‹ La grande SerbieChapitre 74 sur 119 · LES ÉCOLES ORTHODOXES · texte numérisé non relu

LES ÉCOLES ORTHODOXES

donné dans leur testament une somme considérable pour la fondation d'un lycée serbe à Sarajevo ; Tadministration décide qu'aucune société ne peut accepter de legs sans son autorisation, et le gymnase n'est pas installé.

Les écoles anciennes sont soumises à Tinspection la plus rigoureuse. Tout maître dont le patriotisme autrichien semble tiède, est menacé, déplacé, destitué. De temps en temps, les gendarmes font une descente : on leur a signalé dans une école un portrait suspect, celui de quelque saint serbe, ou peut être une image de la bataille de Kosovo ; on confisque les cahiers dont les couvertures représentent des scènes de l'histoire de l'ancienne Serbie : on fouille les cimetières pour en faire disparaître les inscriptions serbes. L'Autriche ne trompe pas l'Europe quand elle prétend avoir introduit dans ses nouveaux territoires les habitudes les plus perfectionnées de la civilisation la plus récente; elle a pris ses brevets à Saverne ou dans la Prusse occidentale.

Plus les habitants seront gênés, pauvres et misérables, moins ils songeront à la révolte et à l'opposition. La situation économique des paysans avait été une des principales raisons de l'insurrection de 1875 et, au Congrès de Berlin, Andrassy, pour obtenir de l'Europe le droit d'occuper ces provinces, avait parlé des réformes urgentes et profondes qu'exigeait l'organisation de la propriété rurale et que seule une grande Puissance telle que l'Autriche aurait la force de réaliser. Celte question, qui était en effet capitale, le gouvernement bosniaque, après quarante ans do domination, ne l'a même pas abordée et, en 1908, la situation est sensiblement plus mauvaise que sous la domination ottomane.

Une partie considérable du sol était cultivée par des tenanciers à temps, les kmètes, qui payaient au

trésor un dixième, et au propriétaire, le beg musulman, un tiers de la récolte. — Les droits des kmètes sur les parcelles qu'ils labourent, sont-ils mieux assurés qu'autrefois? — Au contraire, le beg, pour peu qu'il consente à flatter les fonctionnaires, dispose librement de son domaine, sans que personne conteste son droit. Les redevances, d'autre part, sont infiniment plus lourdes que par le passé. D'abord elles sont perçues, non plus en nature, mais en argent. L'évaluation de la récolte est faite par des employés qui fixent un chiffre après un examen superficiel des récoltes et qui ont un intérêt direct à forcer leur évaluation, parce qu'ils reçoivent un tant pour cent de l'impôt à recouvrer. Le répartiteur passe quelquefois assez longtemps avant la moisson; qu'il survienne une période de mauvais temps, une sécheresse excessive, tant pis pour le paysan. Le baron Kallay et le ministre des finances, Bourian, se vantaient devant les délégations de l'ordre financier qu'ils avaient introduit dans la Bosnie et l'Herzégovine et de la progression continue des revenus publics. Ils n'ajoutaient pas que ces excédents étaient obtenus par la ruine du pays et que leurs procédés d'exploitation rappelaient ceux des prodigues qui mangent le fonds avec le revenu.

Les impôts sont levés à l'automne en une seule fois. Pour avoir l'argent nécessaire, le kmètc est obligé de vendre son blé au moment où les prix sont le plus bas, alors que l'évaluation est faite au cours le plus élevé de l'année. S'il proteste, on envoie un reviseur, et le plaignant commence par lui payer 30 florins pour ses frais de déplacement. Ces rede vances traditionnelles n'ont d'ailleurs pas empêché le gouvernement autrichien d'introduire les autres impôts habituels, contribution foncière, redevance scolaire, impôt sur le bétail, prestation, etc.... Les

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