LE ROYAUME DE CROATIE
part des chefs de tribus et fonda une dynastie dont l'héritier le plus illustre fut Zvonimir qui reçut la couronne royale des mains d'un légat de Grégoire VII (1076). Le jeune Etat croate fut continuellement troublé par les luttes entre les adversaires et les partisans de Byzance; les habitants de la côte, où les influences romaines et italiennes étaient puissantes, soutenaient les papes, et ils entraînèrent en général les souverains, désireux de retenir dans leur autorité les villes de Dalmatie, dont Timportance économique était considérable. Les princes s'aliénèrent ainsi une partie de leurs sujets, et les seigneurs profitèrent des difficultés où ils se débattaient pour affaiblir leur autorité. En 1102, après une longue période de dissensions intestines, les Croates acceptèrent pour chef le Magyar Koloman et décidèrent de n'avoir désormais d'autre monarque que le roi de Hongrie.
Koloman avait juré de respecter les coutumes et les privilèges de ses nouveaux sujets, et Texislencc indépendante de la Croatie ne fut pas contestée jusqu'à l'avènement des liabsbourgs. Le temps avait malgré tout resserré l'union, et, comme dans toute alliance qui dure entre deux États inégaux en force, les Magyars commençaient à parler u du royaume annexe » ou même du pays soumis [partes subjiigaise). La Dalmatie avait été occupée par Venise, qui la garda jusqu'au traité de Campo Formio, et, après sa réunion à l'Autriche en 1815, elle ne fut pas rattachée à la Croatie; elle fait partie encore aujourd'hui de la Cisleithanie. Les Turcs de leur côté s'étaient emparés de la Slavonie et d'une large bande de la Croatie propre; une autre fraction du pays, exposée à de perpétuelles invasions, était soumise à un régime d'exception et forma par la suite les Confins militaires. Quand les traités de Karlovtsi et de Pojarévats (1699 et 1718) rejetèrent les Turcs au delà de
la Save, les territoires qui leur- avaient été enlevés furent réunis aux Confins, et les libertés nationales des Croates furent peu à peu rongées par le germanisme centralisateur de Vienne.
Ils n'avaient renoncé cependant à aucun de leurs droits et, en théorie, ils continuaient, comme par le passé, à constituer un royaume particulier et autonome. Comme le danger immédiat venait de Vienne, les grands, qui seuls exerçaient quelque influence politique, effrayés des réformes de Joseph II, se rapprochèrent pour lui résister des seigneurs magyars; ils consentirent à reconnaître la compétence de la Diète hongroise dans les affaires de Croatie, et acceptèrent ainsi Vunion réelle des deux monarchies.
L'opposition des Hongrois contre Joseph II avait été d'abord surtout politique et féodale. Sous l'influence de la révolution française et du romantisme, elle prit bientôt un caractère national. Les Hongrois ne se contentent plus dès lors de défendre leurs prérogatives contre les usurpations de la Chancellerie aulique; ils veulent créer un empire magyar et, comme ils ne font pas de différence entre les mots Hongrois, qui est le nom de l'État formé sous la dynastie des Arpad parla libre adhésion des peuples dispersés dans le bassin du moyen Danube, et Magyar, qui désigne la race conquérante établie dans la puszta, ils prétendent magyariser tous les sujets de la Couronne de Saint-Étienne, les obliger à accepter leur langue, à renoncer à leurs souvenirs et à leur passé. La question des droits d'État, qui n'intéressait auparavant que quelques familles privilégiées, devient ainsi une question d'ordre moral, pour laquelle se passionne peu à peu la masse du peuple.
Les Magyars, en même temps qu'ils luttent pour la liberté contre Vienne, luttent chez eux pour la domination; ils remplacent à la Diète le latin qui a