GUÉRISON DE LA FILLE DE LA CHÂNANÉENNE
que la douleur de la fille est la douleur de la mère, de même que tout supérieur dévoué doit ressentir, comme s'il lui était propre, le mal qu'éprouve son sujet particulier. Admirons ici la grande foi de la Chananéenne qui, sans avoir été préalablement instruite par la Loi et par les Prophètes, confesse et proclame Jésus, vrai Dieu et vrai homme tout ensemble : elle le croit Dieu, lorsqu'elle l'appelle Seigneur ; elle le croit homme aussi, quand elle le nomme fils de David; car elle savait que le Christ promis aux Juifs devait descendre de la famille de ce roi. Comme si elle disait : Par votre "divinité. Seigneur^ vous avez la puissance et par votre humanité, fils de David, vous avez la volonté de nous sauver ; vous en avez même reçu la mission expresse par suite de l'union hypostatique des deux natures en votre personne. Je vous en supplie donc^ aijez pitié de moi ; je n'allègue aucun mérite de ma part, je ne réclame aucun jugement en ma faveur, je no méconnais point le défaut de ma cause, mais je sollicite le bienfait de votre miséricorde. « 0 l'excellente confession ! s'écrie saint Ghrysostôme (Hom. 17 ex variis in Matth. locis). La Chananéenne devient évangéliste, puisqu'elle annonce la double nature divine et humaine de Jésus-Christ; en publiant sa souveraineté et son Incarnation par ces simples mots: Seigneur, fils de David. Considérez la profonde sagesse de cette femme païenne qui lui fait dire au Sauveur : Ayez pitié de moi ; ou en d'autres termes : Je n'ai pas conscience d'avoir accompli de bonnes œuvres, ni assurance d'avoir mené une bonne vie ; mais j'ai recours à votre clémence qui écarte le châtiment, et je me confie à votre bonté qui accorde le sahit. Ayez pitié de moi ; paroles courtes, mais qui procurent d'immenses avantages; car imijlorer la miséricorde divine, c'est s'attirer tous les biens. «Ainsi parle saint Chry-
sostôme. — Pour exciter la compassion du Sauveur, elle lui exposa toute sa douleur, en lui disant : Non pas ma servante ni une étrangère ; mais, ce qui m'est plus pénible, ona propre fille est cruellement tourmentée, non point par un mal quelconque, mais Ce qui lui est beaucoup plus dangereux, par le démon même. De cette manière elle découvrit au Médecin suprême la gravité et la qualité de la maladie, comme aussi la causé de la blessure qui déchirait son cœur de mère.
Mais Jésus ne lui répondit pas un mot, non point sans doute qu'il dédaignât d'écouter sa demande, mais parce qu'il voulait éprouver sa constance ; car la persévérance de cette femme en la prière devait rendre sa foi plus éclatante et sa dévotion plus méritoire (Mattli. xv, 23). Selon saint Augustin (de Consensu Evang. lib. 2, c. 40), le Seigneur, gardant ainsi le silence, sortit de la maison avec ses disciples. La femme qui les suivit continua ses cris, redoubla ses instances, à tel point que les disciples, vaincus par son importunité et touchés de compassion, intercédèrent pour elle auprès de leur divin Maître, en disant : Congédiez-la, accordez-lui ce qu'eUe demande, afin qu'elle s'en aille ; car elle ne fait que crier derrière nous, tant que vous la laissez oppressée par l'angoisse. Mais il leur répondit (Matth. XV, 24) : Je ne suis envoyé que pour les brebis égarées de la maison d'Israël; et je dois aller préférablement vers ceux auxquels j'ai été promis principalement, afin de les ramener à Dieu dont ils se sont éloignés par leur infidélité. De cette manière, le Sauveur évitait autant que possible de scandaliser les Juifs, pour les rendre inexcusables s'ils refusaient de le recevoir ; car il n'était venu en personne que pour eux spécialement, en attendant que par ses Apôtres il allât vers les Gentils. Aussi, pendant sa vie il ne