LE CHOEUR
La scène représente une chambre d’auberge, en Beauce.
LE BEL HOMME EN HABIT NOIR, s’adressant à la partie féminine de l’assemblée.
Mesdames — il est juste au moins qu’on vous prévienne — Farouche à raconter et lamentable à voir,
Le poëme hardi de la gent punaisienne,
Pour les nerfs olfactifs d’une Parisienne,
Exhale des parfums âcres à percevoir.
Par un cas fortuit, — que l’on n’a pu prévoir —
S’il se trouvait céans quelque Béotienne Qui se cabre aux récits de gaillardise ancienne ,
Qu’elle observe mes gants blancs et mon habit noir;
Et d’ailleurs il vous reste encore, quoi qu’il advienne, Les jeux de l’éventail et les plis du mouchoir.
(Se tournant vers les hommes.
Nous n’ajouterons pas un mot, côté des hommes :
Nargue au sexe barbu ! Voilà comment nous sommes !..
Apprenez là dessus qu’un pauvre voyageur S’en revient de Paris, la ville des lumières !
Ce qu’il a laissé là des puretés premières,
Je ne le dirai pas, craignant votre rougeur.
Mais enfin, le pauvre homme est défait et songeur. Il a vu de trop près les bergères d’Asnières,
Un peuple, comme on sait, frétillant et rongeur.
Il a besoin de vert et retourne à l’églogue.
Dans une cour d’hôtel j’entends ce dialogue :
L’INFORTUNÉ VOYAGEUR, descendant de cheval.
Vite, vite 1 une chambre, et pansez mon cheval :
Il est, ainsi que moi, rendu, pauvre animal !
Je ne souperai pas, je n’en ai pas la force...
(Gourmandant les gens de l’auberge.)
Allons ! avez-vous peur d’attraper une entorse ?
Une bonne répond :
— Le bidet est rentré Et votre appartement est déjà préparé :
L’escalier en dehors, à côté de la treille...
A quelle heure monsieur veut-il qu’on le réveille ?
l’infortuné voyageur.
Me réveiller?., jamais !...