‹ La grande SerbieChapitre 83 sur 119 · LES JEUNES-TURCS · texte numérisé non relu

LES JEUNES-TURCS

man avec une universelle et naïve sympathie. Elle n'avait rencontré de scepticisme que chez quelques journalistes qu'une longue expérience des choses de Constantinople avait corrigés de leur candeur naturelle. Les Jeunes-Turcs étaient des nationalistes exaltés qui se souciaient assez peu des principes et de la liberté; ils ne voyaient dans le régime constitutionnel qu'un moyen de supprimer les privilèges des divers groupes ethniques et de restaurer l'Empire par une implacable centralisation. En proclamant à son de trompe l'égalité devant la loi de tous les sujets du Sultan, ils reprenaient simplement la comédie de 1876, afin décarter les représentations étrangères qu'ils redoutaient depuis le rapprochement de la Russie et de l'Angleterre en 1907.

On s'aperçut bien vite qu'en dépit de toutes les promesses et de la réunion d'un Parlement à Constantinople, rien n'était changé à Stamboul, et le massacre de 30000 Arméniens à Adana, dans la Ciiicie et la Syrie septentionale (avril 1909), rappela à l'Europe que, s'ils avaient renversé Abdul-tJamid, ses procédés coutumiers d'extermination n'avaient pas perdu leur charme pour ses successeurs.

On s'habitue aux massacres^ et la diplomatie occidentale aurait pris son parti de ces crimes ; les Jeunes- Turcs connaissaient sa pitoyable et débonnaire mansuétude depuis les massacres de 1894-96. L'impunité las encouragea. Ils avaient besoin d'un succès extérieur pour effacer l'humiliation que leur avaient infligée l'Autriche et la Bulgarie en 1908 et qu'exploitaient leurs adversaires, qui étaient nombreux et remuants. Ils s'en prirent aux Grecs. Après la désastreuse guerre de 1897, ils les jugeaient les plus faibles de leurs ennemis. Ils prétendirent abolir les privilèges de l'Église patriarcale et, comme Joachim III protesta, ils organisèrent une persécution abomi-

nable contre le clergé hellénique (1910). — « Ils nous traitent comme des chiens, gémissait le vénérable prélat; jamais sous Abdul-Hamid nos soutTrances n'ont été pareilles. Mais nous ne nous laisserons pas^ exterminer. » — En même temps, ils essayaient de rétablir leur autorité en Crète et exigeaient du gouvernement d'Athènes qu'il s'engageât à ne plus soutenir désormais les revendications des Cretois. Comme le roi Georges refusait de s'incliner devant cette extraordinaire sommation, ils ordonnèrent le boycottage systématique du commerce grec (1910- 1912). Les insolences et les menaces des Turcs avertirent les plus entêtés des Hellènes qu'une élémentaire prudence leur ordonnait de modérer leurs ambitions, et ils acceptèrent les conseils et la conduite de M. Vénizélos.

M. Vénizélos, l'un des rares hommes d'État supérieurs de l'Europe contemporaine, a l'esprit clair et la vue nette. Il a confiance dans son étoile, parce que son courage est à la hauteur des plus sérieuses difficultés, et il croit à la puissance invincible de la raison. Quand on s'adresse aux Grecs, on est toujours sûr d'être entendu, si l'on fait appel au patriotisme et au bon sens. En quelques mois il groupa autour de lui la nation qui lui déféra une sorte de dictature, réconcilia le peuple et la dynastie, réorganisa l'administration et l'armée et fit approuver par le souverain et les ministres, longtemps irréductibles, les concessions indispensables pour obtenir la collaboration de la Bulgarie.

Ferdinand fut plus difficile à convaincre. Ici, le mouvement partit du peuple. Les Jeunes-Turcs, qui craignaient par-dessus tout la séparation de la Macédoine, y avaient introduit un régime de terreur qui, en désespérant les habitants, avait amené l'extension du mouvement révolutionnaire; les bandes de comi-

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