‹ La grande SerbieChapitre 91 sur 119 · SERBIE ET BULGARIE · texte numérisé non relu

SERBIE ET BULGARIE

sivementde Dratch (Durazzo) et de Scutari, comme il leur était impossible de se contenter de la fallacieuse promesse d'un chemin de fer neutralisé, à travers un territoire étranger et sous la menace constante de tribus sauvages et dépendantes de r Au triche, il leur était indispensable d'obtenir au moins vers le sud un contact immédiat avec la frontière grecque qui leur assurerait une indépendance relative. Si les Bulgares au contraire occupaient la ligne qu'ils réclamaient, Vélès, Bitolié, Ochrida, la Serbie se trouvait complètement cernée par l'Autriche et ses protégés, et sa situation était plus mauvaise qu'avant la guerre. Il est certains renoncements qu'on ne saurait exiger d'une nation, surtout au lendemain de victoires éclatantes.

Les Bulgares eux-mêmes, par une arrière-pensée dont il est trop simple de deviner les raisons, avaient refusé de donner au traité du 13 mars un caractère définitif. Ils s'engageaient, disaient-ils, à accepter la frontière indiquée, si l'Empereur de Russie, sollicité d'être l'arbitre suprême en cette question, se prononçait en faveur de cette ligne. Ils avaient donc laissé la porte ouverte à la discussion, et le bon sens le plus vulgaire l'exigeait. Au moment de commencer une guerre dont personne ne prévoyait l'issue, comment se tracer d'avance un programme immuable qui pouvait si facilement être bousculé par les événements. Il est vrai que les Serbes avaient consenti à ne formuler aucune revendication au delà de la ligne fixée, mais c'était naturellement à condition que les autres clauses du traité fussent observées, — et elles ne l'avaient pas été; — que la situation générale ne fùl pas radicalement modifiée, — et elle l'était par la réaction d'une Albanie indépendante et par la cession d'Andrinople et de la Thrace à la Bulgarie. Que le

traité du 23 ne fût ainsi qu'un er.gag-ement préliminaire et un programme, les Bulgares ne le niaient sans doute pas eux-mêmes, puisque M. Danev, à Londres, contre la lettre des conventions, avait demandé une frontière commune entre l'Albanie et la Bulgarie du côté de Dibra, en même temps d'ailleurs qu'il revendiquait Salonique.

Le malheur pour la Bulgarie, c'est que le parti démocratique qui représente les intérêts réels du pays et qu'anime un sentiment profond de fraternité slave, y était complètement annihilé par rinlluence de Ferdinand qui menait la politique par-dessus la tête des ministres et que l'Autriche excitait sournoisement. Il entraîna sans peine les militaires, dont beaucoup avaient été profondément contaminés par les influences germaniques. La plupart d'entre eux avaient fait leurs classes à Berlin; ils en étaient revenus, imbus des méthodes et de l'orgueil prussiens. C'est l'état-major allemand qui leur avait enseigné les attaques en grandes masses et les marches à fond qui peuvent en effet produire des résultats foudroyants, mais qui, si elles ne réussissent pas complètement, ruinent une armée et lui rendent fort difficile la continuation de l'action. A leur tactique, ils avaient dû la victoire de Lulé-Bourgas, mais aussi l'échec de Tchataldja et la désorganisation de leurs forces, qui était si clairement apparue dans la seconde campagne contre les Turcs.

L'événement ne les avait pas instruits. Ils persistaient à croire que l'hégémonie dans les Balkans leur appartenait en vertu d'une sorte do droit divin, et ils voulaient conquérir une situation telle que les États voisins n'eussent même plus la pensée de soutenir la concurrence et se résignassent à une humble vassalité. La presse avait beaucoup parlé dans les mois de novembre et de décembre 11)12 de l'entrée

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