‹ La grande SerbieChapitre 98 sur 119 · L'AUTRICHE EN · texte numérisé non relu

L'AUTRICHE EN

Catholiques attendaient avec impatience l'occasion d'infliger une retentissante défaite aux schismatiques orthodoxes. Dans une cour aussi bigote que la cour de Vienne, le Congrès Eucharistique, avec le magnifique déploiement de ses cortèges triomphaux (sept. 1912), avait laissé des souvenirs rayonnants. Ce fut peut-être une des raisons qui ranimèrent François-Ferdinand et la duchesse de Hohenberg, sa femme; nerveuse, ardente, mystique, menacée dans ses sentiments les plus profonds, n'aperçut-elle pas dans une croisade le moyen de mériter la bienveillance divine et d'obtenir un miracle?

N'oublions pas que nous sommes en Autriche, que les idées du moyen âge s'y conservent vivaces, que beaucoup de sentiments qui nous semblent absurdes, y exercent une obsession sur les âmes. Quel elîort ne sommes-nous pas déjà obligés de nous imposer pour comprendre l'idée que Guillaume II se fait du christianisme et de Dieu!

Que se passa-t-il entre l'Empereur d'Allemagne et François-Ferdinand, au début de l'été de 1914, dans ce magnifique domaine de Konopicht en Bohême, qui, avec son parc splendide et ses forêts séculaires, était un des séjours préférés de l'archiduc? Nous ne le saurons peut-être jamais. On raconte qu'à Kiel, où il prenait part aux régates, l'Empereur, après avoir lu la dépêche qui annonçait l'attentat de Sarajevo, aurait murmuré : « Toute mon œuvre est à recommencer ».

Détions-nous des paroles murmurées à mi-voix, bien qu'ici l'anecdote réponde bien au caractère de Guillaume. Bien des symptômes prouvent du moins que l'on machinait un coup de théâtre : les débats des Délégations (mai), la longue conférence des étatsmajors autrichien et allemand à Carlsbad, le renforcement des effectifs en Bosnie. On y annonçait de

grandes manœuvres. « Les troupes, écrivait à cette occasion le Pester Lloyd, y acquerront une nouvelle et plus ferme assurance, et les États voisins auront l'occasion de se convaincre que les XV^ et XVP corps représentent des troupes d'élite qui ne reculeraient devant aucune tâche, si quelque imprudent avait Taudace d'attaquer la monarchie. »

Bien loin de relever ces rodomontades, M. Pachitch mettait tous ses soins à ne pas donner barre sur lui. Sa conduite affectait la plus attentive correction et il négociait dans Tesprit le plus conciliant avec le baron de Giesl les questions qu'avaient ouvertes les traités de Londres et de Bucarest. Il y avait quelque mérite, et le baron de Giesl n'était pas d'humeur commode.

Au milieu des populations qui, depuis 1908, vivaient dans un état permanent d'éréthisme national, la bonne volonté la plus sincère ne suffisait pas toujours à contenir les éclats de colères trop légitimes. Gomme la presse est absolument libre en Serbie, le ministre n'était pas maître de prévenir çà et là certaines imprudences. Quelques cerveaux faibles s'exaltaient. Depuis plusieurs années, les attentats terroristes se multipliaient en Autriche. Après Bogdan Zérayitch à Sarajevo (1910), à Zagreb, pendant une fête des Sokols (gymnastes) (août 1911), un pharmacien tombait sur le ban Tomachitch à coups de canne. Le 0 juin 1912, un jeune étudiant, Youkitch, tirait sur le commissaire royal, Tchouvaï, et blessait mortellement à ses côtés le directeur des cultes. Le IG août 1913, le successeur de Tchouvaï était grièvement blessé. Ghaque fois, le gouvernement autrichien agitait le spectre pan-serbe, ordonnait des séries d'arrestations. Les enquêtes n'avaient jamais donné aucun résultat probant : elles avaient montré seulement que beaucoup de braves gens étaient arrivés à

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