PREFACE
Il n'est pas besoin de longues phrases pour expliquer la raison qui nous a déterminés à consacrer le premier volume de notre collection à la Serbie.
On parle pour être entendu; on écrit pour être lu; on publie un volume pour le répandre. — Nous espérons que la popularité de la Serbie, qui est grande en ce moment et qui est méritée, nous aidera à lancer notre collection.
Nous voudrions aussi expliquer aux Français qui aiment la Serbie sans savoir pourquoi, que leur affection ne se trompe pas, et leur montrer les raisons des succès qui ont étonné le monde et de lliéroïsme qui a excité l enthousiasme universel.
Nulle part aussi, à ce qu'il m'a semblé, l'influence directe de l'histoire sur le présent n'est plus sensible et plus apparente, et nulle part elle ne trace avec plus de précision le programme naturel de l'avenir.
Enfin, nous n'avons aucune illusion à nous faire : il est certain que la ruine de la Turquie entraîne nécessairement pour nous de fâcheuses conséquences et représente une perte appréciable. Bien que nous eussions peu à peu laissé des intrus envahir la place privilégiée que nous occupions là-bas de longue date, nous g avions de vieilles habitudes qui n'allaient pas sans honneur et sans profit. Si large que soit la part qui nous sera accordée dans l'héritage musulman et quels que soient les maîtres nouveaux, nous aurons devant nous des peuples jeunes, Jaloux de leurs droits, facilement soupçonneux et inquiets. Nous ne maintiendrons nos positions qu'au prix d'efforts continus et attentifs. Il ne s'agit en somme de rien de moins que
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de rebâtir sur un terrain nouveau fédifice que nos ancêtres avaient construit lentement et péniblement depuis le XVI" siècle, si nous ne voulons même pas remonter aux Croisades.
Ce nest pas impossible, et le passé ne sera pas si complètement détruit qu'il ne nous fournisse des armes avantageuses. Mais nous ne réussirons à rassembler les débris de notre ancienne fortune et à en construire une nouvelle que si nous savons où nous allons, si nous étudions soigneusement le sol où nous devons nous avancer et si nous parvenons à nous gagner des alliés.
Nulle part la tâche ne sera plus aisée que dans cette Serbie, qui, comme le constatait M. Chéradame dans le Correspondant du 10 juillet 1914, est le pays le plus francophile du monde. Nos financiers, nos industriels, nos savants et nos professeurs ont déjà noué entre nous et le jeune État yougoslave des liens étroits. Ne les laissons pas se relâcher.
Puisse mon livre contribuer à resserrer cette amitié franco-serbe qui, j'en suis convaincu, ne saurait quêtre utile aux deux pays.
CIIAPITR?: I