‹ La grande SerbieChapitre 94 sur 119 · LE TRAITE DE BUCAREST · texte numérisé non relu

LE TRAITE DE BUCAREST

pour peu qu'elle eût été soutenue, elle eût obtenu pour la Bulgarie une plus large bande du littoral de rÉgée et le port de Gavala, qui est indispensable à son dcveloppementéconomique; surtout, elle eût empêché les Turcs de violer le traité de Londres. Elle ne rencontra qu'une approbation platonique et, si Ton maintint en principe comme frontière entre la Porte et la Bulgarie la ligne Énos-Midia, on l'infléchit vers le centre, de manière à laisser au Sultan non seulement Andrinople, mais Kirk-Kilissé et Démotica, de sorte que les Bulgares ne furent même plus maîtres de la ligne de chemin de fer qui aboutit à Dédéagatch, leur seul port sur l'Egée. L'Autriche n'était pas autrement fâchée de ces rigueurs excessives qui lui préparaient des alliés pour la campagne qu'elle méditait dès lors.

La victoire de la Serbie était complète. Son territoire, qui passait de moins de 50000 kilomètres carrés à plus de 90 000, égalait presque le cinquième de la France et le double de la Belgique; elle joignait 1300 000 nouveaux sujets à ses 3 millions d'habitants; maîtresse de la Vieille Serbie et d'une importante partie de la Macédoine, elle s'établissait non seulement à Vélès, Ochrida, Bitolié, mais à Kotchané, Chtip, Radovichtié sur la rive gauche du Vardar qu'elle dominait et elle s'avançait à 60 kilomètres de Salonique. De Prizren, Petch, Diakovo, et Dibra elle surveillait les Albanais : u Toute l'ancienne Rascie, toutes les vieilles capitales, tous les vieux sanctuaires étaient retrouvés et définitivement réunis. » (Gravier, Revue de Paris, le 15 novembre 1913.) Par le sandjak de Novi Pazar elle touchait à la Tcherna Gora, avec qui la nouvelle fraternité d'armes avait créé des rapports si étroits que les deux États ne formaient réellement plus qu'un seul groupe politique

Au point de vue économique, les nouvelles acquisitions complétaient admirablement les anciennes provinces. « Des hauts plateaux herbeux du Sandjak, écrit M. Gravier, qui est avec M. Tsvijitch l'homme qui connaît le mieux la géographie de ces pays, on passe aux plaines à blé de Kosovo, à maïs de la région de Skoplié, à riz des environs de Kotchané, à tabac, à mûriers, à pavots de la région du Vardar. Dans beaucoup de cas, ce qu'il fallait se procurer au dehors, on l'aura maintenant chez soi : raisins, tabac, peaux, riz, poivre, opium, etc.. arriveront directement du sud, sans frontière à franchir, tandis que du Nord descendront grains, farine, sucre, bière. » Ces liens économiques, l'exploitation des mines dont les premières explorations révèlent la richesse, le développement de rindustrie assureront rapidement l'unité politique du pays et triompheront aisément des regrets que peuvent çà et là conserver quelques milliers d'exarchistes bulgares.

En 1913, l'avenir s'annonce plein de promesses, et les ministres serbes, sans se consoler de la perte de l'Adriatique, n'appellent de leurs vœux qu'une paix durable, qui leur permettrait d'organiser leurs conquêtes et accorderait au pays le loisir de se refaire et de se développer. Ce repos et celle paix d'ailleurs, qui leur sont indispensables, ils ne les espèrent guère. Ils savent qu'avant de jouir tranquillement de leur triomphe , ils auront à livrer un dernier combat, plus terrible que les précédents. Quelle que soit leur réserve, elle ne désarmera pas leur implacable adversaire , l'Autriche. Tant que celte dernière victoire n'aura pas été remportée, les autres ne sont que des succès éphémères que rien ne garantit.

La poHtique de la Serbie se résume dès lors dans une unique pensée : ne donner aucun prétexte à

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