‹ La grande SerbieChapitre 78 sur 119 · L'EUROPE EN · texte numérisé non relu

L'EUROPE EN

duites par les puissances de la Triple-Entente avec beaucoup d'adresse, et on avait constaté dans leur attitude une certaine timidité et quelques contradictions. L'événement n'en avait pas moins prouvé que TAngleterre et la France étaient absolument décidées à ne pas se séparer du g-ouvernement de Pétersbourg, parce qu'elles connaissaient la modération de ses vues et qu'il leur était impossible d'assister indifférentes à une nouvelle poussée germanique vers l'Orient. La Russie avait nettement marqué ses intentions. Elle acceptait loyalement la situation créée par les traités et ne contestait pas à l'Autriche ses conquêtes, qu'elle avait facilitées elle-même, pourvu qu'on observât vis-à-vis d'elle la môme probité. Elle fixait à sa rivale les limites définitives que ni son intérêt, ni son honneur ne lui permettraient de dépasser. La Serbie devenait ainsi comme la clé de voûte de l'édifice européen.

La paix était assurée, à condition que l'Autriche comprît la situation et, satisfaite de son succès, respectât l'indépendance de ses voisins. Ni le caractère de d'Aehrenthal, ni les calculs du parti clérical, ni la situation intérieure de l'Empire ne laissaient beaucoup d'espoir sur ce point. L"archiduc François- Ferdinand et les militaires, inquiets des revendications magyares que les intrigues du Cabinet avaient ajournées, non pas supprimées, désiraient une guerre qui leur donnerait l'occasion de briser la constitution de 1867 et de rétablir sous une forme ou sous une autre l'unité de l'Empire. Les Allemands de Cisleithanie de leur côté, talonnés par les Tchèques et les Slovènes, se sentaient incapables de maintenir plus longtemps leur domination s'ils demeuraient réduits à leurs propres forces; ils voulaient transformer Talliance avec Berlin en une union militaire et douanière, de manière à s'assurer contre toute surprise à

l'intérieur et à préparer une fusion complète avec TEmpire germanique. Les Magyars enfin s'efforçaient, en servant ses desseins, de gagner les sympathies de François-Ferdinand dont ils soupçonnaient les projets et dont ils redoutaient la malveillance, en même temps qu'ils attendaient avec impatience l'occasion d'écraser les Yougo-Slaves contre lesquels ils nourrissaient une haine inexpiable.

La question était posée en somme depuis le commencement du XIX* siècle : si la Serbie n'accepte pas la suzeraineté des Habsbourgs, ils l'anéantiront. On approchait seulement de la crise finale.

Le cabinet de Belgrade avait été prévenu par son adversaire. Un journal militaire de Vienne, dont les relations officielles sont connues, écrivait le 5 novembre 1908 : — « Nous avons perdu une excellente occasion. Quand nos monitors se sont approchés de la capitale serbe, il aurait fallu nous saisir de la ville. Les Serbes n'étaient pas préparés à la guerre et ils auraient été rapidement battus.... L'état-major a commis une faute impardonnable en ne recourant pas aussitôt aux moyens extrêmes. Le conllitavec la Serbie et le Monténégro est inévitable. Plus nous l'ajournerons, plus cher il nous coûtera. » Les autres journaux faisaient chorus et appelaient l'extermination radicale de la race perfide des Yougo-Slaves.

Le gouvernement serbe, en face du péril imminent, accomplit tout son devoir. Tout d'abord il s'attacha à ne donner à ses ennemis aucune prise contre lui. La crise de 1909 lui avait permis de mesurer exactement la nature et la force des sympathies sur lesquelles il pouvait compter à l'occasion. 11 savait que ni la France, ni la Russie, ni surtout l'Angleterre ne désiraient une rupture et qu'elles ne toléreraient pas qu'on les entraînât malgré elles dans un conflit qui couvrirait l'Europe entière de ruines.

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