SERBIE ET BULGARIE
plus sûr moyen de ne pas se tromper, — quelques points se détachent, incontestables. D'abord la masse du peuple ne désirait pas la guerre, pas plus en Bulgarie qu'en Serbie. La meilleure preuve, c'est que l'armée bulgare était en train de se disperser d'ellemême; les officiers disaient au correspondant du Times : « Si la question n'est pas tranchée d'ici à une semaine, le général Savov n'aura plus d'armée à commander. » A Sofia, les hostilités furent l'œuvre exclusive du roi, des officiers et des immigrés macédoniens, qui voyaient leur carrière brisée, si le roi Pierre établissait sa domination dans les districts qu'ils ravageaient depuis dix ans, en attendant de les administrer. En Serbie, le peuple était plus pacifique encore. Tous les renseignements, de quelque côté qu'ils nous viennent, signalent l'extrême cordialité et la confiance absolue qui régnaient entre les soldats des deux armées slaves. Les officiers serbes, s'ils étaient évidemment plus réservés et s'ils comprenaient mieux la divergence des intérêts en présence, ne désiraient pas cependant un conflit, parce qu'ils avaient une idée très haute de l'armée bulgare, et surtout parce que chez eux le sentiment slave est très puissant. Ils voyaient une sorte de crime dans une lutte fratricide qui ne profiterait qu'à l'ennemi commun, l'Austro-allemand. — Naturellement, nos soldats auraient marché contre l'Angleterre en 1898 si on le leur avait ordonné; ils auraient fait leur devoir sans joie et en regardant malgré eux vers une autre frontière. Ce fut l'attitude des Serbes pendant la bataille de la Brégalnitsa.
Le Gouvernement de Belgrade, qui ne pouvait pas rechercher une rupture et qui en fait la redoutait, avait-il commis une imprudence grave en soulevant la question de la revision des frontières? — Il y était autorisé par des raisons capitales
D'abord, et les Bulgares ne le contestaient pas, les clauses des conventions militaires n'avaient pas été observées : non seulement la Bulgarie n'avait pas fourni aux Serbes les secours prévus, mais ceux-ci, au lendemain de Koumanovo, avaient immédiatement détaché une division vers Test, du côté de la Thrace, et avaient ainsi facilité à leurs alliés la conquête de vastes territoires qui n'avaient pas été prévus dans le plan primitif. Leurs soldats et en particulier leur artillerie avaient ensuite pris une part importante dans le siège d'Andrinople, dont ils avaient, au moins en partie, déterminé la reddition. Aux conférences de Londres, en dépit de leurs intérêts évidents, ils avaient soutenu les ambassadeurs de Ferdinand et, pour ne pas se séparer d'eux, accepté une nouvelle campagne dont ils savaient les inconvénients et qu'il leur eût été très facile d'éviter. A la Skoupchlina, dans la séance du 5 novembre 1913, l'orateur de l'opposition, M. Drachkovitch, reprochant à la majorité et au ministère la continuation des hostilités, leur disait : Pour la Bulgarie, la rupture de l'armistice et la nouvelle guerre signifiaient la prise d'Andrinople, la plus importante forteresse des Balkans après Constantinople, et l'accès de la mer de Marmara après la mer Noire et la mer Egée ; mais pour nous, que signifiait-elle, cette nouvelle campagne? — Nous rachetions la Macédoine, lui répondait la majorité. — Il s'était en fait conclu alors entre les coalisés un pacte tacite qui justifiait les prétentions de M. Pachitch et des radicaux.
D'autant plus qu'ils avaient payé très cher les services rendus à leurs alliés, puisque, en poursuivant, par un sentiment de loyale solidarité, une guerre contre les Turcs qui n'avait plus pour eux aucun intérêt direct, ils s'étaient condamnés à céder aux injonctions autrichiennes. Dépossédés succès-