‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 3 sur 36 · LUC. XVII · texte numérisé non relu

LUC. XVII

Bientôt allaient s'accomplir les jours de l'enlèvement du Seigneur Jésus (Luc. ix, 51), c'est à-dire le temps approchaitoù une mort douloureuse devait l'arracher de ce monde pour le ramener à son Père céleste ; car il fallait que le Christ souffrit afin d'entrer ainsi dans sa gloire (Luc. xxiv,

26). Alors loin de fuir le lieu qui devait être le théâtre de sa Passion, il affermit son visage, dit l'Evangéliste, en d'autres termes il fortifia sa volonté pour aller à Jérusalem ; carie véritable Agneau devait être immolé au même lieu dans lequel on avait coutume d'offrir l'agneau figuratif. C'était aussi le temps, où, d'après le précepte de la Loi, se faisait le choix de l'agneau pascal ; dès le dixième jour du premier mois, il était séparé du troupeau et conduit dans la maison où on le conservait vivant jusqu'à ce qu'on l'immolât au soir du quatorzième jour. Afin que la réalité fût en rapport avec la figure, ce fut également le dixième jour, correspondant à notre dimanche des Rameaux, que Jésus-Christ vint à Jérusalem, où il demeura jusqu'au moment de son sacrifice sanglant. Il a prouvé de la sorte que comme Dieu, il prévoyait avec certitude le temps de sa Passion, et que, comme homme, il marchait non point par contrainte mais de plein gré vers le lieu de son supplice. Déjà comme nous l'avons vu, il avait plusieurs fois exhorté ses disciples présents et futurs à le suivre jusqu'au sacrifice de la vie dans la voie de l'abnégation ; maintenant il les précède comme leur chef et leur maître, en montrant par sa conduite ce qu'il avait déclaré de sa propre bouche : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même; qu'il porte sa croix et qu'il me suive (Luc. ix, 23).

Ainsi, le Seigneur, que nous avons vu fuir à différentes reprises pour nous donner des exemples de discrétion, commence à revenir aux approches de sa Passion. Précédemment, il avait montré de la prudence, quand il s'était caché afin de nous apprendre que, selon les temps et les lieux, il est permis ou même nécessaire de se soustraire à la rage des persécuteurs. Maintenant, il montre de la force, quand il marche au devant de ses ennemis uour se livrer de lui •

même entre leurs mains et s'exposer à tous les tourments qu'ils lui réservent. Autrefois, il avait agi selon la tempérance, en déclinant les honneurs de la royauté que voulaient lui décerner les foules attachées à ses pas. Mais bientôt, il agira selon la justice, en acceptant les honneurs du triomphe que va lui décerner le peuple accouru pour le recevoir avec des rameaux et des palmes ; toutefois, comme pour témoigner de ses modestes sentiments parmi d'éclatantes manifestations, il se contentera d'une humble monture telle qu'un ânon. Voilà comment le Seigneur des vertus a pratiqué pour notre salutaire instruction les quatre vertus appelées cardinales ou principales, parce qu'elles sont la base et la source de toutes les autres vertus morales. On ne peut donc l'accuser d'inconstance ou de versatilité dans sa conduite, non plus que quiconque s'exercerait à des vertus différentes, selon les diverses circonstances où il se trouverait placé.

En se rendant à Jérusalem pour la solennité pascale, Jésus traversa la Samarie occupée par les Gentils et la Galilée habitée par les Juifs, comme pour faire entendre qu'il allait appliquer les fruits de sa Passion aux uns et aux autres (Luc. xvn, 11). Après sa mort, en effet, ces deux peuples jusqu'alors ennemis irréconciliables devaient être réunis par les liens d'une même foi en son nom ; et parce qu'il venait pour les sauver également, il passait au milieu de leurs terres comme médiateur destiné à en pacifier les possesseurs. // était près d'entrer dans un village, situé sur les confins des deux provinces susdites, quand vinrent à sa rencontre dix lépreux, attirés par la réputation de ses œuvres merveilleuses (Ibid. 12). Ils se présentaient en dehors du village, parce que, suivant les prescriptions judaï - M ues. ils ne pouvaient pénétrer dans les bourgs et les

villes, ni même demeurer avec les autres personnes. Réunis ensemble par l'identité de leur maladie, ils attendaient sur le chemin le passage du Sauveur dont ils souhaitaient voir l'arrivée. Néanmoins ils se tenaient de loin, tant par respect pour le Seigneur que par crainte de la Loi qui leur défendait de communiquer avec les hommes de peur de les souiller. La Loi mosaïque, en effet, déclarait immonde la lèpre extérieure du corps, tandis que la Loi évangélique ne regarde comme impure que la lèpre intérieure de l'âme. D'après saint Théophile, ces infortunés restaient à l'écart, comme honteux de leur infirmité ; car ils appréhendaient d'exciter par leur présence le dégoût de Jésus ainsi que des autres. Ils étaient donc séparés de lui par la distance, mais ils en devinrent proches par la prière ; car le Seigneur est auprès de ceux qui V invoquent en vérité, dit le Prophète (Ps.

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