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LA CONFÉRENCE DE LONDRES

réserve du peuple. Pas de cris, pas de discours partout une résolution froide, la volonté d'accomplir son devoir sans faiblesse et sans fracas. Après la victoire, ni gloriole ni vantardise; rien de ce dédain superbe pour les ennemis dont les Turcs ou les Bulgares font profession. Les officiers avouent les erreurs commises, se préoccupent de l'avenir. On sent que beaucoup d'entre eux ont fréquenté en France, y ont contracté l'esprit de modération et le sens critique, qu'ils y ont entendu leurs camarades dire : le moment venu, nous serons victorieux, — et il le faut bien ; — mais ce sera dur.

Après Bitolié, les généraux et les ministres serbes n'avaient qu'un désir, traiter rapidement avec la Porte, et, dans les négociations de Londres (décembre 1912), leurs ambassadeurs, qui avaient reçu les instructions les plus conciliantes, ne négligèrent rien pour aboutir à un accord. Dans les derniers jours de janvier 1913, j'eus l'honneur d'être reçu par M. Slojan Novakovitch, qui n'avait pas hésité malgré ses soixante-dix ans à entreprendre un long et pénible voyage pour mettre au service de sa patrie sa haute expérience et l'autorité d'un nom illustre dans la politique et les lettres. Je le trouvai profondément attristé par l'échec des pourparlers. C'est que les Serbes voyaient se former un nouvel orage. Dès le lendemain de Koumanovo, l'Autriche, effarée de succès qui bouleversaient ses combinaisons, avait pris une attitude nettement hostile et, pour arrêter la marche des Serbes sur l'Adriatique, elle inventait la nationalité albanaise. Il s'agissait pour le Ballplatz de ne pas permettre aux vainqueurs de rompre la ligne d'investissement dans laquelle il s'était efforcé de les enfermer. L'Albanie était destinée à jouer le rôle que la Turquie s'était montrée incapable de soutenir.

Menacée dans ses ambitions et atteinte dans son amour-propre, TAutriche traversait une période de colère noire et elle était prête aux pires sottises. « Le principe du maintien de la paix dans tous les cas et à tout prix ne saurait être la base de la politique d'une grande Puissance », déclarait le président du conseil de Cisleithanie, le comte Sttirgkh; 200000 hommes étaient massés sur la frontière méridionale ; des mines, posées le long de la Save et du Danube. « La nuit, écrivait M. Barby qui était alors à Belgrade, les monitors fouillent de leurs projecteurs la ville, où leurs faisceaux lumineux se posent longuement sur le palais royal, et s'amusent à passer à toute vitesse devant les débarcadères serbes, renversant barques et chaloupes et rompant leurs amarres. Les officiers viennent photographier la rive serbe. A quelques kilomètres de la capitale, des obus, des balles et des projectiles sont tombés près d'une patrouille de douaniers. »

Les comtes Berchtold et Tisza étaient poussés par le chancelier d'Allemagne, von Bethmann-Holhveg, qui, suivant l'expression du socialiste Ledebour, « leur accordait un véritable blanc-seing », et promettait, si les circonstances l'exigeaient, de jeter dans la balance la parole de l'Empire germanique (2 décembre). Le 8, la Triple-Alliance était prolongée pour une durée de six ans, et la presse officieuse insistait sur l'importance de ce renouvellement anticipé.

Dans ces conjonctures, il était prudent de presser vivement l'entente avec la Porte. Comme, au début de janvier, le pouvoir à Constantinople était entre les mains des modérés, une conciliation eût été rapidement obtenue sans l'intransigeance des Bulgares. L'obstination avec laquelle ils réclamèrent Andrinople, servit de prétexte au coup d'état du 23 janvier 1913, qui ramena aux alTaires Enver bey et

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