‹ La grande SerbieChapitre 59 sur 119 · SERBES ET CROATES · texte numérisé non relu

SERBES ET CROATES

groupe politique, conslitué depuis les temps les plus anciens et dont ils avaient été forcés de reconnaître les droits. Ils travaillaient du moins à réduire les garanties qu'ils avaient eux-mêmes sanctionnées et, par leur interprétation abusive des textes, les procédés hypocrites ou illégaux de leur politique, provoquaient peu à peu à Zagreb la même indignation que dans le Banat et réveillaient l'idée somnolente du panserbisme.

En quoi les Serbes diffèrent-ils des Croates? — Ni les ethnographes ni les philologues ne sont parvenus à le découvrir. En fait, les Croates et les Serbes appartiennent à la même race, parlent et écrivent la même langue; ils n'ont été séparés que par l'histoire. Les Serbes ont subi plus profondément les influences byzantines, ce qui se marque par leur Orthodoxie et l'usage de l'écriture slave ou cyrillique; les Croates, voisins de l'Italie, ont été pénétrés de très bonne heure par la civilisation occidentale; ils sont catholiques et emploient l'alphabet latin. Tant que les croyances religieuses ont exercé sur les peuples une autorité prépondérante, ces divergences de rites ont maintenu entre les deux groupes voisins des haines irréconciliables; sans avoir disparu complètement au xix° siècle, elles devaient perdre peu à peu de leur acuité, à mesure que les intérêts économiques et les passions nationales rejetaient au second plan les préoccupations dogmatiques. L'histoire des Croates depuis un siècle se résume dans un effort continu et progressif pour se dégager des préjugés confessionnels et se rapprocher des Serbes, afin de trouver dans cette alliance les moyens de résister aux empiétements des Allemands et des Magyars.

Le royaume triunitaire de Croatie, Slavonie et Dalmatie, forme une sorte de triangle dont la base s'appuie sur l'Adriatique et qui s'allonge vers le

Danube, entre la Drave et la Save. Montagneux dans sa partie occidentale où il est parcouru par le prolongement des Alpes et où les masses imposantes de la Kapéla et du Vélébit barrent la route vers le littoral, il s'abaisse graduellement dans la direction du Danube. Les derniers contreforts des Alpes, — la Frouchka-Gora (la montagne des Francs) — qui n'ont plus qu'une élévation d'une centaine de mètres, dévalent brusquement au nord sur le Danube, tandis que leur versant méridional est couvert de riches vignobles et de magnifiques forêts de chênes, de sapins et de hêtres, au milieu desquelles se cachent de nombreux et pittoresques monastères orthodoxes. Près de là s'élevait, sur la Save, la grande ville de Sirmium, la capitale de l'Illyrie romaine, dont on aperçoit les ruines près de Mitrovitsa, et qui a laissé son nom à la partie orientale de la Slavonie, entre le Danube et la Save inférieure, la Sirmie.

La Drave et la Save, qui viennent se confondre avec le Danube, en amont et en aval de l'embouchure de la Tisza, ont un cours de 6 à 700 kilomètres de longueur; d'abord torrents alpestres, aux eaux rapides et vertes, elles traînent ensuite lentement leurs flots bourbeux à travers des plaines grasses et monotones. Zagreb, la capitale de la Croatie, grande ville de près de cent mille habitants, est à quelque distance au nord de la Save, en amont de son confluent avec la Koupa, la rivière croate, qui finit à Sisak, célèbre dans les guerres contre les Turcs.

Comme les Serbes, les Croates, au moment où ils s'établirent dans la région de la Drave et de la Save, étaient divisés en tribus isolées, et ils subirent sans grande résistance la domination des Avares et des Francs. Au moment de l'arrivée des Magyars, au début du X' siècle, un de leurs knèzes, Tomislas, groupa autour de lui, pour arrêter l'invasion, la plu-

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