‹ La grande SerbieChapitre 73 sur 119 · L'EGLISE ORTHODOXE · texte numérisé non relu

L'EGLISE ORTHODOXE

le peuple serbe et, en attendant, de briser tous les liens qui le rattachent à ses frères de race. Le nom même de serbe est proscrit et il n'est permis de parler que de la langue bosniaque ou de noire langue. Le baron Kallay, par un héroïsme à la Brutus, inscrit sur la liste des ouvrages interdits sa propre histoire de Bosnie, parce qu'il y parlait de la race serbe. Les moindres manifestations de solidarité slave sont frappées comme des crimes de haute trahison. Les journaux sont sans cesse confisqués, interdits, frappés d'amendes ruineuses. Le droit de pétition est supprimé. Après la requête de 1896 quelquesuns des signataires sont jetés au cachot, chargés de chaînes; d'autres, impliqués dans des procès ridicules. Les assemblées ecclésiastiques de IMostar et de Sarajevo sont dissoutes et remplacées par une délégation administrative. — « Notre peuple, dit le mémorandum de 1900, est mis hors de lui; tous les moyens sont bons pour l'opprimer: on le frappe dans son existence matérielle, on empêche les artisans et les marchands de gagner leur vie ; la pohce a organisé un système complet qui ne permet pas aux Orthodoxes de tirer parti de leur industrie et de leurs capitaux; elle veut les forcer à capituler et à abandonner à la tutelle gouvernementale leurs églises et leurs écoles. »

Jadis, M"^ de Maintenon, qui connaissait les avantages de ces tracasseries perpétuelles et de ces lents investissements, n'espérait guère pourtant convertir les pères, grandis dans l'hérésie; elle se flattait de mieux réussir avec les enfants. — Les méthodes de la tyrannie ne varient pas; Kallay, Monseigneur Stadler et leurs acolytes se préoccupent avant tout de mettre la main sur les générations futures. En face des écoles orthodoxes où se maintiennent les traditions nationales, ils fondent des écoles officielles, qui ont pour

objet non pas d'instruire les enfants, car l'enseignement y est des plus nuls, mais d'efîacer chez eux les traditions suspectes. Les manuels, rédigés dans un pitoyable jargon, ne parlent ni de Douchan ni de Marko, le fils du roi, ni surtout de Kara-Georges ; en revanche, ils relatent avec componction les victoires de la vaillante armée autrichienne et les vertus do François-Joseph,

Rien ne montre mieux la barbarie de cette race méprisable qu'on appelle les Serbes, affirment les feuilles officieuses, que Tingratitude avec laquelle ils repoussent les bienfaits qu'on leur offre. Les enfants s'obstinent à trouver l'histoire du vieux monarque moins amusante que celle de Charats, et leurs parents ne les font pas inscrire à l'école publique. Pour les y contraindre, on ferme les institutions serbes. Les communautés ecclésiastiques avaient auparavant le droit de désigner les instituteurs : elles sont forcées de soumettre leur choix à l'administration qui épluche les titres des candidats : — N'auraienl-ils pas fait leurs études à Belgrade? Leurs sentiments politiques sont-ils purs? — Enquête, contre-enquôte. — L'important est de gagner du temps, pour que l'école ne s'ouvre pas en temps opportun ; les parents se décourageront. Les prêtres sont invités à agir sur les fidèles, à leur montrer l'avantage qu'ils trouveront h ce que leurs enfants fréquentent les établissements officiels, le désagrément que leur attirera leur résistance.

A côté des règlements publics, le baron Kallay a introduit le système des circulaires confidentielles et des instructions orales qui, en cas de protestations, laissent la porte ouverte aux démentis. Il dispose de moyens multiples pour décourager la résistance.

En 1909, la municipalité de Mostar sollicitait vainement depuis six ans l'autorisation de créer à ses frais une école de filles. — Deux marchands avaient

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