LES GUERRES BALKANIQUES
La Macédoine et l'Albanie. — L'alliance balkanique. — L'écrasement de la Turquie. — Koumanovo et Monastir. — L'Adriatique. — Le traité de Londres (1913). — La rupture avec la Bulgarie. — La Brégalnitsa. — Le traité de Bucarest.
La Serbie avait été clairement avertie par les événements récents des projets de TAutriche et elle avait mesuré la haine de sa voisine par Tindignité des procédés devant lesquels le Ballplatz ne reculait pas. Sa cause, qui était celle des Slaves en général, était en premier lieu celle des peuples balkaniques, puisque sa défaite n'eût été que le prologue de leur asservissement commun. Il était donc naturel qu'elle cherchât à se rapprocher d'eux, et le ministère radical avait dès la première heure inscrit dans son programme l'entente étroite avec les États voisins. Malheureusement, ses appels n'étaient accueillis qu'avec beaucoup d'hésitation et de réticences.
Le peuple bulgare proprement dit, du Rhodope au Danube, est constitué par une masse de paysans robustes, économes, âpres au gain, durs à la souffrance et à la peine. Sobres, dociles, résistants, ce sont des soldats excellents et des ouvriers remarquables. Ils aiment d'instinct l'ordre et la règle, se
plient volontiers à la discipline, et il n'a été nulle part plus facile de créer un État moderne. Quoi qu'en disent les panégyristes de Ferdinand de Cobourg, — ils sont nombreux et la plupart d'entre eux ont des raisons excellentes de chanter ses louanges, — si la nouvelle principauté a eu une adolescence plus rapide et moins troublée que la Grèce et la Serbie, le mérite en revient d'abord au tempérament des habitants, qui, pourvu qu'on ne leur enlève pas une trop large part de leur récolte, subissent sans discussion la direction qu'on leur imprime.
L'imagination les tourmente peu et ils ne courent pas après les chimères. L'ancienne littérature bulgare a été très abondante; elle n'a pas produit un seul poète, et leurs rhapsodes n'ont de héros que Marko Kraliévitch, qu'ils ont emprunté aux Serbes. Les idées de la masse se ramènent à deux instincts très simples : la haine du Turc et du Grec dont ils ont pendant des siècles subi l'épouvantable oppression, et l'amour de la Russie dont ils partagent la foi, qui les a soutenus pendant leurs longues épreuves et qui les a affranchis au prix de lourds sacrifices. A côté de ces penchants élémentaires, la foule garde au fond du cœur un sentiment obscur de solidarité slave et une sympathie vague pour les Serbes, qui ont passé par les mêmes épreuves et avec lesquels la ressemblance des deux idiomes leur permet assez facilement de communiquer.
Les patriotes bulgares, qui, vers le niiheu du xix^ siècle, avaient songé à s'affranchir des Turcs, comptaient surtout sur le secours de leurs voisins de l'ouest, et leurs comités insurrectionnels siégeaient souvent à Novi Sad et à Belgrade, aussi bien qu'à Bucarest. L'idée d'une confédération balkanique qui rassemblerait tous les peuples de la presqu'île dans une pensée de défense contre les Autrichiens et les