GUÉRISON DE LA FILLE DE LA GHANANÉENNE
prêcha l'Évangile par lui-même qu'aux premiers et n'opéra des miracles qu'à leur égard, excepté en quelques occasions, où, pour des causes particulières, il accorda de semblables faveurs à des Gentils, afin de montrer par leur foi que toutes les nations devaient entrer dans l'Eglise ; mais ce fut seulement après sa mort qu'il fit annoncer sa doctrine aux différents peuples.
Quoique repoussée, la Cliananéenne affligée ne se découragea pas et ne s'éloigna point ; elle ne cessa de suivre et d'invoquer le Sauveur, pour la guérison de sa fille dont elle regardait l'infirmité comme étant la sienne propre. Prosternée aux pieds de Jésus, elle Vadore d'un culte de latrie, en disant: Seigneur^ assistez-moi (Matïh. xv, 25). Elle semblait dire : Si jusqu'à présentée n'ai pas été une brebis de Dieu, maintenant du moins je veux le devenir, et afin de vous témoigner mon ardent désir je vous vénère comme mon pasteur sui\vcmG:Scigneu7\ aidez-moi donc, comme un pasteur charitable secourt sa brebis languissante. A cette touchante prière le Seigneur répliqua : Laissez les enfants se rassasier auparavant (Marc, vir, 27); car il n'est pas juste de prendre leur pain pour le jeter aux chiens (Matth. xv, 26). En d'autres termes, il n'est pas convenable d'accorder aux Gentils les mêmes faveurs qu'aux Juifs, de leur communiquer également la parole de l'Évangile et du salut avec l'avantage des miracles et des dons extraordinaires. Les Juifs en effet étaient traités comme les enfants spirituels du vrai Dieu qu'ils honoraient uniquement ; avant leur conversion, les Gentils au contraire étaient qualifiés de chiens, à cause de leurs mœurs impures, de leur idolâtrie grossière et de leur cruauté envers les Saints.
Plus la remontrance de Jésus-Christ paraissait méprisante, plus aussi l'humilité de la pauvi-e Ghananéenne
parut profonde : bien loin de se rebuter, lorsqu'il semblait la confondre avec les bêtes immondes, elle fit de la raison du refus un motif de grâce, en convenant de tout ce qu'il avait avancé. Oui, ^eigneur, repartit-elle. Etiam^ Domine. Gomme si elle disait : Vous m'appelez justement une chienne, mais du moins je veux être la vôtre ; nourrissezmoi donc comme vous appartenant, parce que je ne puis quitter la maison de mon Seigneur. Les chiens ne sont point ordinairement chassés par leurs maîtres ; mais si cependant, à coup de pied ou de bâton, on les fait sortir par une porte, ils ne tardent pas à rentrer par une autre. Puisque je vous appartiens, vous ne devez pas non plus me rejeter de votre présence, et, si vous le faites, je m'empresserai de retourner à vos pieds ; car les petits chiens mangent les miettes qui tombent sous la table de leurs maîtres. Nous aussi. Gentils qui sommes regardés et traités comme ces vils et chétifs animaux, nous devons recueillir quelques parcelles des biens abondants que vous offrez libéralement aux Juifs comme à nos maîtres. Si vous ne voulez pas faire pour nous comme pour eux un grand nombre de miracles, daignez au moins en faire un pour moi en guérissant ma fille. Je réclame cette grâce, non point en considération de mon mérite, mais en vertu de votre miséricorde. Si je suis indigne de recevoir un pain entier, soyez assez bon pour ne pas me refuser une petite miette ; car ce que je demande n'est pour vous rien de plus, en comparaison des grâces merveilleuses que vous avez accordées à vos enfants,
« Admirez la foi, la patience et l'humilité de cette femme païenne, s'écrie saint Jérôme (in cap. xv Matth.) ; elle croit que sa fille horriblement vexée par le démon peut être miraculeusement guérie par le Sauveur ; elle persévère dans ses