‹ La grande SerbieChapitre 85 sur 119 · L'UNION BALKANIQUE · texte numérisé non relu

L'UNION BALKANIQUE

lait l'enthousiasme du parti clérical, très puissant en Autriche. Le vieil Empereur, que l'âge rendait facilement accessible aux insinuations de son entourage et dont la foi avait été échauffée, non éclairée par les années, éprouvait une satisfaction sénile à terminer son règne dans l'apothéose d'une croisade catholique contre les schisraatiques.

Le ministre de Bulgarie, M. Danev, a raconté au Zeit que la dernière pierre de l'alliance balkanique avait été posée à Vienne à la fin de mai 1912. Ferdinand, qui n'avait signé jusque-là avec la Serbie (19 mars) et avec la Grèce (29 mai) que des traités assez vagues pour qu'il lui fût facile de revenir en arrière, était accouru à Vienne pour y quêter l'approbation de François-Joseph (2 juin); après l'avoir obtenue, il approuva les conventions définitives de septembre. Si le moindre doute pouvait encore subsister sur les raisons qui déterminèrent le comte Berchtold à encourager le Tsar bulgare, on en trouverait l'aveu dans le refus hargneux qu'il opposa dès le début des hostilités à la proposition de la France : elle avait sollicité les Grandes Puissances d'offrir leur médiation et de s'engager à ne poursuivre aucune revendication territoriale. L'Autriche répondit par une fin de non recevoir presque brutale. Il n'eût vraiment pas valu la peine de préparer de si savantes combinaisons pour se lier la main par une solennelle promesse de renoncement!

La situation de Milovanovitch et de M. Pachilch qui, après sa mort (1" juillet), l'avait remplacé à la présidence du conseil, était terrible. Ils savaient les plans et les calculs de l'Autriche, et il ne leur était pas permis de compter dans tous les cas sur la fidélité de la Bulgarie; la Roumanie se réservait. Ils marchaient au combat avec une armée dont la force de résistance

était inconnue, contre des adversaires dont les qualités militaires étaient justement célèbres et que leurs instructeurs allemands se vantaient d'avoir pourvus de méthodes infaillibles. Ils avaient en même temps à tenir en échec les Albanais qui menaçaient leurs flancs et leurs derrières. Ils ne pouvaient être sauvés que par des victoires éclatantes. Ils les arrachèrent à la fortune, plus décisives qu'ils n'auraient même osé les espérer, et l'héroïsme de leurs soldats bouscula les savantes machinations du Ballplatz.

Il est certain que leur triomphe fut facilité par les défaillances et les erreurs des Turcs. Les Musulmans ne se dép^agent jamais d'une profonde défiance vis-àvis des Chrétiens, même quand ils leur remettent leurs destinées. Les officiers allemands, qu'Abdul-Hamid avait appelés à Constantinople, avaient été sans cesse gênés et leur action, paralysée par les suspicions du sultan ou l'incurie des ministres. Les réformes, annoncées à grand fracas plutôt que réalisées, avaient troublé les vieilles habitudes et dérouté les soldats, sans leur inculquer les qualités des troupes européennes. Les querelles civiles, auxquelles les officiers avaient pris une part trop active, avaient miné la discipline et écarté de l'armée les meilleurs éléments, soit qu'ils se fussent consacrés à la vie politique, soit qu'ils eussent été éloignés par les pratiques de favoritisme qu'avait introduites Abdul-Hamid et que les révolutionnaires avaient développées. Les expéditions contre les Albanais et la guerre Iripolitaine avaient décimé les régiments et vidé les arsenaux. L'introduction des Chrétiens dans les rangs avait détruit l'unité morale et abaissé le niveau général. Comme, depuis des siècles, la défense de l'Empire reposait uniquement sur les Musulmans, la race s'était peu à peu épuisée, rongée par un service trop prolongé et trop dur, décimée ou abâtardie par les maladies. La Porte enfin était sur-

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