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CHAPITRE XLI

REMÈDES CONTRE LES TENTATIONS SPIRITUELLES DES DERNIERS TEMPS, ET MOTIFS DE FERVEUR DANS LE SERVICE DE DIEU.

Plusieurs faux Christs et faux prophètes surgiront avant l'apparition du souverain Juge, comme nous venons de le rapporter (Matth. xxiv, 24) ; et même par leurs mensonges et leurs supercheries ils séduiront beaucoup de personnes qui semblaient déjà parfaites (Ibid 5). Or, contre les tentations spirituelles qui abonderont en ces derniers temps pour éprouver et purifier les élus, il n'est pas inutile d'indiquer ici quelques remèdes ; car même de nos jours elles préparent les voies à l'Antéchrist dans les âmes qu'elles trompent sur la conduite à tenir touchant les choses de Dieu. Ces tentations naissent de deux sources : premièrement, des suggestions et des illusions de la part de l'Esprit malin ; secondement, des doctrines corrompues et des mauvais exemples de

la part des personnes déjà séduites. Signalons par conséquent ici les règles à suivre d'abord vis-a-vis de Dieu, puis vis-àvis du prochain pour éviter toute erreur dans les matières spirituelle..

Contre ces sortes de ttntations, que le démon excite dans le cœur de ceux qui veulent s'élever à Dieu par l'oraison et la contemplation ou tar les autres moyens de perfection, le premier remède consiste à ne désirer ni visions ou révélations, ni illuminations qui soient au-dessus de l'ordre naturel et de l'état habituel des Chrétiens pieux qui aiment et craignent sincèrement le Seigneur. Un tel désir, en effet, procède toujours, soit d'une orgueilleuse présomption, soit d'une vaine curiosité qui cherche a pénétrer les secrets divins, soit encore d'une faiblesse ou d'un manque de foi. Aussi pour la punir de telles dispositions vicieuses, le Seigneur abandonne l'âme possédée de semblables désirs qui la rendent le triste jouet des artifices diaboliques. L'infernal ennemi des hommes abuse souvent de cette manière les personnes dévotes dont il fait les messagères de l'Antéchrist, comme nous le montrerons bientôt. Quant à vous, homme spirituel, sachez-le bien, les véritables visions ou révélations et illuminations ne proviennent point du vif désir qu'on en conçoit, quelques efforts que l'on îasse pour les obtenir; mais elles dépendent uniquement de la bonté gratuite de Dieu envers celui qu'il voit rempli d'une profonde humilité et d'une crainte respectueuse à l'égard de sa majesté suprême. Toutefois, sachez-le bien encore, si l'on s'exerçait à cette profonde humilité et à cette crainte respectueuse dans le but d'obtenir de pareilles faveurs exceptionnelles, on garderait en soimême les germes funestes du désir précédent, et on se rendrait ainsi coupable de la faute même qu'il implique. Le second remède est que dans l'exercice de l'oraison ou de

la contemplation vous rejetiez loin de vous toute consolation, giande ou petite, dès qu'elle s'appuie sur la présomption et sur une vaine estime de vous-même, comme aussi lorsqu'elle vous porte à rechercher ambitieusement votre honneur ou votre gloire propre, soit en cette vie, soit dans l'autre. L'âme qui se complaît dans une telle consolation tombe bientôt dans l'erreur et le désordre ; car Dieu, par un elïét de sa justice, laisse au démon le pouvoir d'augmenter et d'accroître ce contentement intérieur, a l'aide duquel il excite de dangereuses illusions ; l'âme alors remplie d'imaginations spécieuses les prend pour de véritables révélations qui- la conduisent à sa peite. Hélas ! qui peut dire combien de pei sonnes pieuses ont fait ainsi fausse route ! Prenez donc bien garde de ne pas vous abandonner à ces joies intérieures, à moins qu'elles ne soient accompagnées d'une parfaite connaissance et d'une profonde conviction de votre misère et de votre néant, en même temps qu'elles entretiennent en vous un souverain respect pour la grandeur et la majesté de Dieu, un zèle aident pour son honneur tt sa gloire. C'est aces marques et à d'autres semblables qu'on peut discerner les vraies consolations divines, et ce que nous venons d'en dire s'appiique également aux ferventb désirs de la perfection qui peuvent naître des mêmes sources et produne les mêmes effets.

Le troisième remède consiste à repousser avec horreur les vibions les plus sublimes et les sentiments les plus élevée, s'ils vous conduisent à une opinion opposée à quelque article de foi ou aux bornes mœurs, suitout a 1 humilité et à la mainte pureté ; car alors ils viennent évidemment du démon. Et si vous êtes favorisé d'une vit-ion que vous croyez venir ceitainement de Dieu, évitez de vous reposer sur eile avec assurance, lors même qu'elle semblerait vous portera ce qui est agréable au Seigneur.

Le quatrième remède est que la considération de la vertu et de la piété extraordinaires, de la science ou de la capacité même supérieuresde certaines peisonnes, ne doit point vous entraîner à suivre leurs sentiments et leurs exemples, dès lors que vous les voyez évidemment contraires à la loi ou à la volonté de Dieu, à la doctrine ou à la conduite de Jésus- Christ etde ses plus fidèles strviteurs, enfin aux préceptes des divines Écritures et aux maximes des saints Docteurs. Et ne craignez point alors, en méprisant les avis de ces personnes, de pécher par orgueil et par présomption ; agissez seulement par zèle et par amour de là vérité.

Le cinquième remède consiste -il fuir toute familiarité et tout commerce avec ceux qui introduisent et propagent ces dangereux systèmes et de semblables illusions, comme aussi avec ceux qui les soutiennent et les recommandent. Ne vous arrêtez pas à écouter leurs conversations, ne cherchez pas à scruter leur conduite ; car ils pourraient bien vous montrer par leurs belles paroles et leurs actions qu'ils sont dans la voie de la véritable perfection'; si vous vouliez alors les croire et les suivre comme des oracles ou des modèles, ils vous persuaderaient bientôt d'adopter leurs erreurs et d'imiter leurs vices, en vous exposant au péril de la damnation éternelle.

Pour vous prémunir contre les personnes qui, par leurs œuvres et leurs discours, répandent les susdites tentations, voici les remèdes que vous devez employer.— Premièrement, faites peu de cas de leurs visions ou illuminations et ravissements; bien plus, si elles vous portent à croire ou à faire des choses contraires à la foi chrétienne, a la sainte Écriture, aux bonnes mœurs, aux exemples des Saints ou à leurs maximes sainement interprétées, repoussez alors leurs visions ou illuminations comme de folles imaginations ou hallucinations, et leurs ravissements ou extases comme des transports

nerveux et des accès de délire ou de démence. Toutefois, si ces personnes ne vous engagent à rien qui ne soit conforme à l'Écriture, à la foi, à la morale, aux exemples et aux maximes des Saints, ne méprisez pas leurs témoignages, de peur que vous ne veniez à mépriser des manifestations vraiment divines. Tenez-vous cependant toujours dans une sage réserve, parce que souvent le mensonge se cache sous le voile de la vérité, et le mal sous l'apparence du bien , afin que le démon puisse plus facilement distiller et insinuer son venin mortel. Le parti le plus sût. c'est de chercher â plaire à Dieu sans se préoccuper de ces voies extraordinaires, lors même qu'elles semblent véritables et bonnes. Pourtant si ces effets merveilleux se produisent en des personnes qu'on ne peut soupçonner d'être séduites par des suggestions et des illusions diaboliques, à cause de leur sainteté et de leur humilité éprouvées et incontestables, on peut alors ajouter foi pieusement à leurs visions et inspirations ; dans ce cas, il est encore prudent d'y croire, non pas absolument parce qu'elles sont garanties par des relations véridiques, mais simplement parce qu'elles sont en parfait accord avec la foi catholique, la Sainte-Écriture , la saine morale, les exemples et les maximes des Saints, comme aussi avec la vertu bien connue de ces mêmes personnes.

Secondement, n'admettez aucune interprétation des divines Écritures ou des maximes des Saints qui ne soit conforme à la conduite de Jésus-Christ et de ses serviteurs canonisés, dans les choses qui sont proposées en eux à notre imitation ; mais il ne faut point admettre pareille interprétation, si elle nous porte à imiter leurs actions extraordinaires et à rechercher les grâces privilégiées qu'ils ont reçues. Je dis cela pour vous prémunir contre certains précurseurs ou disciples de l'Antéchrist qui, afin de pallier et défendre leurs erreurs et

leurs pratiques dangereuses, se permettent d'exposer l'Écriture selon leur fantaisie, alléguant pour excuses ou pour exemples les pieux excès et les actions extraordinaires de quelques Saints.

Troisièmement, si, par quelque révélation, par quelque goût intérieur ou de toute autre manière, vous sentiez votre cœur attiré à faire quelque œuvre difficile et importante, mais étrangère à vos habitudes, ne vous hâtez point de l'entreprendre quand vous n'avez pas la certitude ou même quand vous avez un doute raisonnable qu'elle soit agréable à Dieu ; examinez auparavant quelles en doivent être les circonstances et les conséquences, aiin de connaître si cet acte plaira au Seigneur ; ne vous décidez pas cependant d'après votre opinion, mais autant que possible d'après le témoignage certain des Écritures ou d'après l'exemple des Pères que nous pouvons imiter. Je dis que nous pouvons imiter ; car, selon saint Grégoire, plusieurs Saints ont fait des actions que nous ne devons pas imiter, mais seulement admirer ; parce qu'en eux elles étaient bonnes et louables, mais qu'elles ne le seraient pas en nous. Si, par vous-même, vous ne parvenez pas à découvrir quelle est la volonté de Dieu a l'égard de cette œuvre, pour laquelle vous éprouvez de l'attrait, prenez conseil des personnes d'une conduite exemplaire, d'une science supérieure et d'une sagesse consommée.

Quatrièmement, si vous êtes exempt de ces tentations, soit que vous ne les ayez jamais ressenties, soit que vous en ayez été heureusement délivré, élevez votre esprit et votre cœur vers Dieu pour le remercier humblement de la grâce qu'il vous a faite et qu'il vous continue chaque jour. Cette faveur que vous avez reçue de la miséricorde et de la bonté divines, gardez- vous bien de l'attribuer à votre vertu, à votre sagesse, à vos méritée ou a vos bonnes mœurs ; et ce qui vous est arrivé

d'heureux a ce propos, ne le rapportez point au hasard ou à la honne fortune ; car, d'après le témoignage des Saints, une telle ingratitude est la cause principale pour laquelle le Seigreur retire le secours de ses grâces à l'homme qu'il laisse exposé aux illusions de l'espiit de ténèbres.

Cinquièmement, si votre cœur est agité par quelque tentation spirituelle qui vous met dans le doute relativement à telle ou telle œuvre extraordinaire en dehors de vos habitudes, no l'entreprenez pas de votre propre mouvement; mais réprimant les désirs de votre cœur, attendez humblement avec une crainte respectueuse que le Seigneur daigne éclairer votre intelligence à ce sujet; autiement, si malgré ce doute voua agissez d'après vos propres inclinations, vous arriverez diilicilement à bonne fin.

Sixièmement, lorsque vous ressentez des tentations spirituelles, n'abandonnez pas pour cela quelqu'une des bonnes pratiques auxquelles vous vous adonniez avant d'éprouver ces mêmes tentatione; continuez surtout à prier le Seigneur, à fréquenter la confession, et à vous appliquer aux actes d'humilité, quoique vous n'y trouviez plus aucune consolation. Le Sage ne nous dit-il pas (Eccl. xi, 6) : Semez dès le matin et que votre main ne cesse yointdesemer le soir encore. En d'autres termes, accomplissez de bonnes œuvres au jour de la prospérité et de la grâce, ne les interrompez pas au milieu même des tentations et des adversités.

Septièmement, chassez de votre cœur, éloignez de votre souvenir toutes les vaines imaginations et fausses opinions qui vous portent à douter de quelque vérité chrétienne. Appliquez alors votre esprit et votre cœur à considérer les fondements inébranlables de notre foi, les sublimes exemples des Saints, les caractères divins des Écritures ; si vous étudiez avec une humble discrétion ces importants sujets, vous

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en retirerez des lumières pour connaître avec certitude ce dont vous doutiez auparavant. Telle est la règle à suivre dans les tentations spirituelles qui concernent non pas les principaux articles de la foi, mais quelques vérités voisines de la foi.

Huitièmement, quand vous êtes soumis aux tentations spirituelles, ayez une ferme espérance que Dieu les fera tourner à votre bien en éclairant votre intelligence -, et soyez assuré qu'il vous éprouve de la sorte afin de vous exercer à la vertu et de vous établir dans l'humilité. Toutefois, quecette espérance ne vous entraîne pas au relâchement, mais faites tout ce qui dépend de vous afin d'éloigner ces tentations ; et que cette assurance ne soit point mêlée d'orgueil, mais pensez plutôt que ces tentations ont bien pu vous arriver par votre faute.

Neuvièmement, lorsque vous éprouvez pareilles tentations, ne les tenez pas entièrement secrètes et cachées ; mais découvrez-les plutôt à un confesseur prudent et discret, ou à quelques personnes choisies que vous jugez propres à vous donner conseil, secours et consolation, soit à cause de leur éminente sainteté, soit à cause de leur prudence consommée ou de leur longue expérience dans la vie spirituelle. Ce remède est généralement recommandé par les Saints. Nous lisons, en effet, dans les Vies des Pères, que certains religieux, déjà parvenus à un haut degré de vertu, sont tombés dans le triste état du péché pour avoir dédaigné les secours et les conseils de leurs frères dans les tentations. D'autresi au contraire, qui manifestaient leurs tentations, suivant la volonté divine, à cause de la simplicité et de l'humilité avec lesquelles ils demandaient secours et conseils, arrivaient à une heureuse fin et se voyaient promptement délivrés.

Dixièmement, au milieu des tentations dont nous parlons, élevez votre esprit et votre cœur vers Dieu, soumettant votre

volonté à la sienne, et lui demandant avec humilité qu'il fasse servir vos épreuves à sa plus grande gloire et à votre plus grand avantage; en sorte que, s'il lui plaît de vous laisser dans le trouble, vous consentiez a y rester également, pourvu qu'il vous préserve de toute offense envers lui.

Onzièmement, si vous ne pouvez par aucun autre moyen vous débarrasser de ces tentations spirituelles, un dernier remède est de les oublier, de ne vous en préoccuper et inquiéter aucunement, en pensant qu'elles viennent moins de la malice du démon que de la fragilité de notre nature qui dans tous les hommes est sujette à diverses passions et faiblesses.

Comme nous l'avons vu dans les chapitres précédents et comme noas le verrons dans les suivants, Notre- Seigneur nous exhorte de différentes manières à veiller sans cesse afin d'être toujours préparés à son dernier avènement dont l'heure est incertaine. Pour vous animer à marcher sans relâche dans le chemin de la vertu, ou du moins pour allumer en vous ce désir ardent, nous allons exposer ici quelques raisons qui pourront exciter votre ferveur et garantir votre persévérance.

Premièrement, si vous considérez combien Dieu mérite d'être aimé et honoré à cause de sa bonté, de sa sagesse et de toutes les autres perfections infinies qu'il possède sans nombre et sans bornes, tout ce que vous avez cru faire de grand ou de considérable pour sa gloire et selon sa volonté vous paraîtra bien petit et comme nul en comparaison de tout ce qui est dû à sa majesté suprême. Nous plaçons ce motif en premier lieu, parce que dans toutes nos œuvres nous devons rechercher l'honneur, la gloire et l'amour de Dieu qui est seul digne par lui-même d'être servi, adoré, affectionné de toutes les créatures.

Secondement, si vous rappelez à votre souvenir toutes les humiliations et les ignominies, les privations et les peine s, les dou.eurs et les souffrances que le Fils de Dieu a bien voulu endurer, alin de procurer voire salut et gagner votre cœur, vous comprendrez que tout ce que vous avez pu faire pour lui témoigner votre reconnaissance et votre dévouement est peu de chose ou plutôt n'est rien relativement à ce que vous deviez faire. Nous plaçons en second lieu cette raison, comme étant plus parfaite et plus élevée que toutes les suivantes.

Troisièmement, pensez à quel haut degré d'innocence et de perfection le Seigneur vous appelle et vous oblige en exigeant que vous soyez exempt ce Util ^k ^ de leutPiaule que vous soyez rempli de toutes les vertus et fidèle à tous ses commandements, en un mot que vous l'aimiez de tout, votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos forces; vous reconnaîtrez avec confusion et regret votre infidélité et votre ndignité, combien par conséque- t vous êtes éloigné de la pureté, de la sainteté requises dans les élus.

Quatrièmement, repassez en votrejnémoire la variété et la multitude des faveurs et dps grâces soit générales, soit, particulières, que vous avez reçues de la libéralité divine pour le corps et pour l'âme, vous verrez que tout ce que vous faites en retour de ces dons et de ces secours innombrables et continuels n'est absolument rien, surtout si vous pesez attentivement, la bonté et la générosité de Dieu.

Cinquièmement, considérez la félicité éternelle et la gloire immense que Dieu a promises et réservées pour les hommes appliqués à l'honorer par de bennes œuvres, récompenses qui seront d'autant plus sublimes que les œuvres auront été plus parfaites, et vous reconnaîtrez que jusqu'ici vous n'avez encore rien fait pour mériter une si magnifique rétribution:

alors vous éprouverez le désir de produire des actes plus excellents qu'auparavant.

Sixièmement, contemplez la beauté admirable, l'amabilité ravissante de la vertu, la noblesse dont elle décore l'âme qui la pratique ; méditez ensuite la bassesse et la turpitude du péché, la dégradation et la misère auxquelles il réduit l'âme qui en est souillée ; et, si vous êtes sage, vous redoublerez d'efforts pour fuir de plus en plus le péché et pour acquérir sans cesse des vertus. -

Septièmement, regardez l'éminenle perfection qui brille dans la vie des saints Pères ornés de toutes les plus belles ver! us, et rougissez de l'imperfection habituelle qui paraît dans les diverses actions de votre vie remplie de honteuses faiblesses.

Huitièmement, examinez la grandeur et la multitude des offenses dont vous vous êtes rendu coupable envers Dieu, et vous serez convaincu que toutes vos œuvres, quelque bonnes qu'elles puissent être, ne suffisent aucunement pour réparer d'une manière convenable les outrages que vous avez faits au Seigneur.

Neuvièmement, si vous jetez les yeux sur les divers dangers qui vous environnent du côté de la cbair, du monde et du démon, alors saisi d'épouvante, vous mettrez tout en œuvre pour vous préserver de nombreux périls, en travaillant à acquérir ces vertus généreuses qui seules peuvent vous soutenir dans le chemin de la perfection.

Dixièmement, représentez -vous le jugement dernier, ce moment redoutable où il vous faudra comparaître devant le tribunal du souverain Juge, pour y rendre un compte rigoureux de toutes vos pensées, de toutes vos paroles, de toutes vos actions, en présence des Anges et des Saints; justement effrayé, vous comprendrez que vos bonnes œuvres sont peu

de chose pour payer les dettes énormes que vous avez contractées envers la justice divine par vos innombrables péchés.

Onzièmement, songez à la brièveté de votre vie, à la certitude de votre mort qui vous menace à chaque instant, au peu de temps qui vous reste pour expier vos péchés et pour acquérir des mérites ; vous vous sentirez pressé de mettre à profit avec plus de zèle et d'ardeur les courts instants qui vous sont accordés pour pratiquer le bien et faire pénitence.

Douzièmement, si vous commencez à mener une bonne vie, à quelque degré de vertu que ce soit, sans désirer et sans tâcher de monter à un degré supérieur de perfection, vous ne sauriez être exempt d'orgueil et de présomption au sujet de votre bon commencement, tandis que vous êtes coupable de tiédeur et de négligence par rapport à votre avancement; or ces deux mauvaises dispositions ne peuvent se trouver réunies en vous sans vous exposer à de graves dangers qui vous entraîneront dans beaucoup de vices spirituels. Si donc vous voulez éviter ces maux imminents, quelque sainte que soit la vie dans laquelle vous êtes entré, efforcezvous d'atteindre à une vie plus sainte encore, en ne cessant de progresser dans l'exercice des bonnes œuvres.

Treizièmement, souvenfz-vous que, par un jugement impénétrable, plusieurs, après avoir persévéré longtemps dans un état très-saint, ont été tout à coup abandonnés de la grâce divine, en punition de certains vices cachés dont ils se croyaient affranchis. Quel que soit votre état présent, cette pensée salutaire vous excitera continuellement à purifier et élever vos affections et vos intentions, en vous éloignant de . plus en plus de tout péché, et en vous approchant toujours davantage de la vertu parfaite, de peur que vous ne méritiez

un pareil châtiment à cause de quelque défaut secret.

Quatorzièmement enfin, n'oubliez pas quels supplices affreux sont destinés aux damnés dans les enfers où, en expiation de leurs crimes, ils gémiront éternellement, sans espoir de pardon. Cette réflexion vous fera regarder comme légères toutes les pénitences, quelque rigoureuses qu'elles puissent être; vous serez disposé alors à supporter avec joie pour l'amour de Dieu toutes les humiliations, les injures, les peines et les privations en ce monde, pourvu que dans l'autre vous échappiez à des tourments horribles; et vous ferez de continuels efforts pour vous élever à une vie plus excellente, par la crainte de tomber dans la damnation éternelle.

Nous aurions pu développer davantage les quatorze considérations que nous avons simplement indiquées ici ; mais le peu que nous avons dit, si vous le méditez sérieusement, suffira pour ranimer votre ferveur et prévenir toute paresse spirituelle. Cependant pour retirer quelque profit de ces diverses considérations, il faut que non-seulement votre esprit en soit pénétré, mais encore que votre cœur en soit touché, de manière cà porter efficacement votre volonté vers le but proposé par chaque raison. Or ce but est de produire en nous un double résultat : d'abord, le sentiment profond de notre misère personnelle et de notre propre néant ; puis, le désir effectif d'une vie plus sainte et d'une plus haute perfection. Afin de n'être pas inutiles à notre salut, ces deux résultats doivent toujours être réunis, de telle sorte que le sentiment de notre misère n'aille pas jusqu'à nous enlever le désir de la perfection, et que l'état même de perfection ne nous fasse jamais perdre le sentiment de notre misère.

Prière.

Seigneur Jésus, vous qui êtes doux et humble de cœur, établissez mon cœur dans une véritable humilité ; bannissez de mon âme tout sentiment d'orgueil et de présomption, afin que je ne désire jamais ni visions ni révélations, et que je ne sois séduit par aucune des tentations spirituelles qui pourraient me conduire à Terreur. Dieu de miséricorde, accordez-moi de monter chaque jour dans le sentier des vertus, de progresser sans relâche dans la pratique des bonnes œuvres, de tendre et d'aspirer continuellement à une vie plus parfaite ; afin qu'ainsi par la vigilance et l'application à bien faire toutes mes actions, je me prépare dignement au jour incertain de votre avènement.

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