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CHAPITRE XLH

DE LA PRIÈRE, DE LA VIGILANCE, DES DERNIERS SIGNES DU JUGEMENT GÉNÉRAL ET DE LA FIN DU MONDE.

Luc. xviii, t-8 ; xxi, 25 et 2f>. — Mutth. xxiv, 29. — Marc, xni, 24 et 2 5

Après avoir annoncé à ses disciples les tribulations et les dangers qui les menacent, le divin Sauveur l?ur signale comme remède le plus général et le plus puissant, la prière atlentive et assidue. En effet, selon qu'il est écrit au livre second des Paralipomènes (xx, 12), dans l'ignorance de ce que nous devons faire, notre unique ressource est d'élever

nos regards suppliants vers vous, ô Seigneur! Jésus-Christ donc, après avoir parié de son second avènement dont nul ne connaît le temps précis, nous avertit de nous tenir sur nos gardes, de peur qu'il ne nous surprenne au moment où nous serons moins disposés. Or, un des moyens principaux pour nous préparer à attendre avec une juste confiance ce jour redoutable, c'est la prière fervente et constante, accompagnée surtout d'une humilité sincère ; car avec cette vertu qui est toujours agréable à Dieu, nous ne pouvons manquer d'apaiser la rigueur de sa justice et d'obtenir le secours de sa miséricorde. La prière de l'homme qui s'humilie, dit le Sage (Eccli. xxxv, 21), pénétrera les deux ; il ne se consolera point qu'elle n'ait été admise, et ne se retirera point qu'elle n'ait été exaucée par le Très-Haut. La prière de l'orgueilleux au contraire ne mérite pas d'être écoutée ; car celui qui prie doit avouer son impuissance et sa misère; mais le superbe ne veut pas y consentir, parce qu'il est plus occupé a cacher ses défauts qu'à les confesser.

En conséquence, Notre-Seigneur nous déclare qu'il faut prier toujours, sans se lasser jamais (Luc. xvm, 1) ; car la prière persévérante du juste est toute puissante , ainsi que l'assure saint Jacques (v, 16). Mais quel est l'homme qui peut toujours prier ? Remarquons d'abord que ces paroles peuvent s'entendre de la récitation quotidienne des Heures canoniales suivant le rite prescrit par l'Église, de sorte qu'en ce sens nous prions toujours, quand nous prions chaque jour à toutes les heures marquées. Ainsi le mot toujours ne suppose pas que l'application à la prière doive être continue absolument en tout temps, puisqu'elle est nécessairement interrompue par le sommeil et par les autres exigences de notre faible nature ; mais ce mot toujours signifie que la

fidélité à ce saint exercice doit être habituelle pour tous les t. v 22

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moments convenables. — En outre, on doit estimer certainement comme une prière excellente tout ce que le juste dit ou lait en vue de la majesté divine. Ainsi il prie toujours celui qui agit toujours Bien et qu< persévère dans le bien, et il ne cesse de prier que quand il cesse d'être juste. La langue, en effet, ne prie pas seule, avec elle prient aussi les pensées, les désirs, les sens, les mains, les yeux et les œuvres; sans cette prière du cœur qu'expriment tous les bons mouvements de l'âme et du cœur, tous les actes de vertu soit intérieurs soit extérieurs, la prière de la bjuche serait à peu près inutile. Voilà comment nous pouvons prier toujours et sans relâche- C'est pourquoi saint Augustin dit (in Ps. 47) : L'homme ne peut pas toujours louer le Seigneur par sa langue, mais il peut toujours le louer par sa conduite.

Les larmes jointes à la prière la rendent très-efficace sur le cœur de Dieu qui l'agrée davantage et l'exauce plus promptement. Aussi l'ange Raphaël disait au pieux Tobie (xu, 12): Quand lu suppliais le Seigneur avec larmes, je lui présentais moi-même tes supplications. Et Dieu fit dire au roi Ézéchias par le prophète Isaïe (xxxvm, 5) : J'ai vu couler tes larmes et j'ai entendu ta demande. La prière, dit saint Jérôme, apaise le Seigneur, les larmes lui font violence ; la première est comme un parfum qui le charme, et les secondes sont comme un aiguillon qui le presse. 0 douces et humbles larmes, s'écrie saint Bernard, que vous êtes puissantes, que vous êtes glorifiées dans là cour céleste ! Ne craignez pas de vous présenter seules devant le souverain Juge, il admettra sûrement toutes vos requêtes, et, après avoir imposé silence à l'accusateur infernal, il changera la sentence qu'il allait prononcer ; c'est ainsi que vous triomphez de l'Invincible et que vous enchaînez le Tout Puissant. Jésus Christ ensuite montra par une parabole combien est

efficace la persévérance dans la prière (Luc.xvm, 1-8). Ainsi un juge inique qui, sans crainte de Dieu et sans respect pour les hommes, refusait de défendre une pauvre veuve opprimée par un violent adversaire, finit pourtant par faire droit à sa demande réitérée ; et pour se débarrasser de nouvelles importunités, il consentit à faire par ennui ce qu'il ne voulait point accorder par bienveillance. Mais aujourd'hui combien de juges, pires que celui-ci, non-seulement n'appréhendent point d'offenser Dieu et ne rougissent point de scandaliser les hommes, mais ne se laissent pas même vaincre par les réclamations continuelles des malheureux qui sollicitent vainement le secours de la justice ! Néanmoins si, par ses instances continuelles, une simple femme put obtenir d'un juge inique et pervers ce qu'elle re cessait de lui demander, que ne doivent pas espérer d'un Maître équitable et bon les serviteurs fidèles qui ne se lassent point d'implorer son assistance ? A plus forte raison, conclut Jésus-Christ, Dieu, source de justice et de miséricorde, vengera-t-il et délivrera-t-il ses amis affligés et tourmentés qui, nuit et jour, poussent leurs cris suppliants vers sa majesté toute-puissante. — Remarquons toutefois que les Saints en ce monde prient Dieu de les venger, non pas en perdant mais en convertissant leurs ennemis, non pas en punissant par des châtiments éternels, mais en rappelant à la véritable justice leurs persécuteurs, afin qu'ils cessent d'être mauvais, comme il est dit au livre des Proverbes (xn, 7) : Changez les impies et ils ne seront plus méchants. Ou bien encore, ils conjurent le Seigneur d'enlever à leurs adversaires la puissance dont ils abusent pour affliger les justes. Ou enfin, si d'une part les bons doivent souhaiter et demander les biens spirituels et éternels pour leurs oppresseurs ; d'autre part ils peuvent très-bien, non par colère, mais par zèle, souhaiter et de-

mander pour ces mêmes persécuteurs des châtiments temporels, comme peines médicinales propres à corriger les pécheurs et à manifester les jugements divins ; et lorsque de cette manière ils sollicitent vengeance auprès de Dieu, ils ne font rien de contraire au précepte bien entendu de la charité.

Après avoir recommandé la prière, le divin Maître parle delà foi, en disant à ses disciples (Luc. xvm, 8) : Quand le Fils de l'homme, le Christ lui-même, viendra pour juger le monde, pensez-vous qu'il trouve de la foi sur la terre ? Comme s'il disait qu'il trouverait bien peu de cette foi sincère animée d'une vraie charité. Il parle ainsi de la foi après avoir traité de la prière, parce que si la foi manque la prière disparaît. Car, comment invoqueront- ils Celui auquel ils ne croient point? demande l'Apôtre (Rom. x, 14). Croyons par conséquent afin de prier, et conjurons le Seigneur de conserver en nous cette foi nécessaire à la prière. Si Jésus-Christ interroge ses Apôtres sur ce qu'il trouvera de foi à son dernier avènement, ce n'est pas qu'il l'ignore, lui qui connaît tout ; mais par cette question il veut faire comprendre quelle sera la multitude des incrédules ; car l'Antéchrist séduira un si grand nombre de personnes, que beaucoup renonceront à la foi chrétienne, et que relativement très-peu persévéreront dans la confession de la vérité. Alors, suivant le Vénérable Bède (in cap. xvm), les élus seront si rares que non-seulement la malice extrême des infidèles, mais encore que la . torpeur générale des Chrétiens contraindront le Seigneur de hâter la destruction du monde entier; tant le débordement de l'iniquité aura de force pour refroidir et éteindre la charité d'un grand nombre.

Le Seigneur a prémuni ses disciples futurs contre les pièges et les séductions de l'Antéchrist et de ses faux prophètes -, il

les a exhortés à prier sans cesse au milieu de tribulations extraordinaires en attendant le jugement dernier; maintenant il veut les encourager en leur promettant son prochain avènement. A cette occasion, il faut remarquer trois avènements distincts de Jésus-Christ : il est venu d'abord par son Incarnation, il vient dans nos âmes par sa grâce, enfin il viendra pour juger le monde. Les deux premiers avènements doivent exciter notre reconnaissance et notre confiance, mais le troisième doit nous inspirer la crainte et la terreur. Le souvenir de ce dernier nous prépare à la célébration du premier, et la célébration du premier nous dispose naturellement au second. Aussi, dans l'office de l'A vent qui précède la fête de Noël, l'Église nous met sous les yeux le dernier jugement, afin que, pénétrés d'une frayeur salutaire, nous nous disposions avec plus de soin à honorer la Nativité temporelle du Sauveur ; nous solennisons ensuite cette naissance selon la chair, afin de nous rendre dignes de concevoir dans nos cœurs le Verbe éternel. Or cette conception spirituelle est la plus grande de toutes les grâces ordinaires que l'âme chrétienne puisse recevoir en ce monde. Cequifait.'dire à saint Augustin (Tract. 10 in Joan.) que la Vierge Marie fut plus heureuse de concevoir le Fils de Dieu dans son cœur immaculé que de le porter en ses chastes entrailles. — Suivant le même saint Docteur (Tract. 9 in Epist. Joan), la crainte en nous fraie la voie à la charité qu'elle fait entrer après elle, comme une mère ^ert d'introductrice à sa fille. C'est pourquoi l'Église en célébrant, comme deux mystères d'amour, les deux premiers avènements de Jésus Christ, l'un dans sa chair et l'autre dans nos âmes, rappelle en même temps dans la liturgie sacrée, comme un mystère de terreur, le troisième avènement du Seigneur, afin que l'appréhension de son jugement nous

porte à lui préparer dans le sanctuaire de notre cœur une r. v 22.

demeure embellie par la charité. C'est après avoir ainsi reçu spirituellement le Verbe éternel, que nous pourrons dire avec le Prophète (Is. xxvi juxta Vers, antiq ] : La crainte de votre justice, Seigneur, a fait naître en nous l'espoir du salut.

Le Sauveur cherche donc à consoler ses disciples des derniers temps par l'espérance de son avènement prochain. En effet, peu de jours après le? trois ans et demi d'extrêmes persécutions qui se termineront par la mort même de l'Antéchrist, apparaîtront d'une manière non équivoque les signes immédiats du jugement universel (Matth. xxiv, 29) ; car entre la lin des persécutions et la manifestation de ces signes il y aura un court délai de quarante jours environ, afin que les justes puissent se reposer de leurs grandes tribulations et que les coupables, séduits par l'Antéchrist, puissent se convertir et faire pénitence de leurs crimes énormes. Aussitôt après ces quarante jours de sursis, la nature entière sera bouleversée dans les quatre sortes de créatures différentes qui composent l'univers, savoir : les cieux, les éléments, les hommes et les esprits.

Eo premier lieu, Notre S°igneur décrit le bouleversement des cieux, en disant (Luc. xxi, 25) : // y aura dans le soleil, dans la lune, et dans les étoiles des signes, ou phénomènes tout à fait étranges qui, étant contraires à la destination des astres, annonceront la ruine du monde. Ainsi le soleil s'obscurcira, la lune n'éclairera plus et les étoiles tomberont du ciel (Matth. xxiv, 29). Celles-ci toutefois ne se détacheront pas du firmament pour s'affaisser sur la terre, ce qui est physiquement impossible, puisque notre globe ne suffirait pas pour les contenir ; mais en perdant leur clarté apparente elles sembleront tomber du ciel, de même que le soleil semblera s'obscurcir. En réalité, les corps célestes conservant leur na-

ture intacte ne seront point privés de la lumière qui leur est inhérente, mais ils seront éclipsés par une lumière supérieure qui étincellera dans les airs ; car lorsque le divin Soleil de la justice éternelle se montrera dans l'éclat de sa gloire véritable, tous les luminaires du firmament ne seront que ténèbres et ombres, de même que les étoiles disparaissent à l'aurore et qu'un flambeau ne se remarque pas en plein jour. — « Au jour du jugement, dit le Vénérable Bède (in cap. h Luc), les astres paraîtront obscurcis, non pas qu'ils perdront leur lumière propre, mais ils pâliront en présence de Celui qui est la vraie Lumière, en face du souverain Juge, quand il viendra dans toute la splendeur de sa majesté, de celle de son Père et des saints Anges. Rien pourtant n'empêche de penser qu'alors le soleil, la lune et tous les astres seront pour un temps privés de leur lumière, comme il est arrivé au moment de la Passion à l'égard du soleil ; car son obscurcissement ne fut pas en cet instant l'effet d'une éclipse natu relie, puisque la lune étant en son plein se trouvait par rapport à lui au côté opposé de la terre. Mais après le jugement, quand brillera la gloire de la vie future, quand le ciel et la terre seront renouvelés, alors s'accomplira cette prophétie d'Isaïe (xxx, 26) : La clarté de la lune deviendra comme la lumière du soleil, et celle du soleil lui-même sera septupiée.

Selon le sens mystique, l'Église radieuse comme la lune, éclatante comme le soleil et répandant sa douce lumière sur le monde ténébreux comme les étoiles pendant lamiit sombre, disparaîtra en ces jours aux yeux de ses ennemis acharnés ; beaucoup de Chrétiens qui paraissaient brillants de grâce tomberont et céderont devant les persécuteurs, et plusieurs même des plus fermes seront ébranlés.

Dans un sens moral, le soleil, qui par sa lumière et son in-

fluence éclaire et dirige l'univers entier, nous représente l'état des hommes arrivés â la perfection, lesquels doivent par leurs discours et leurs exemples édifier et conduire les autres. La lune, qui, plus que les autres planètes, exerce une influence spéciale sur les divers phénomènes des objets inférieurs, désigne l'état des hommes adonnés à la vertu, lesquels doivent s'appliquer aux bonnes œuvres extérieures selon les diverses exigences des circonstances particulières. Les étoiles, qui purifient les airs et chassentles miasmes, figurent l'état des hommes récemment initiés à la vie spirituelle, lesquels doivent surtout pleurer leurs fautes passées et ne pas en commettre de nouvelles. Or certains signes doivent précéder l'avènement spirituel de Jésus-Christ dans les Chrétiens qui se trouvent en quelqu'un de ces trois états. —Premièrement, les trois grands signes qui se sont manifestés déjà dans le soleil, d'après l'Écriture sainte, doivent se montrer également dans les hommes arrivés à la perfection. Ainsi le soleil s'arrêta à la voix de Josué, puis rétrograda en faveur d'Ézéchias, et s'obscurcit à la mort du Sauveur. De même les hommes parfaits doivent d'abord s'arrêter, se fixer en Dieu seul, sans s égarer en des soins divers, selon cette recommandation du Psalmiste (Ps. liv, 23). : Abandonne tes sollicitudes auSeigneur. Ensuite, ils doivent en quelque sorte rétrograder en retournant cà l'action pour remonter à la contemplation, commeces animaux mystérieux que vit Ézéchiel, qui allaient et revenaient (I, 14) ;car ceux qui ont embrassé la perfection évangélique, ne pouvant demeurer toujours dans la vie contemplative à cause de la faiblesse humaine, sont contraints de revenir de temps en temps à la vie active. Enfin, ils doivent s'obscurcir ou se cacher en renonçant à toute gloire personnelle et en s'humiliant cà leurs propres yeux. C'est ce que faisait le grand Apôtre quand il disait (T Cor. xv, 9 et 101:

Je suis le moindre des Apôtres ; et pour renvoyer à Dieu tout honneur, il ajoutait : C'est la grâce de Dieu qui m'a fait ce que je suis. — Secondement, comme la lune semblera changée en sang, les hommes adonnés à la vertu doivent aussi sembler transformés en Jésus- Christ par la méditation continuelle de sa Passion. Lui-même nous y exhorte, en disant à chacun : Souviens-toi des privations, des amertumes et des douleurs que j'ai endurées pour toi ; et chacun de nous doit lui répondre par les paroles qui suivent : Oui, je ne les oublierai jamais et mon âme séchera de compassion (Thren. m, 19 et 20). —Troisièmement, comme les étoiles sembleront tomber du ciel, les hommes récemment initiés à'.la vie spirituelle doivent aussi s'abaisser profondément par l'humble aveu de leurs fautes multipliées. C'est de ce louable abaissement qu'on peut entendre ces paroles des Proverbes (xxiv, 16): £e juste tombera en s' humiliant sept fois le jour, et il se relèvera. En efftt, l'homme justifié par la grâce de Dieu doit en tout temps, comme l'indique le nombre sept, s'humilier par le souvenir de sa propre faiblesse, et toujours se relever par le secours de la divine miséricorde ; car toutes les fois que nous gémissons sur nos défauts personnels, autant de fois nous attirons sur nous des grâces abondantes de pardon. Il ne dépend pas de notre seule volonté de produire ces signes qui conviennent aux divers états de la vie spirituelle ; mais la bonté divine nous les accordera si nous les lui demandons en disant comme le Sage : Ayez pitié de nous, 6 Dieu souverain Maître, et faites éclater sur nous vos miséricordes infinies... Renouvelez les prodiges et multipliez les miracles. (Eccli. xxxvi, 1 et 6).

En second lieu, Notre-Seigneur dépeint le trouble des éléments par ces paroles (Luc. xxi, 25) : Et sur la terre les nations seront consternées par la frayeur que leur causera,

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le bruit confus de la mer et des pois. Alors en effet l'immense commotion des corps célestes ébranlera tous les éléments : la terre tremblera jusque dans ses fondements; dans les airs se produiront les vents et les ténèbres, les foudres et les éclairs, des météores et autres phénomènes étranges ; les tempêtes déchaînées sur la mer agiteront les flots jusqu'au fond des abîmes, et les vagues mugissantes s'entrechoqueront en tous sens avec un fracas homhle ; le feu précurseur du souverain Juge allumera partout un incendie si violent que le monde entier paraîtra tout embrasé, suivant cette prédiction de saint Pierre : Les éléments enflammés seront dissous, et la terre avec tout ce qu'elle contient sera consumée (II Pet. in, 10). Les hommes, épouvantés de ces sinistres événements, chercheront à fuir des périls imminents ; mais aveuglés par les profondes ténèbres qui les environneront de toutes parts, ils ne trouveront aucune issue. Dans leur désespoir, craignant d'être engloutis par les eaux ou dévorés par les flammes, ils se précipiteront, se heurteront les uns contre les autres en courant, et après de vains efforts resteront accablés et abattus sans ressource. Il y aura à la lettre pressura gentium, refoulement et encombrement des nations, qui se presseront et pousseront les unes les autres pour éviter les poursuites de la mort et surtout les débordements de la mer, car les vagues frémissantes menaceront d'envahir les rivages ébranlés par d'effroyables tempêtes.

En troisième lieu, Jésus Christ nous représente la désolation des créatures raisonnables quand il ajoute (Luc. xxi, 26): Les hommes sécheront, c'est-à-dire perdront leur* vigueur corporelle et leurs vives couleurs. En ces jours de terreur ils deviendront pâles et secs, ineptes et comme hébétés ; ne se parlant plus, ne s'entendant plus les uns les

autres, ils se consumeront intérieurement d'effroi à cause des maux présents et d'appréhension à cause des maux prochains ; ces terribles angoisses s'empareront du monde entier, de sorte que aucune nation, aucune province n'en sera exempte. Isaïe exprime les motifs de cette frayeur universelle en ces termes (xxix, 6) : Voilà que tout-à-coup apparaîtra le Seigneur des armées parmi les éclats de tonnerre et les tremblements de terre, au milieu des bruits effroyables causés par les tourbillons et les tempêtes, et parmi les flammes d'un feu dévorant. Alors s'accomplira cette parole de David relativement à limpie (Ps. xxxvi, 36) : J'ai cherché et je n'ai point trouvé sa place, c'est-à-dire un lieu qui pût lui servir de retraite. Car à l'approcùe du jugement, le ciel repoussera l'impie par ses foudres et ses éclairs, l'air le rejettera par ses tourbillons et la mer par ses tempêtes, la terre le renversera par ses commotions ; ainsi, il ne verra nulle part un asile pour se soustraire aux maux affreux prêts à fondre sur lui ; daus l'excès de son désespoir et de sa rage, il se précipitera pour ainsi dire de lui-même dans les brasiers de l'enfer où il sera pour toujours enseveli.

En quatrième lieu, Notre-Seigneur annonce l'agitation des créatures spirituelles en disant (Luc. xxi, 26) : Les vertus des deux seront ébranlées. Cette commotion se produira de différeiiles manières parmi les Esprits angéliques : en effet, ils seront frappés d'étonnement à la vue des prodiges inouïs qu'ils verront arriver contrairement à l'ordre de la nature ; ils seront stimulés par la volonté de Dieu qui emploiera leur ministère pour bouleverser les éléments et pour effrayer les hommes à l'approche du Juge redoutable ; ils seront transportés de zèle pour tirer vengeance des pécheurs, car ils sépareront d'avec les justes les méchants qu'ils jetteront dans la fournaise ardente

(Matth. xm, 49 et 50) ; ils seront eux-mêmes saisis d'une grande crainte, en assistant au jugement du monde entier et de Lucifer qui fut autrefois leur chef. C'est avec raison, s'écrie saint Ghrysostôme (Hom. 77 in Matth.), que l'Évangile a dit : Les puissances célestes seront ébranlées. Comment ne le seraient-elles pas, en considérant toutes ces prodigieuses révolutions de l'univers, les châtiments infligés aux anciens compagnons de leur gloire, et tous les peuples de la terre cités devant le tribunal de leur Juge terrible ? Les Anges en effet éprouvent une certaine crainte inspirée par le respect et l'admiration en présence de Dieu dont ils contemplent la grandeur et la majesté incompréhensible. C'est de cette frayeur que parle Job en ces termes (xxvi, 11) : Les colonnes du ciel frémissent et tremblent au moindre signe de sa tête, ou suivant une autre version, à son approche. Que deviendront donc les roseaux du désert, quand les cèdres du Liban seront eux-mêmes agités d'épouvante ? Faut-il s'étonner si les faibles mortels, enfants de la terre, sécheront d'effroi, alors que les puissances angéliques, bien que rassurées sur leur propre salut, seront frappées de stupeur ? — Sous le nom de cieux nous pouvons, selon le sens moral, entendre les âmes saintes dans lesquelles Dieu se plaît à fixer sa demeure par la grâce. C'est d'elles que le Seigneur a dit par la bouche d'Isaïe (lxvi, 1) : Le ciel est mon trône ; car l'âme du juste est le siège de la sagesse, et les vertus|de ce ciel sont les puissances de l'âme. Or, de même qu'à l'avènement du souverain Juge dans le monde, les vertus des cieux extérieurs seront ébranlées, ainsi à l'avènement du Verbe éternel dans un cœur toutes les puissances ou facultés de cette âme doivent être excitées à des opérations supérieures, et tant la partie sensible que la partie intellectuelle de cette créature raisonnable doivent

s'élever de la pratique des bonnes œuvres à l'exercice de l'oraison et de la contemplation.

Tous ces signes prodigieux qui précéderont le jugement dernier feront sentir quelle grande colère anime Dieu contre les pécheurs et quelle vengeance rigoureuse il tirera de leurs crimes. Quand un maître a reçu quelque outrage, les membres de sa famille s'élèvent aussitôt contre les coupables ; de même les créatures de Dieu s'armeront contre les pécheurs pour les punir. Sur le point de tomber, dit le Vénérable Bède (in cap. xxi Luc), les grands arbres annoncent leur chute prochaine par divers craquements et de violentes secousses ; ainsi les éléments et toutes les créatures annonceront par leurs gémissements et leurs commotions la ruine imminente du monde entier. A ses derniers instants, dit aussi saint Chrysostôme ( Hom. 48 Oper. imp.), l'homme, qui est comme un petit monde, est tourmenté par des fantômes imaginaires et par d'extrêmes douleurs ; de même l'univers, qui est le grand monde, sera tout bouleversé avant d'être détruit ; car la manière dont finit le petit monde nous donne à comprendre comment finira le grand.

Remarquons ici que Notre-Seigneur se borne à indiquer brièvement quelques-uns des signes précurseurs de son dernier avènement. Nous lisons dans l' Histoire scholastique que saint Jérôme trouva marqués dans les Annales des Hébreux les signes qui doivent se manifester successivement pendant quinze jours avant le jugement universel; mais on ne peut savoir avec certitude si ces jours seront consécutifs ou séparés par d'autres jours intermédiaires, parce que le saint Docteur ne le détermine point. Au premier jour, la mer, se dressant dans son lit comme un mur, s'élèvera de quarante

coudées par dessus le niveau des plus hautes montagnes ; t. v 23

au second jour, elle s'affaissera si profondément, qu'à peine on pourra l'apercevoir ; au troisième, les monstres marins tels que les baleines et autres, se montrant à la surface des flots, pousseront jusqu'au ciel d'affreux rugissements ; au quatrième, la mer et toutes les eaux paraîtront en feu ; au cinquième, les arbres et toutes les plantes se couvriront d'une rosée sanguinolente ; au sixième, tous les édifices s'écrouleront ; au septième, les pierres s'entrechoqueront ; au huitième, il y aura un tremblement de terre général ; au neuvième, la terre sera nivelée ; au dixième, les hommes sortiront des cavernes où ils s'étaient cachés, et ils marcheront comme des insensés sans pouvoir se parler ; au onzième, les ossements des morts se lèveront pour se réunir à la surface des tombeaux; au douzième, les étoiles tomberont du ciel, c'est-à-dire, selon plusieurs interprètes, perdront leur clarté ; au treizième, tous les hommes alors vivants mourront afin de ressusciter avec tous ceux qui sont morts précédemment ; au quatorzième, le ciel et la terre, c'est-àdire la surface du globe et les couches d'air qui la couvrent, seront en feu ; enfin au quinzième jour, le ciel et la terre seront renouvelés et tous les hommes ressusciteront.

0 cœur humain ! si en apprenant ces prodiges tu n'es pas saisi de frayeur et touché de componction, tu es plus insensible que la pierre, plus dur que le diamant; car ces signes terribles sont les avant- coureurs d'un jugement plus terrible encore. D'après saint Chrysostôme en effet (Hom. 43 in Matth.), rien de plus formidable que ce jugement où sera portée une sentence inévitable, et qui sera suivi de tourments éternels. Voulez-vous n'avoir point alors à subir la vengeance divine, prononcez maintenant votre propre coudamnation et infligez-vous une juste pénitence. Ecoutez saint Paul qui vous y exhorte en disant (1 Cor. xi, 31 ) :

Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions certainement pas jugés de Dieu. Si vous suivez cet avis salutaire, vous prendrez d'avance la voie qui vous conduira sûrement à la couronne. Si vous demandez comment tirer vengeance de vous-même, saint Bernard nous l'apprend en ces termes : « Pleurez, gémissez amèrement, humiliez- vous, reprochez-vous vos manquements, rappelez- vous vos péchés en détail. Celui qui produit ces actes éprouve une telle douleur qu'ilJs'estime indigne de vivre, et ce sentiment rend son cœur comme de cire pour recevoir facilement toutes les impressions de la grâce. Ne regardez donc pas vos fautes comme peu de chose, mais rassemblez-les toutes dans votre souvenir et les inscrivez comme dans un livre ; car si vous les écrivez Dieu les effacera, tandis que si vous ne les écrivez pas, Dieu lui-même les gravera dans sa mémoire pour en tirer la vengeance qu'elles méritent. Il vaut donc bien mieux les inscrire nous-mêmes afin de laisser à Dieu le soin de les effacer, que de les mettre en oubli et de voir le Seigneur nous les remettre devant les yeux au grand jour du jugement. Pour que ce malheur ne nous arrive pas, examinons attentivement toute notre vie et nous nous trouverons coupables en beaucoup de points. Mais, direz-vous, comment donc pourrons-nous être sauvés ? En faisant des actes contraires aux précédents, en remplaçant les vices par les vertus qui leur sont opposées. Appliquonsnous donc à panser toutes nos plaies, et par ce moyen nous pourrons obtenir le pardon de nos fautes avec la jouissance des biens qui nous ont été promis. » Ainsi parle saint Bernard.

Prière.

Seigneur Jésus, accordez-moi de reproduire les signes qui éclatent dans le soleil, la lune et les étoiles, c'est-à-dire d'imiter les exemples de bonnes œuvres qui reluisent en vous, Soleil de justice, en votre Mère la bienheureuse Vierge Marie et en tous les Saints, vos fidèles serviteurs. Gomme sur la terre il y aura un jour refoulement des nations, faites que, dans ma chair, il y ait aujourd'hui refoulement des passions, par suite de la confusion salutaire que doivent me causer l'aveu du péché, l'amertume du repentir et les flots des afflictions. Qu'alors se dessèchent en moi les convoitises charnelles, par la crainte des peines et par l'attente des récompenses qui sont réservées à l'univers entier, pour le temps où vous rendrez à chacun selon ses œuvres. Que les puissances célestes soient ébranlées, c'est-à-dire que mes facultés spirituelles soient excitées à marcher de vertus en vertus, afin que votre avènement me trouve tout préparé. Ainsi soit-il.

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