‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 25 sur 36 · FIN DU MONDE · texte numérisé non relu

FIN DU MONDE

Matth. xxiv, 1-14. — Marc, xm, 1-13. — Luc. xxi, 5-20.

En ce jour qui était le mardi, le Seigneur Jésus sortit du temple, figurant par cette action l'accomplissement de ce qu'il venait d'annoncer aux Juifs sur l'abandon de leur demeure, c'est-à-dire de Jérusalem, tant de la ville que du temple. Ne pouvant croire qu'un monument si merveilleux tût jamais détruit de fond en comble, les disciples lui en firent remarquer les constructions grandioses pour exciter son admiration (Matth. xxiv, 1); car ils espéraient que cette contemplation inclinerait son cœur à la miséricorde, en le portant à révoquer ou à tempérer la sentence prononcée contre le superbe édifice. En désirant ainsi conserver le temple, ils considéraient moins sa sainteté que sa richesse, sa magnificence et sa solidité. De nos jours pareillement, combien nous voyons de Chrétiens plus zélés pour la prospérité temporelle que pour la dignité spirituelle de l'Église ! Les autels sont resplendissants de pierreries, et les ministres sont souillés de vices, disait saint Jérôme à Népotien (Epist. de vita clericorum). Au contraire dans la primitive Église on s'appliquait beaucoup plus au perfectionnement des âmes qu'à la décoration des sanctuaires. Autrefois, dit saint Augustin, les murailles des temples étaient viles et nues, mais les cœurs des fidèles étaient saints et précieux devant le Seigneur. Aujourd'hui, c'est tout l'opposé ; rappelons-nous cependant

PREMIERS SIGNES DU DERNIER AVENEMENT DE i.-C, ETC. 343

que la gloire et la splendeur véritables de l'Église ne consistent pas dans la grandeur des revenus ou la somptuosité des bâtiments, mais bien plutôt dans l'exercice des vertus et dans la pratique des bonnes œuvres, de l'humilité, de la bienfaisance et de la piété,

Jésus, répondant à ses disciples, leur dit que toutes ces constructions, malgré leur magnificence et leur solidité, seraient non-seulement abattues, mais rasées de telle sorte qu'il n'en resterait pas pierre sur pierre (Matth. xxiv,2).Cette prophétie fut réalisée par les Romains quarante-deux ans après la Passion du Seigneur. Ainsi en sera-l-il de tous ces palais immenses et de ces demeures brillantes que les hommes élèvent à grands frais ; un jour, il n'en restera pas pierre sur pierre. Selon la remarque du Vénérable Bède (in cap. xni Marc), ce ne fut pas sans une très- sage disposition de la divine Providence qu'à l'époque de la prédication évangélique dans tout l'univers le temple de Jérusalem fut complètement ruiné ; car si les cérémonies établies par Dieu même avaient continué de s'y accomplir avec leur éclat imposant, des néophytes encore faibles et peu instruits auraient pu être tentés d'abandonner la nouvelle foi chrétienne pour embrasser l'antique loi mosaïque. L'ombre disparut donc pour laisser le champ libre à la vérité dans le monde entier. « Cette ville de Jérusalem n'était, en effet, qu'une figure de l'Église, dit. saint Chrysostôme iHom. 48 Op. imp.). Si néanmoins son fameux temple n'eût pas été renversé, les prescriptions rituelles, eussent été difficilement abolies. Il a donc été anéanti, afin de rendre impossible aux Juifs l'observation de leur culte touchant les sacrifices, la Pâque et les autres solennités^ Ainsi les symboles matériels se sont évanouis nécessairement pour faire place aux réalités spirituelles, aux mystères véritables de l'Évangile. »

Le même jour, Notre-Seigneur, accompagné de ses disciples, se retira sur la montagne des Oliviers, et il s'y assit en face du temple, à l'endroit même où l'on a fait ensuite bâtir une église (Matth. xxiv, 3 — Marc, xm, 3). Ses Apôtres l'interrogèrent alors sur la destruction prochaine de la ville et du temple, comme aussi sur les signes précurseurs de son second avènement et de la consommation générale qu'ils s'imaginaient devoir suivre immédiatement la ruine de Jérusalem. Ces diverses questions lui furent adressées fort à propos sur le mont des Oliviers, parce que l'on peut facilement apercevoir de là l'illustre capitale, et que dans les environs doit avoir lieu le jugement dernier. Dans sa réponse, Jésus instruisit ses disciples des choses qu'il leur était utile ou nécessaire de savoir, sans leur manifester les autres détails qui n'offraient pas pour eux les mêmes avantages. Ainsi, pour les préserver de dangereuses méprises, il leur indiqua les signes principaux qu'ils demandaient, sans toutefois leur en marquer les temps précis ; car l'incertitude de l'époque et de l'heure o ù doit venir le souverain Juge est très-propre à nous entretenir clans une crainte salutaire et dans une préparation habituelle. — Plusieurs de ces signes peuvent se rapporter également a la îuine de Jérusalem et à la fin du monde ; car, selon la remarque de saint Chrysostôme (loc. cit.), le Seigneur lui-même n'a pas voulu distinguer ceux qui appartiennent spécialement à lun ou à l'autre de ces deux événements. Cependant, comme nous savons aujourd'hui que la ville et le temple de Jérusalem ont été détruits conformément à la prédiction du Seigneur, nous pouvons, pour notre instruction, rapporter tous ces signes au jugement dernier et à la consommation générale. Si notre divin Maître les révéla tous indistinctement à ses Apôtres, ce n'est pas qu'eux-mêmes dussent vivre jusqu'à la tin du monde pour en être les té-

moins ; mais dans leur personne il s'adressait cà tous les Chrétiens des temps postérieurs qu'ils représentaient comme formant avec eux un même corps.

Selon la remarque de saint Ghrysostôme (Hom. 76 in Matth.), avant de répondre aux questions que ses disciples lui avaient proposées, le Sauveur commença par prémunir leurs esprits, en les avertissant des périls qu'il fallait éviter tout d'abord. Prenez1 garde que 'personne ne vous séduise ■, ne vous fasse abandonner les sentiers assurés de la foi véritable (Matth. xxiv, 4). En effet, plusieurs viendront sous mon nom qu'ils ne craindront pas de s'arroger, en disant : Je suis le Christ, et ils séduiront beaucoup de gens par leur fausse doctrine, leur sainteté apparente, et par les prodiges étonnants qu'ils opéreront (Ibid. 5). Dans chacune des hérésies qui s'élèvent, dit saint AthanaseCOrat. 1 contra Arianos), le démon transfiguré semble dire . Je suis le Christ, c'est moi qui enseigne la vérité. Un grand nombre d'hommes semblent aussi par le fait tenir le même langage ; car ils font observer leurs ordonnances plus strictement que les préceptes divins, et ils exigent qu'on leur obéisse de préférence à Dieu même. — Mais le Christ véritable ne viendra point avant l'entier accomplissement des- signes qu'il a révélés. lia bien voulu nous les annoncer pour nous inspirer la crainte de sa justice et le mépris du monde, aiin qu'il nous trouve toujours vigilants et disposés à. paraître devant son tribunal redoutable ; car les traits qui sont prévus font des blessures moins dangereuses.

Notre-Seigneur mentionne d'abord en général les premiers signes, à savoir les combats avec les étrangers et les troubles parmi les concitoyens : Quand vous entendrez parler de guêtres et de séditions, ne vous alarmez point ; car il faut que ces choses arrivent auparavant, mais cène sera pas

encore sitôt la fin (Luc. xxi, 9). Puis venant au détail, il distingue sept fléaux (Ibid. 10 et 11) : des hostilités entre les peuples, car les nations s'insurgeront contre les nations ; des discordes entre les princes, car les royaumes se soulèveront contre les royaumes ; de violents tremblements de terre en divers lieux ; des pestes ou maladies épidémiques ; des famines ou disettes générales ; des phénomènes terribles dans le ciel et de grands prodiges ou événements extraordinaires dans le monde. Ces divers signes figurent les sept maux qui affligent aujourd'hui l'Église de Dieu, à savoir : les divisions parmi ses membres, les attaques des hérétiques, les violences des mondains, les scandales des méchants, le manque de docteurs, les sentences d'excommunication qu'elle estobligée de fulminercontre des sujets rebelles, les désordres de l'administration qu'elle est forcée de subir de la part de chefs indignes.

Ces différents fléaux précéderont l'avènement de Jésus- Christ, afin de vérifier cet oracle de la Sagesse (v, 21) : L'univers combattra avec lui contre les insensés. Ainsi ceux qui se sont révoltés effrontément contre le souverain Créateur verront alors toutes les créatures révoltées contre eux par un juste jugement de Dieu, en sorte que ceux qui ont abusé d'elles seront châtiés par elles-mêmes. Il faut et il convient que ces choses s'accomplissent d'abord, en vertu de l'ordre de Dieu et en réparation de la malice de l'homme ; car le Seigneur, qui sait tirer le hien du mal, s'en servira pour éprouver et perfectionner les bons en même temps que pour détruire et perdre les méchants (Matth. xxiv, 6 et 8). Tous ces maux sont le commencement et comme le prélude des douleurs suprêmes, mais n'en sont pas encore la fin et la consommation; car les premiers châtiments sont temporels, tandis que les derniers doivent être éternels; et quelque

grandes que soient les tribulations antérieures au jugement général; elles ne sont qu'une faible image des afflictions postérieures incomparablement plus graves. Les calamités nombreuses qui précèdent le jugement, dit saint Grégoire (Hom. 35inEvang.), sont l'indice et l'annonce des peines incessantes qui le suivront ; il faut bien, en effet, que les maux se pressent en foule pour qu'ils puissent être les signes avantcoureurs du mal qui n'aura point de fin. — Dans un sens spirituel, selon saint Ambroise (in cap. xxi Luc), le Chrétien doit soutenir et livrer des combats d'un autre genre contre ses passions, ses idées, ses jugements, ses goûts et ses volontés. Et selon saint Chrysostôme (Hom. 76 in Matth.), l'Église à la fin des temps sera grandement éprouvée par la peste ou la contagion des vices charnels, par la famine ou la pénurie des saintes instructions et par la violence des révolutions qui bouleverseront la terre.

Le Sauveur expose ensuite à ses disciples la cause de tant de maux (Luc. xxi, 12 et seq.). Avant tout ce qu'il vient de leur prédire, les justes seront persécutés et emprisonnés ; ils seront livrés aux tourments et à la mort par leurs parents et leurs amis mêmes ; ils seront haïs de tous les hommes attachés à la terre et ennemis de Dieu, parce qu'ils confesseront le nom de Jésus-Christ et qu'ils prendront la défense de la vérité chrétienne. C'est là justement ce qui fait la joie et l'honneur des Saints. Bienheureux ceux qui sont ainsi couverts d'opprobres et chargés d'outrages à cause de leur Seigneur et de leur Maître, parce qu'ils en recevront sûrement une grande récompense et une gloire immense. Aussi pour exciter ses disciples à souffrir en cette vie les dures épreuves qu'il leur annonce, le Sauveur s'empresse de les consoler par la promesse de la résurrection, en leur disant : Vous ne perdrez pas même un cheveu de votre tête (Luc.

xxi, 18). A plus forte raison sans doute ils ne perdront pas les autres parties de leur corps qui sont plus considérables. Ces simples paroles suffisent donc à établir la certitude infaillible de la résurrection future, dans laquelle nous retrouverons tout ce qui sert à l'ornement de notre corps, avec tout ce qui appartient à sa substance. — Dans le sens spirituel, dire que pas un seul de nos cheveux ne sera perdu, c'est dire que pas une~seule de nos pensées ne sera oubliée. En effet, selon la remarque du Vénérable Bède (in cap. xxi Luc), Dieu ne compte pas seulement tous les os, mais encore jusqu'au plus petit cheveu de chacun ; c'est-à-dire il ne nous tient pas seulement compte de nos grandes actions ou de nos salutaires exhortations, mais les moindres bonnes pensées qui proviennent del'àme comme les cheveux naissent de la tête trouveront également leur juste récompense auprès du souverain Juge ; et pareillement les mauvaises pensées ne resteront pas impunies.

Parce que les Saints doivent endurer beaucoup de tribulations et de persécutions, Notre-Seigneur cherche à les armer de courage et de force, en leur disant (Luc. xxi, 19) : C'est par votre patience que vous posséderez vos âmes, c'est-à dire que vous les maîtriserez, que vous les conserverez et sauverez. En effet, la patience est nécessaire, indispensable dans toutes les adversités, soit pour refréner les passions,soit pour exercer les vertus. Gomme c'est par l'âme que nous possédons et gouvernons notre corps, c'est aussi par la patience que nous possédons et dominons notre âme, en l'obligeant à se soumettre à la souffrance par la raison. Celui donc qui n'a point la patience ne possède ni son corps ni son âme, puisqu'il n'en peut réprimer les mouvements et les emportements causés par la colère et la fureur. Le Vénérable Bèîe dit à ce sujet: « Le Créateur nous a si admirablement constitués

que dans nous le corps doit être possédé ou régi par l'âme, et que l'âme à son tour doit l'être par la raison. Lors donc que l'âme refuse d'obéir à la raison, elle renonce au droit de commander au corps. C'est pourquoi en déclarant que nous deviendrons possesseurs de nous-mêmes par la patience, le Seigneur nous a montré dans la patience la gardienne de l'ordre naturel qu'il a établi dans nous. » Elle est donc bien grande cette vertu de patience sans laquelle notre âme nous échappe en quelque sorte, et par laquelle nous en restons les maîtres ; car celui qui supporte l'épreuve avec patience recevra la couronne de vie, comme l'enseigne saint Jacques (1, 12) ; mais celui qui perd la patience perd en même temps cette couronne. Aussi saint Grégoire n'hésite pas à dire: J'estime cette vertu de patience plus excellente que le pouvoir d'opérer des miracles et des prodiges (Hom. 38 in Evang.). Suivant la maxime des Proverbes (xvi, 32), l'homme patient Cemporte sur l'homme puissant, et il vaut mieux se vaincre soi-même que prendre les villes d'assaut. Le philosophe Sénèque s*exprime à ce sujet comme les Chrétiens euxmêmes dans les termes suivants : « C'est une chose désirable, non pas précisément de soufirir, mais bien de souffrir patiemment; car c'est le caractère propre de cette force morale qui constitue la vertu solide. Celui qui souffre ainsi les tourments avec courage fait preuve de toutes les vertus, quoiqu'il n'en montre peut-être qu'une seule , et si la patience est surtout mise en évidence, elle n'existe pas néanmoins sans le cortège inséparable des autres vertus ; car toute bonne action est produite par quelque vertu spéciale, mais d'accord avec ses compagnes. » Ainsi donc, conclut saint Chrysostome (Hom. Quod nemo lseditur nisi a se ipso), les injures ne font aucun tort à celui qui les reçoit avec patience, elles lui fournissent au contraire l'occasion d'acquérir de grands mérites. t. v 20

L'annonce de tant de maux était bien capable de troubler les Apôtres et tous les justes à venir, dans la crainte de ne savoir ce qu'ils répliqueraient à leurs persécuteurs. Aussi Notre-Seigneur se hâte de les rassurer, en promettant de leur donner, sans préméditation de leur part, une bouche et mie sagesse, des paroles et des réponses, auxquelles tous leurs ennemis ne pourront résister ni rien opposer (Luc. xxi, 15), parce qu'elles ne procéderont pas de leur esprit ni de leur habileté, mais de la grâce divine et du Saint-Esprit lui-même (Marc, xin, 11). Au milieu de ces troubles et de ces persécutions, beaucoup seront scandalisés (Matth. xxiv, 10) ; ils abandonneront la foi et embrasseront l'erreur, vaincus par la crainte ou la violence des tourments, séduits par des pro • diges ou des présents. — Et parce que l'iniquité se multipliera, la charité se refroidira en plusieurs (Ibid., 12) ; c'està-dire , plus la malice s'augmentera dans les mauvais Chrétiens, plus le sincère amour à l'égard de Dieu et du prochain s'affaiblira dans les bons eux-mêmes ; car où l'iniquité abonde, la charité, qui paraissait ardente au sein de la paix, devient bientôt tiède en face de la tribulation. Alors, comme saint Ambroise le fait observer (in cap. xxi Luc), les justes se réfugieront dans la solitude, tandis que les impies s'empareront de la puissance. D'après une autre interprétation de ce même texte, on peut dire que dans ceux où l'iniquité dominera la charité disparaîtra; car, selon Rémi d'Auxerre, la ferveur s'éteint dans une âme à mesure que le péché s'y accroît. —Mais celui qui aura persévéré dans la croyance de la vérité et dans l'amour du bien jusqu'à la fin, jusqu'au dernier jour de cette vie présente, en quelque temps qu'il ait commencé ou qu'il ait repris, celui-là sera sauvé 'Matth. xxiv, 13); la vertu, en effet, ne consiste pas seulement à bien commencer, mais surtout à bien finir ; la perse-

vérance seule remporte la couronne promise au vainqueur. Nous avons déjà traité plus au long de ces persécutions à propos de la mission des Apôtres ; mais à la fin des temps, elles seront si violentes et si extraordinaires qu'elles pourront être regardées comme des signes précurseurs de la consommation des siècles.

Et, ajoute le Sauveur (Ibid. 14), cet Évangile du royaume sera publié clans l'univers entier. La prédication du Nouveau Testament est appelée Évangile, à cause de sa bonté parfaite, parce qu'elle est un bien tout à la fois bonnête, agréable et utile ; de plus, elle est appelée Évangile du royaume, à cause de sa dignité : soit par rapport à la fin qu'elle atteint, car elle conduit au royaume céleste, tandis que la Loi ne pouvait y prétendre ; soit par rapport à l'effet qu'elle produit, car elle forme des rois spirituels ; soit par rapport à la doctrine qu'elle expose, car elle fait connaître le règne divin. Cet Évangile sera donc prêché en tous lieux, pour servir de témoignage à toutes les nations, c'est-à-dire pour convaincre de péché tous ceux qui n'auront pas embrassé la foi; car ceux qui l'auront reçue protesteront contre ceux qui l'ont rejetée et les condamneront. Alors viendra la fin, après que la parole de vie et d'amour aura retenti jusqu'aux extrémités de la terre, en sorte que personne ne puisse alléguer son ignorance. Suivant saint Augustin (Epist. 80), quoique l'Évangile ait été porté dans toutes les parties du monde, il n'y est point encore parvenu cependant aux oreilles de tous les hommes. Aussi saint Paul dit avec le Psalmiste en parlant des Apôtres (Rom. x, 18) : Leur voix s'est fait entendre dans toute la terre ; mais il ne dit pas qu'elle ait été entendue de tous ses habitants, si ce n'est peut-être d'une manière générale par les rapports qui en ont été faits; et ainsi la fin du monde attend cour venir que la prophétie di Jésus-Christ

ait reçu son entier accomplissement. « Le signe du dernier avènement du Seigneur, dit saint Jérôme/ (in cap.xxivMatth.), c'est la prédication de l'Évangile dans tout l'univers, en sorte que nul ne soit excusable de n'y pas croire. Or il me semble que ce signe ne tardera pas à s'accomplir, s'il ne l'est déjà ; car je ne pense pas qu'il reste aujourd'hui une seule nation qui ne connaisse le nom du Christ ; et supposé même que quelqu'une n'ait point entendu de prédicateur , elle a dû recevoir des peuples voisins quelques notions de la foi chrétienne. »

Touchant les sigDes dont nous venons de parler, saint Chrysostôme s'exprime en ces termes (Hom. 76 in Matth. ) : « C'est une chose assurément fort obscure que nous ignorons complètement, si de notre temps même arrivera la fin du monde, et si nous verrons luire ce jour terrible où nous comparaîtrons tous ensemble devant le tribunal redoutable du Juge suprême. Plusieurs des signes précurseurs sont accomplis déjà : l'Évangile a retenti dans presque tout l'univers ; nous avons vu des guerres, des troubles, des tremblements de terre, la peste et la famine, conformément aux prédictions du Seigneur ; nous ne sommes donc pas trèséloignés du dernier avènement. Dans ce pressentiment, disposons-nous au départ qui doit nous séparer du monde. Lors même que le jugement universel ne serait pas encore prochain, toutefois le jugement particulier pour chacun nous menace ; car à chaque instant la mort peut fondre sur nous, jeunes ou vieux, et à tout âge elle est pour ainsi dire suspendue sur nos têtes. »

Tous les maux qui affligent et désolent l'univers sont produits par l'orgueil et la présomption. L'esprit fatal d'indépendance et d'insubordination qui a causé la chute primitive des Anges rebelles entraînera pareillement la ruine défini-

tive du monde présent. Aussi saint Pierre Damien, félicitant un ami d'avoir quitté le siècle, lui écrivait en ces termes • « Quelles actions de grâces ne devez-vous pas à Dieu pour avoir daigné vous retirer du monde, dans un temps où il est si difficile d'y opérer son salut ! Car le monde aujourd'hui est devenu un sol tellement aride et sablonneux qu'on essaie vainement de le défricher et de le cultiver. Maintenant pa raissent accomplies ces tristes paroles des Prophètes : La vérité, la miséricorde et la religion sont bannies de la 'erre qu'ont envahis le blasphème, le mensonge, l'homicide, le vol et l'adultère (Os. iv, 1 et 2). Toute tête est languissante, et tout cœur est abattu ; depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, il n'y a rien de sain en lui (Is. I, 5 et 6). Ce n'est plus le temps où un homme désireux de suivre les sentiers de l'innoceDce et de la pureté consentirait à gouverner l'Église, alors que la plupart se laissent emporter dans l'abime des vices et entraîner par la fougue de leurs passions, comme des chevaux effrénés et furieux. Le cloître est abandonné, l'Évangile reste fermé; presque tous ne s'entretiennent et ne s'occupent que des lois humaines ou des affaires politiques ; peu méditent ou étudient les di vin es Écritures et les choses spirituelles. Malgré les principes de justice qu'on prétend connaître, malgré les formes de légalité qu'on affecte d'observer, l'Église est tellement pressurée, opprimée par ses propres enfants, qu'on croirait voir Jérusalem assiégée et enveloppée par les armées de Babylone. . Où peuvent aboutir tant de désordres et de crimes, si ce n'est à hâter la venue de l'Antéchrist, en lui préparant les voies par lesquelles il consommera sans obstacle son œuvre de de?truction? Aussi nous pouvons bien dire avec l'Apôtre : Déjà s'opère le mystère d'iniquité (II Thés?, u, 7;.» Ainsi parle saint Pierre Damv

Prière.

Seigneur Jésus-Christ, juge futur du genre humain, donnez-moi de rester attaché constamment à la vérité de la foi, afin de n'être point séduit par les mensonges des hypocrites. Que je ne me laisse point abattre par les tribulations, mais que, persévérant avec courage dans la confession de votre saint nom et dans la profession de la saine doctrine, je puisse supporter avec joie pour cette juste cause la haine des méchants et le poids des adversités. Accordez-moi la vertu de patience ; et faites que les torrents de l'iniquité répandue dans le monde ne refroidissent point et n'éteignent point en moi les ardeurs de la charité, mais que je persévère jusqu'à la fin de ma vie dans la croyance de la vérité et dans l'amour de la justice, afin d'être sauvé par votre miséricorde, ô Dieu, seul auteur de mon salut ! Ainsi soit-il.

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