VAUT RICHE EN
compter », Même la connaissance de la langue magyare ne lui paraissait pas une garantie suffisante de loyalisme, « parce qu'il est possible que l'électeur qui na appris le magyar que par contrainte, soit encore moins sûr que les autres, du fait même de Vantipathie quil a contractée dans ses études ».
Ces magyaromanes avaient un chef digne d'eux dans le nouveau président du Conseil, le comte Tisza (juin 1913). Très riche et mêlé de près aux grandes affaires financières, personnellement probe d'ailleurs et plus avide de domination que d'argent, il joignait à un tempérament naturellement emporté et brutal de très vastes ambitions pour lui-môme et pour son peuple. Comme jadis Jules Andrassy, dont ilse piquait d'être l'émule, il se proposait d'accabler de gloire la dynastie des Habsbourgs pour les inféoder définitivement à sa race. Il est probable que la victoire lui eût réservé de pénibles surprises et que, comme Andrassy lui-même, il eût vite disparu dans son triomphe. A la haine maladive que chaque bon Magyar nourrit pour les Slaves et spécialement pour les Serbes, il joignait la fureur du spéculateur dont les plans grandioses sont inopinément traversés par le plus misérable des obstacles. Son dessein était absurde et ses procédés, criminels; il y avait du moins une certaine allure dans sa folie, et ce coureur de chimères renfermait l'étoffe d'un homme d'Etat. Son courage était d'une autre trempe que celui du pauvre Berchtold et il n'a pas plié devant la tempête. Avant de sombrer, il aura eu la joie de réaliser au moins une partie de son rêve. Il aura détruit la monarchie dualiste, mais après l'avoir conquise.
En 1914, elle s'en allait en morceaux. Le Reichsralh, discrédité, paralysé par l'obstruction, ridicule s'agitait dans les soubresauts d'une interminable agonie. Au milieu de l'impuissance des partis, le des-
polismebureaucratique s'étalait en liberté. La Bohême était à la veille de la banqueroute, et la constitution y était suspendue. Trieste était en rébellion contre son gouverneur. Le budget se bouclait péniblement, l'industrie souffrait du manque de capitaux, les affaires étaient dans le marasme, le peuple se lamentait de la cherté de la vie.
On a vu des valétudinaires enterrer leurs médecins; à vivre de régime, F Au triche aurait traîné fort longtemps. Peut-être même aurait-elle guéri. Personne ne désirait sa mort, et la Serbie, moins que personne, parce qu'elle pressentait les convulsions qui l'accompagneraient. Guillaume II et le comte Tisza rendirent la catastrophe inévitable et la précipitèrent: les vieillards qui suivent les jeunes gens dans leurs équipées, s'en trouvent souvent assez mal, et les pilules ferru gineuses ne conviennent pas aux organismes trop épuisés.
Le comte Berchlold suivait, peut-être sans joie. Homme du monde plutôt qu'homme d'affaires, d'humeur frivole et d'habitudes courtoises, son autorité était médiocre et il n'osait pas se dégager de Berlin. Il était aiguillonné par le comte Forgach, qui avait une revanche à prendre sur Belgrade, et par l'ambassadeur d'Allemagne, M. de Tchirsky, russophobe intransigeant. Les pangermanistes de Bohême, qui, en dépit de leur résistance acharnée et de l'appui de l'administration, perdaient chaque jour du terrain, poussaient à la roue. Oue risquaient-ils? — Vainqueurs, ils établissaient pour longtemps leur prépondérance; vaincus, l'Autriche s'effondrait et ils trouvaient un confortable abri dans l'Empire germanique. Les banques juives qui tenaient les journaux, en particulier la Neue Freie Presse, conqitaient sur une guerre pour remettre à tlol leur barque dangereusement embourbée. Les