‹ La grande SerbieChapitre 89 sur 119 · SCUTARI · texte numérisé non relu

SCUTARI

les chefs les plus intransigeants du parti jeune-turc.

Les hostilités reprirent aussitôt. Elles prouvèrent que la Porte était incapable de reconquérir les territoires qu'elle avait perdus, mais aussi que les alliés étaient terriblement épuisés. Leur fatigue manifeste encourageait l'Autriche. Elle avait complété ses armements et réclamait pour l'Albanie des frontières si étendues qu'il était manifestement impossible à la Serbie de les accepter. Pendant les mois de mars et d'avril 1913, la guerre universelle fut imminente : Tétat-major allemand préparait une nouvelle loi militaire (mars), qui augmentait dans des proportions formidables la force agressive de l'Empire; le Chancelier présentait au Reichstag des mesures financières dont le caractère nettement révolutionnaire ne pouvait s'expliquer que par la prévision d'une crise imminente, et il prêchait une véritable croisade contre le monde slave. Quelques semaines plus tard, sir Edouard Grey constatait que la résignation du roi Nicolas qui, après avoir occupé Scutari (23 avril), lavait remise aux Puissances, « était arrivée tout juste à point pour maintenir l'accord entre elles ».

La Russie et, à sa suite, la France et l'Angleterre disputaient le terrain, mais sans conviction et sans vigueur. Sur le point essentiel, l'Autriche obtenait satisfaction, puisqu'elle barrait à la Serbie l'accès de l'Adriatique et que le Tsar se contentait pour elle de la vaine promesse d'un débouché commercial à travers l'Albanie. Les Habsbourgs ne lâchaient pas leur proie. Après comme avant Koumanovo et Bitolié, ils tenaient les Yougo-Slaves emprisonnés dans leurs serres.

Le destin était vraiment trop injuste. La Serbie ne s'y résigna pas, esjiéra obtenir de l'équité de la Bulgarie ce que lui refusaient la haine de l'Autriche et la tiède bienveillance de la Triple-Entente.

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Par les préliminaires de Londres (30 mai) le Sultan avait cédé aux souverains balkaniques les territoires de son Empire situés à l'ouest de la ligne Énos- Midia, à Texception de l'Albanie, qu'il remettait aux Grandes Puissances, pour en régler les frontières et la condition. Le Cabinet de Belgrade demanda à Ferdinand de consentir à la revision du traité d'alliance du 13 mars 1912 qui avait fixé la frontière éventuelle des deux pays en cas de défaite des Turcs (25 mai 1913).

On discutera sans doute éternellement sur la responsabilité respective de la Serbie et de la Bulgarie dans la rupture de 1913, parce que, dans les grands contlits de passion et d'intérêts qui mettent les peuples aux prises, les incidents se mêlent et se combinent de si inextricable façon qu'il est presque impossible de déterminer la portée réelle de chacun d'eux, et aussi parce que nous sommes bien forcés de juger les intentions d'après les paroles, et que les paroles cependant ne traduisent pas toujours le fonds réel des pensées. La commission Carnegie, qui nous a donné un récit détaillé de ces événements et qui n'a pas échappé à l'influence de M. Milioukov que des liens nombreux rattachent à la Bulgarie, fait élat des déclarations de M. Pachitch devant la Skoupchtina, le 30 juin, pour en conclure qu'il était résolu à la guerre, si la Russie se prononçait contre lui, 11 suffit cependant d'une seconde de réflexion i)our comprendre l'inanité d'une pareille hypothèse : aller à Pétersbourg pour décliner ensuite la sentence du Tsar, c'eût été commettre le plus absurde des suicides et, tant qu'il n'aura pas été démontré que M. Pachiich, ses collègues, le roi et tous les députés étaient irrémédiablement atteints de folie incurable, nous sommes forcés de négliger de pareilles insinuations.

Si l'on étudie les faits en gros, — et c'est encore le

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