‹ La grande SerbieChapitre 77 sur 119 · ALLEMAGNE ET RUSSIE · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE ET RUSSIE

qu'ils avaient promis de restaurer le prestige de Tlslamisme. Direcleraent atteints par Tusurpation viennoise, ils s'étaient cabrés sous le coup et avaler t organisé le boycottage du commerce autrichienv L'Italie, très méfiante, n'avait pas été désarmée par l'abandon du sandjak de Novi Pazar qu'elle avait exigé, et l'Allemagne, que le baron d'Aehrcnthal avait jugé inutile de prévenir, s'inquiétait de l'irritation légitime des Musulmans, dont elle recherchait les sympathies, et de l'intervention éventuelle de l'Angleterre, avec laquelle elle ne se jugeait pas encore en mesure d'accepter la guerre.

Dans ces conditions, la partie n'aurait pas été mauvaise pour la Serbie, si la Russie n'eût d'avance annoncé qu'elle ne s'engagerait pas à fond. Elle sortait à peine de la guerre japonaise et de la crise révolutionnaire et elle n'avait pas reconstitué ses forces militaires. Sa réserve cependant fut moins déterminée par des considérations matérielles que par la modération profonde du Tsar et ses scrupules de loyauté. 11 était difficile de nier qu'Alexandre II en 1876 s'était résigné à céder à l'Autriche la Bosnie et l'Herzégovine; convenait-il de risquer une guerre pour une simple question de forme? Le Tsar ne le pensa pas et quand, le 24 mars 1908, M. de Pourtalès, l'ambassadeur d'Allemagne, annonça officiellement à M. Izvolsky qu'en cas de rupture de la llussie avec l'Autriche, Guillaume II remplirait fidèlement ses devoirs d'allié, la Russie sans hésitation renonça aux objections qu'elle avait présentées jusque-là et leva son opposition.

L'Angleterre avait soutenu la thèse serbe avec une fermeté que rendaient plus saisissante la gravité et la modération de son langage. Il ne lui était pas possible de se montrer plus slave que les Slaves, et Edouard VII, qui avait horreur de la guerre et qui

ne s'y fût résolu que s'il lui avait été démontré qu'elle était absolument inévitable, conseilla à la Serbie de s'incliner. Le 31 mars 1909, M. Simitch remettait à M. d'Aehrenthal la note célèbre par laquelle elle reconnaissait qu' « elle n'était pas atteinte dans ses droits par l'état de choses créé en Bosnie et que, écoutant les conseils des Grandes Puissances, elle promettait de renoncer à son attitude de protestation. Elle s'engageait en outre à modifier la direction de sa politique actuelle à l'égard de l'Autriche et à vivre dorénavant avec cette puissance sur le pied de relations de bon voisinage. »

M. d'Aehrenthal triomphait bruyamment, et l'empereur Guillaume venait à Vienne (14 mai) pour célébrer les bienfaits de l'alliance austro-allemande. Le conseil municipal de Vienne, toujours prêt aux manifestations slavophobes, votait, à cette occasion, l'érection d'un monument qui devait représenter deux figures colossales, l'Autriche et l'Allemagne, côte à côte et appuyées fraternellement sur leur épée.

En réalité, le parti militaire autrichien était médiocrement satisfait du résultat de la crise. En dehors même des frais qu'avaient entraînés les préparatifs militaires, qui n'étaient pas supportés sans difficulté par une trésorerie déjà fort embarrassée, et des pertes causées par le boycottage turc, l'Autriche avait payé à la Porte, une indemnité considérable qu'avec la moindre habileté il aurait été facile d'épargner. Elle avait renoncé à l'article 29 du traité de Berlin (1878) qui lui attribuait le droit de police maritime et sanitaire sur la côte de la Tcherna Gora et qui lui reconnaissait ainsi une sorte de suzeraineté de fait sur ce pays. Surtout elle avait perdu l'occasion qu'elle cherchait de porter un coup décisif à l'indépendance de la Serbie.

Sans doute, les négociations n'avaient pas été con-

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