses officiers qui remplissaient presque tous les cadres supérieurs; le gros des troupes était fort loin, à l'autre extrémité du pays, où elle faisait face aux Turcs; la route de Sofia, la capitale, était ouverte. La meute des journaux de Vienne encourageait de la voix le roi félon qui travaillait pour l'Allemagne : qu'il ne ménageât pas ses adversaires, qu'il taillât en plein drap. La résistance du capitaine Popov qui, avec moins de 2000 hommes, arrêta la marche serbe, d'abord à Tsaribrod, puis à Slivnitza, donna au gi'os de l'armée bulgare le temps d'accourir. Le 18, elle prenait l'offensive, refoulait les Serbes sur leur territoire (19) et, sous le commandement de Benderev, enlevait le col de Dragomar. Les Serbes qui essaient de résister à Tsaribrod, sont de nouveau battus (24),