LA GUERRE DE
et les Bulgares, après avoir occupé Pirot, marchent sur Nich.
Les critiques militaires remarquèrent à celte époque que les règlements et la tactique prussiennes qu'avaient adoptés les Serbes avaient fait assez pauvre figure devant les traditions russes qu'avaient conservées les Bulgares, et il est vrai que les préférences allemandes de Milan ne lui réussissaient guère. Il serait fort excessif d'ailleurs d'expliquer par de simples différences techniques ces désastres humiliants. Au milieu de la population civile qui l'exécrait, le roi avait cherché un appui parmi les officiers, et il s'y était en effet acquis de très utiles sympathies, mais en les détournant de leurs devoirs professionnels et en dégradant leurs âmes. Les soldats qui n'avaient plus conliance en eux, se battaient mal pour un souverain quils soupçonnaient de trahison et pour une cause qu'ils jugeaient inique. Dans une armée démocratique, comme celle de la Serbie, pour peu que l'enthousiasme ne soit pas unanime, la débandade est fatale.
Le ministre autrichien, Khevenhiller, courut à Pirot pour arrêter Alexandre de Batlenberg; son intervention, plus que naturelle, puisqu'il avait lancé Milan dans cette piteuse équipée, fut jugée prématurée par sa cour qui n'eût pas été fâchée d'avoir l'occasion d'envoyer ses troupes au delà du Danube, et Khevenhiller expia par une longue disgrâce son excès de zèle. Milan parlait d'abdiquer; tout le monde l'y encourageait, ses ministres, la reine Nathalie qui, avec raison, voyait dans sa retraite le seul moyen de sauver la dynastie des Obrénovitch. De Budapest, lui arrivèrent des paroles de consolation et de réconfort, des promesses de secours, si bien qu'au bout de quelques semaines, il ne voulait plus entendre parler de paix, rassemblait de nouveaux
régiments. La Skoupchtina celte fois regimba, imposa la conclusion d'un traité qui rétablit l'ordre de choses antérieur à la rupture.
Pendant les années qui suivirent, les querelles de Milan avec la reine Nathalie et ses procédés de gouvernement achevèrent de lui aliéner ses derniers partisans; sa conduite, chaque jour plus scandaleuse et plus extravagante, semble alors ne pouvoir s'expliquer que par une véritable démence, par une sorte de manie haineuse contre son pays. Quand il abdiqua en 1889, sans que Ton voie d'ailleurs clairement ce qui juste à cette date détermine sa retraite, un soupir de soulagement s'échappa de toutes les poitrines.
Hélas! on n'en avait pas encore fini avec lui, et, jusqu'au mariage de son lils, Alexandre, avec M™" Draga Machin, qui lui interdit définitivement l'entrée dans le royaume, ce roi intcn-millcnt, qui, suivant sa propre expression, s'était dégommé lui-même, (jui laissait sa couronne en gage chez tous les usuriers des villes d'eaux et qui se faisait successivement acheter tous les titres qu'il pouvait avoir, resta le mauvais génie de son peuple et du nouveau souverain.
Alexandre, qui était né en 1876, était un grand et gros garçon, lourd, myope, barbu, bonasse, sans résistance contre ceux qui l'entouraient. Son intelligence, naturellement médiocre, avait été ébranlée h la fois par les terribles querelles de famille qui mettaient aux prises son père et sa mère dans une lui le furibonde, par les excès de travail auxquels on l'avait condamné, et par l'espèce de captivité où les régenis l'avaient enfermé après son avènement. C'était un redoutable tuteur que Ristitch, dur, soupçonneux, égoïste. Alexandre, sans compagnons, sans amis, dont on surveillait les paroles et les gestes, dont on fouillait les papiers, tomba dans une sorte de mélancolie dont il ne se réveillait que par instants. Son