‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 29 sur 68 · T. IV IS · texte numérisé non relu

T. IV IS

gloire ; car les sens du corps humain ne peuvent supporter la splendeur incomparable de la divinité. Sortant de leur assoupissement, ils virent Jésus dans toute sa majesté, avec les deux personnages qui se tenaient à ses côtés (Luc. ix, 32). Comment, demande saint Ambroise (in cap. ix Luc), reconnurent-ils alors Moïse et Élie qu'ils n'avaient jamais vus? C'est, répond-il, par un effet de la clarté dont ils étaient environnés ; d'où l'on peut comprendre que dans la bienheureuse éternité, les élus se reconnaîtront les uns les autres, quand même ils ne se seraient jamais vus sur la terre. Alors Pierre, tout extasié, dit à Jésus : Seigneur, nous sommes bien ici, sur cette montagne, dans les douceurs de la contemplation. Plus on goûte les charmes de la vie céleste, remarque Raban-Maur (in cap. xvii Matth.), plus on méprise les satisfactions de ce bas monde. Si vous le voulez, ajouta-t-il, faisons ici trois tentes, afin d'y fixer notre séjour : Une pour vous, une pour Moïse et une pour Élie (Luc. IX, 33). Il ne parle pas d'une tente pour lui et ses deux compagnons ; car il supposait probablement que, en qualité de disciples, ils demeureraient dans celle de leur divin Maître. Pour avoir ressenti comme un petit avantgoùt de la gloire future qu'il voyait briller dans le Christ, Pierre est tellement ravi, qu'il désire rester perpétuellement en cet état ; apprenons de là, que rien ne doit nous paraître difficile à souffrir pour Jésus-Christ, ni les tourments, ni la croix, ni la mort même, afin de parvenir à la montagne des splendeurs célestes, où nous jouirons de tout bien sans mélange d'aucun mal. Or, selon le Vénérable Bède (in cap. IX Marci), et selon Rémi d'Auxerre (in cap. xvii Matth.), quel sera notre bonheur de contempler éternellement le Roi des rois dans tout l'éclat de sa majesté souveraine et dans la glorieuse société des Anges et des Saints, puisque la vision

passagère du Sauveur, transfiguré dans la compagnie de ses deux grands serviteurs, a transporté de joie le Prince des Apôtres jusqu'à lui faire perdre, à l'instant, tout souvenir des choses temporelles ?

Mais Pierre, hors de lui-même, ne savait ce qu'il disait ; prenant l'ombre de la gloire future pour la réalité même, il cherchait la patrie dans l'exil ; il oubliait que le royaume de Dieu n'est pas donné aux élus sur la terre, mais dans le ciel où il n'est plus besoin de tentes ou de maisons faites de la main des hommes ; il ne pensait pas, en outre, que lui et ses collègues, encore revêtus de leur chair passible, ne pouvaient jouir de la vie bienheureuse sans avoir goûté l'amertume de la mort; enfin, il ne considérait pas qu'il devait travailler pour son propre salut et celui des autres. « Que dites-vous, ô Pierre ? s'écrie saint Augustin ; le monde se perd, et vous ne cherchez que votre sûreté ! les nations se précipitent l'une contre l'autre, et vous aimez le repos! l'univers est plongé dans les ténèbres, et vous voulez lui cacher la lumière! cependant personne n'allume une lampe pour la placer sous un boisseau (Matth. v, 15). » « Non, dit saint Jean Damascène, il n'est pas bon pour vous, ô Pierre, que le Christ fixe sa demeure sur le Thabor ; car s'il y restait, les promesses qu'il vous a faites n'obtiendraient point leur effet ; vous ne recevriez jamais les clefs du ciel, et la tyrannie de l'enfer ne serait point détruite.» Saint Chrysostôme ajoute (Hom. 57 in Matth.): «En entendant dire que le Christ devait aller à Jérusalem .pour y souffrir de cruels tourments, saint Pierre craint encore pour son bon Maître. Mais, après la réprimande sévère qu'il avait reçue , il n'ose plus s'opposer ouvertement à la résolution déclarée ; il essaie seulement d'en empêcher la prochaine exécution par un moyen détourné. Considérant donc qu'on

trouvait dans cette solitude une parfaite tranquillité, il crut qu'on pouvait y établir un séjour convenable pour longtemps ; c'est pourquoi il dit : Seigneur, nous sommes bien ici ; dressons-y trois tentes, s'il vous plaît. Il espérait que, si son projet était accepté, Jésus ne monterait point à la ville sainte et qu'ainsi il échapperait à la mort violente que les Juifs lui préparaient. » Lorsque Pierre tenait ce langage il ne raisonnait pas, puisque le Sauveur devait mourir selon le décret éternel de la justice divine ; mais ses paroles étaient dictées par la tendresse extrême qu'il portait à son bon Maître. La joie ineffable que lui causait le spectacle de ce triomphe magnifique lui faisait oublier que l'essence de la vraie Ijéatitude ne consiste pas dans -la contemplation de l'humanité même glorifiée de Jésus-Christ, et que cette seule vue ne constitue pas le souverain bonheur des élus. — Néanmoins, comme pour accomplir le désir que saint Pierre avait exprimé, on fit construire, plus tard, sur le mont Thabor, un vaste monastère qui renfermait trois églises, au milieu d'une immense forêt. — L'homme contemplatif se construit spirituellement trois tentes, par la lecture pratique de la Loi, des Prophètes et de l'Évangile, lorsqu'il croit de cœur, confesse de- bouche et observe dans sa conduite leurs enseignements révélés.

La félicité des Saints a été signifiée de plusieurs manières dans la Transfiguration de Notre -Seigneur : 1° par la manifestation des trois personnes divines. En effet toute la Trinité s'est révélée sur le Thabor : le Père, par une voix céleste qui se fit entendre; le Fils, sous la forme humaine qu'il s'est unie hypostatiquement ; et le Saint-Esprit, dans la nuée lumineuse qui couvrit les assistants ; ce qui marquait que la béatitude des élus devait résider en la jouissance de l'adorable Trinité. Dans le transport d'une ferveur indis-

crête, Pierre voulait élever trois tentes sur le Thabor ; chaque homme doit préparer en lui-même trois tentes mystiques, pour y recevoir non pas Moïse et Élie, mais les trois personnes divines, comme elles le désirent elles-mêmes, d'après cette parole de l'Évangile (Joan. xiv, 23) : Nous viendrons en lui, et nous fixerons en lui notre séjour. Ces trois demeures spirituelles de la majesté divine ce sont les trois facultés de l'âme chrétienne, savoir : la mémoire, l'intelligence et la volonté. Le Fils habite l'intelligence, pour l'éclairer d'une connaissance surnaturelle ; le Saint-Esprit remplit la volonté, pour l'échauffer d'une ardente charité ; le Père occupe la mémoire, pour l'appliquer sans cesse à l'objet connu par l'intelligence et aimé par la volonté. De la sorte l'âme chrétienne est tout entière comme transformée en Dieu et pour ainsi dire déifiée ; elle expérimente déjà dans une certaine mesure la suavité de cette invitation: Entrez dans la joie de votre Seigneur (Matth. xxv, 21). 2° Par la réunion des difïérentes personnes qui en furent témoins, la Transfiguration du Sauveur nous annonce que dans la patrie céleste nous jouirons de la compagnie de tous les Saints, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament. Les bienheureux de l'ancienne loi se divisent en deux ordres : les Patriarches représentés par Moïse et les Prophètes par Élie. Les justes de la loi nouvelle forment trois classes : les Martyrs sont figurés par saint Jacques, les Confesseurs remplis de la sagesse divine sont figurés par saint Pierre dont le nom signifie connaissant, et les Vierges par saint Jean. On peut dire aussi que Jésus-Christ a voulu recevoir en faveur de son avènement le témoignage de ceux qui sont au ciel, dans le monde, dans le paradis terrestre et dans les limbes ; c'est pourquoi dans la circonstance présente il a été reconnu comme Fils de Dieu par le Père T. IV - 18.

éternel, Moïse, Élie, Pierre, Jacques et Jean. 3» Par la splendeur de la sainte humanité qui en fut le sujet, la Transfiguration de Jésus-Christ nous montre la gloire qui éclatera dans le corps des bienheureux ressuscites ; car nous voyons une image de cette gloire, comme nous l'avons expliqué déjà, dans ce qui est dit ici du Sauveur : Son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la neige.

Saint Pierre, demandant au Seigneur de dresser trois tentes, ne reçAit aucune réponse, parce que le temps n'était pas encore venu pour lui de jouir d'une immuable béatitude. Celui qui veut offrir à Jésus une demeure agréable doit lui préparer au fond de son cœur un tabernacle orné de vertus excellentes ; mais comme Pierre ne songeait qu'à construire des cabanes matérielles, il ne fut point entendu. Avant même qiCil eût achevé de 'parler, une nuée lumineuse les environna (Matth. xvii, 5). Elle les éclaira d'une véritable connaissance, en leur faisant comprendre que les élus une fois admis dans les palais éternels n'auront plus besoin d'être protégés par des abris temporels ; car ils seront comme enveloppés de la gloire du Saint-Esprit et cachés dans la face du Très-Haut ; le Tout-Puissant sera lui-même le temple et l'église, la maison où ils résideront et reposeront éternellement, sans craindre ni les intempéries des saisons, ni les vents de l'adversité. Ainsi, tandis que l'Apôtre stupéfait cherchait une habitation terrestre, il trouva le céleste ombrage qui le couvrit comme un pavillon splendide. Cette nuée transparente n'était point formée par les vapeurs ténébreuses qui émanent de la terre, mais par les rayons éljlouissants qui jaillissaient du Sauveur ; elle provenait de la lumière, de même que la fumée provient du feu.

Pour confirmer les Apôtres dans la croyance à la divinité

de Jésus-Christ, le témoignage du Père éternel vint corroborer celui qu'avaient rendu Moïse et Élie. Une vo/ir, semblable au bruit du tonnerre, fit entendre de la nue ces paroles: Voici mon Fils hien-aimé^ dans lequel je me complais souverainement : écoutez-le. En d'autres termes : Voici mon Fils, non par grâce ou par création comme les Anges et les hommes, mais par nature et par essence ; bien-aimé, puisqu'il est mon Fils propre et non simplement adoptif. Or, Jésus se trouva seul^ lorsque cette voix retentit (Luc. ix, 2Çi). Comme sile Père éternel eût dit, suivant saint Ambroise (in cap. ix Luc): « Mon Fils unique ce n'est ni Moïse, ni Élie, mais Celui-ci que vous voyez seul maintenant; car dès que le Seigneur commenra à être désigné, les deux autres personnages avaient déjà disparu, de peur que les Apôtres ne sussent pas avec certitude auquel des trois pouvait se rapporter la parole céleste. » En lui je me complais souverainement; c'est-àdire, en lui j'ai résolu de réaliser mon bon plaisir de racheter le monde. Ou bien, selon saint Chrysostôme (Hom. 57 in Matth.), « en lui je mets toutes mes affections et mes délices ; en lui je me repose et me confie entièrement, parce qu'il exécute ponctuellement tous mes ordres et mes désirs, de sorte qu'il n'a avec moi qu'une seule et même volonté ; si donc il veut être crucifié, ne vous opposez pas à ses desseins qui sont aussi les miens. » Êcoutez-le de préférence à Moïse et à Élie, parce que le Christ est la fin de la Loi et des Prophètes (Rom. x, 4) ; écoutez-le comme votre Maître unique et su^jrême qui vous enseignera toutes les choses nécessaires au salut; écoutez-le, parce qu'il est la Vérité même ; cherchez-le, car il est la Vie ; suivez-le, il est la Voie qui conduit au ciel (Joan. xiv, 6). Comme s'il eût dit, d'après Rémi d'Auxerre : Que les ombres de la Loi se dissipent, que l'>s figures prophétiques disparaissent; la seule lumière

de l'Évangile doit désormais MUer sur le monde. Heureux donc ces trois Apôtres privilégiés qui méritèrent de contempler la gloire de l'Homme-Dieu sur le Tliabor et d'y entendre la voix du Père éternel ! Nous participerons à leur bonheur, si comme eux nous croyons en Jésus-Christ et si nous vivons pour Jésus-Christ, mais surtout si nous nous attachons de tout notre cœur à Celui qu'ils ont aimé avec tant d'ardeur.

Cependant, comme la faiblesse humaine ne peut, sans en être accablée, soutenir l'éclat imposant de la majesté divine, les disciples, entendant la voix terrible qui sortait de la nuée» tombèrent la face contre terre (Matth. xvii, 6). C'est là une preuve de leur sainteté, d'après Rémi d'Auxerre ; car les méchants tombent à la renverse. Les justes, au contraire, tombent la face contre terre, tantôt par crainte, comme les Apôtres sur le Thabor ; tantôt par humilité, comme les Mages auprès de la crèche du Sauveur ; tantôt pour témoigner leur reconnaissance, comme les vieillards de l'Apocalypse devant le trône de l'Éternel. A la vue de la nuée lumineuse, au bruit de cette voix formidable qui retentissait comme le tonnerre, les Apôtres reconnurent leur erreur. Saisis d'effroi, ils se prosternèrent le visage dans la poussière ; les deux Prophètes eux-mêmes s'enfuirent, dit saint Ephrem, et la terre trembla jusque dans ses fondements. Mais le divin Maître, ému de compassion, s'empressa de rassurer et de ranimer les disciples épouvantés et terrassés, S' approchant d'eux avec bonté, il les toucha doucement • pour raffermir leurs membres débilités, et leur dit : Lcrezvouset ne craignez point (Matth. xvii, 7). lisse redressèrent aussitôt pleins de sécurité comme précédemment. Heureux ceux que Jésus touche de la sorte ! Prions-le d'en agir ainsi à notre égard, de nous retirer de notre prostration, et de

nous réveiller de notre assouijissement par son contact salutaire et par sa parole efficace; enfin qu'il nous ouvre les yeux pour ne voir que lui seul. C'est un ami charitable et bienfaisant, il est le consolateur des affligés et la force des faibles; il tend volontiers la main à ceux qui sont abattus et tombés pour les secourir et les relever. Quand le Sauveur les eut remis sur pied, les Apôtres levant les yeux ne virent plus que lui tout seul (Ibid. 8), car Moïse et Élie avaient disparu, et ils le virent tel qu'il était auparavant, lorsqu'il conversait familièrement avec eux. C'était pour leur faire comprendre que la voix sortie de la nue n'avait parlé que de lui seul, et qu'ils n'avaient besoin d'aucun autre ; qu'à l'avenir ils pouvaient se passer de Moïse et d'Élie ; car les ombres et les figures de la Loi et des Prophètes s'évanouissaient pour faire place aux grandes réalités et vérités de l'Évangile qui commençaient à se manifester et à s'accomplir.

La Glose fait remarquer les analogies qui se rencontrent entre la XJi'emière et la seconde régénération, c'est-à-dire entre celle de l'âme par le baptême et celle du corps par la résurrection. Au baptême du Christ qui était le type du nôtre, la Trinité tout entière monti-a son opération : le Père, par le bruit de la voix qui proclama la divinité de Jésus- Christ ; le Fils, dans la forme de l'humanité qu'il s'était unie ; le Saint-Esprit, sous la figure d'une colombe qui reposa sur la tête du Sauveur. De même dans la Transfiguration de Notre-Seigneur qui était l'image de notre résurrection, les trois personnes divines déclarèrent leur présence : la première, par une voix d'en haut ; la seconde, par la glorification de son humanité ; la troisième, par l'apparition d'une nuée mystérieuse. Aussi, lorsque nous serons ressuscites, nous verrons et nous célébrerons la gloire de Celui que nous aurons leconnu et confessé, après avoir été

baptisés. C'est pour des raisons bien convenables que l'Esprit-Saint se manifesta, près du Jourdain, sous le symbole d'une blanche colombe et, sur le Tliabor, sous l'emblème d'une nuée diaphane. Il a coutume en effet de représenter ses dons par des signes sensibles : ainsi dans le baptême, il restitue aux âmes l'innocence que désigne la candide colombe ; dans la résurrection, il communiquera aux élus la clarté et le rafraîchissement qu'indique la nuée lumineuse. C'est pourquoi celui qui conserve maintenant avec simplicité de cœur la foi qu'il a reçue contemplera alors, à la lumière de la claire vision, ce qu'il aura cru constamment jusqu'à la mort.

En descendant de la montagne avec ses disciples, Jésus leur dit : Ne parlez à personne de ce que vous avez vw, jusqu'à ce que le Fils de Vhomme soit ressuscité d'entre les morts (Ma,tih.xyn, 9). Cette défense était fondée sur plusieurs raisons. 1° D'après saint Jérôme (in cap. xvii Matth.), si ce fait eût été publié, il eût semblé incroyable à cause de sa grandeur extraordinaire. 2° Selon saint Thomas (Part, m, qusest. 45, art. 3), le Sauveur voulait cacher sa gloire, de peur que ceux qui en auraient entendu parler ne fussent scandalisés en le voyant peu après mourir sur une croix comme un criminel. 3° Suivant Rémi d'Auxerre (in Matth.), c'était dans la crainte que la prédication de cette gloire n'empêchât l'effet de sa Passion ; car si la merveille avait été divulguée parmi le peuple, beaucoup se seraient opposés aux princes des prêtres, en sorte que la rédemption du genre humain eût été retardée. 4° Les Apôtres, comme le remarque saint Hilaire (Can. 17 in Matth.), ne devaient prêcher la divinité du Christ qu'après avoir reçu la plénitude du Saint-Esprit avec la force nécessaire pour attester un prodige si étonnant. 5» Saint Jean Damascène ajoute que les

autres disciples, encore bien imparfaits, eussent été contristés de n'avoii- pas été favorisés de la même vision, et Judas eût été plus excité par là à trahir son divin Maître. 6° En outre, le récit de la Transfiguration devait être réservé pour le temps où il fallait surtout rendre témoignage à la Résurrection de Jésus-Christ qui paraissait encore douteuse à plusieurs ; car le premier de ces miracles devait être une preuve frappante du second, et le second lui-même devait paraître plus croyable après l'accomplissement du premier qui en était une image anticipée. 7° Enfin, par la défense qu'il faisait, le Seigneur nous apprenait à cacher avec soin, tant que nous sommes encore sur la terre, tout ce qui peut contribuer à notre propre gloire et nous attirer les louanges des autres. C'est le conseil que le Sage avait donné, en disant : Ne louez pas un homme d'après son apparence, ni avant sa mort (Eccli. xi, 2 et 30). De là nous devons inférer aussi qu'il n'est pas toujours bon de publier les secrets et les mystères de Dieu, mais .qu'il faut choisir les temps et les lieux convenables. Les Saints apprennent également par cette proliibition à ne pas faire connaître aisément les révélations surnaturelles dont ils sont favorisés de Dieu, suivant en cela l'exemple de saint Paul qui ne parla de son ravissement au troisième ciel que quatorze ans après.

La Transfiguration du Sauveur eut lieu vers le commencement du printemps ; c'est pourquoi l'Évangile qui en contient le récit est lu dans rp]glise le samedi des Quatre- Temps de la première semaine de Carême. La fête de ce grand mystère se célèbre dans la chrétienté le sixième jour d'août, parce que ce fut vers cette époque de l'année que les Apôtres annoncèrent ce glorieux événement ; jusque-là ils l'avaient tenu secret, pour se conformer à l'ordre exprès de leur divin Maître. On a bâti une chapelle, sur le flanc occi-

dental du mont Thabor, à l'endroit même où il avait dit : Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de Vhomme soit ressuscité [\) .

Prière.

0 Jésus, Rédempteur de ceux qui étaient perdus et Sauveur de ceux qui ont été rachetés, doux repos et rafraîchissement délicieux de l'âme éplorée qui court ajprès vous, donnez-moi de repousser , et d'oublier toute satisfaction étrangère, afin que je mérite de jouir de votre inefiable suavité. Je vous en supplie, vienne le temps où je contemplerai sans voile ce que j'aperçois maintenant à travers les nuages de la foi, où je posséderai sans crainte de le perdre ce que j'espère ici-bas et ce que je salue dans le lointain de l'avenir, où j'embrasserai et où j'étreindrai avec toute 'l'affection et l'expansion de mon âme ce que je considère selon la mesure de mes forces et de mes facultés, où je serai comme abîmé dans l'océan de votre splendeur éternelle ; enfin qu'à l'ombre de vos ailes je trouve le repos et la paix pour toujours. Ainsi soit-il.

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