‹ La grande SerbieChapitre 72 sur 119 · U ÉGLISE ORTHODOXE · texte numérisé non relu

U ÉGLISE ORTHODOXE

tion. A bien des points de vue, les Austro-Allemands en sont encore à la psychologie et à la morale de Louvois, avec cette différence qu'ils mettent les conquêtes matérielles de la science moderne au service de leurs conceptions vermoulues.

Sous les Turcs, les communautés ecclésiastiques slaves jouissaient d'une assez large autonomie religieuse et scolaire que respectait Tindifférence des autorités: elles administraient leurs biens, nommaient les instituteurs, réparaientles édifices, tenaient des assemblées. L'Autriche, aussitôt après l'occupation, avait obtenu du Patriarche de Gonstanlinople, au prix d'une très légère redevance, la reconnaissance de l'autonomie de l'Eglise orthodoxe en Bosnie- Herzégovine, et le droit d'y nommer les évêques, qui cessèrent d'être payés par le peuple et qui devinrent de simples fonctionnaires. Les prêtres à leur tour ne furent plus choisis par les fidèles, mais désignés par les évêques. Les candidats au sacerdoce, après avoir fait leurs premières études au gymnase de Sarajevo, étaient dirigés sur un séminaire perdu dans un coin isolé du pays, où ils étaient livrés à linfluence exclusive de professeurs autrichiens choisis avec un soin méticuleux parmi les agents les plus dociles de l'autorité. Le métropolite Kosanovitch était obligé de renoncer à ses fonctions, parce que sa complaisance avait des bornes. Les prêtres suspects d'encourager ridée nationale étaient aussitôt destitués et déplacés. On opposait des difficultés de toute nature à la construction des églises orthodoxes; on les éloignait du centre de la ville, pour les reléguer dans les faubourgs; on interdisait aux communautés ecclésiastiques d'accepter des dons et des legs ou de recueillir des souscriptions à l'étranger; on soumettait leurs assemblées au règlement ordinaire des réunions publiques; on leur défendait de recevoir de Russie

des livres liturgiques, des ornements d'autel, des tableaux de sainteté. On dissolvait les maîtrises qui avaient chanté des cantiques serbes; on proscrivait le nom de saint Sava, parce qu'il est le patron de r Église serbe.

Le résultat le plus net, c'est que le peuple se détourne de prêtres qui n'ont d'autre mission que de combattre ses traditions et s'éloigne d'une religion qui se met au service de l'étranger. Le mémorandum constate que, dans certains villages, les paysans ne se marient plus à l'église, ne communient plus, ne font pas baptiser leurs enfants; — « ils avaient toujours été profondément religieux et ils visitaient les sanctuaires, quand, sous la domination turque, ils devaient attendre l'ombre de la nuit et exposer leur vie.... Si, maintenant, notre peuple, si bon et si religieux, se conduit autrement, n'est-ce pas la preuve que la situation actuelle est plus mauvaise qu'aux pires moments de notre histoire? »

Le pays est envahi par des légions de Jésuites, de Franciscains, de moines et de nonnes de toutes couleurs et de toutes robes qui, sous l'œil bienveillant du gouvernement, fondent des couvents, élèvent des églises, ouvrent des écoles, achètent des terres et exercent une sorte de terreur sur le reste de la population. Monseigneur Stadler, l'évêque catholique, est à côté du baron Kallay, sinon au-dessus de lui, le véritable gouverneur de la province et, dans les villages, les mères se servent de son nom pour effrayer les enfants. Les concessions des travaux publics, les licences nécessaires à l'exercice de divers métiers, sans parler bien entendu des faveurs administratives, sont réservées aux Catholiques.

Ce que persécute le Gouvernement dans l'Église orthodoxe, ce n'est pas le rite, mais l'idée nationale qu'elle représente. Son but essentiel est de supprimer

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