‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 30 sur 68 · GUÉRISON D'UN LUNATIQUE · texte numérisé non relu

GUÉRISON D'UN LUNATIQUE

laissés au bas de la montagne. La foule qui était avec eux alla au devant de lui, dès qu'elle l'aperçut. Si, à l'exemple du Sauveur, les supérieurs consentaient à descendre, par rhumilité, la compassion et l'affabilité, vers ceux qui leur sont confiés, on A^errait des multitudes accourir autour d'eux par la pénitence pour obtenir le pardon. Mais parce qu'ils restent fièrement sur les hauteurs où les retiennent l'orgueil, l'ambition et la curiosité, peu les approchent ou viennent les trouver, et moins encore sont soulagés et rétablis par eux ; aussi on ne lit point que Notre-Seigneur ait guéri quelque malade sur la montagne. Lorsqu'il fut arrivé vers le peuple, un homme, se jetant à ses pieds, le pria d'avoir pitié de son fils unique qui était lunatique, c'est-à-dire tourmenté davantage au renouvellement de la lune. Les discii^les eux-mêmes n'avaient pu chasser l'esprit immonde qui possédait cet infortuné. Le démon, le saisissant tout à coup, le renversait et le roulait par terre, en lui tordant tous les membres ; alors pressé par la violence de la douleur, l'enfant écumait de la bour.he, grinçait des dents et s'évanouissait en quelque sorte tout brisé ; souvent aussi il poussait des cris affreux, et tombait dans l'eau ou dans le feu, de sorte qu'il eût déjà péri infailliblement, si la Providence ne l'avait protégé. Jésus se fit amener le possédé ; mais le démon, pressentant qu'il allait être forcé de quitter ce malheureux, se mit à l'agiter avec plus de fureur qu'auparavant. Le Sauveur, traitant de sourd et de muet l'esprit malin qui avait frappé de surdité et do mutisme ce pauvre jeune homme, lui commanda d'en sortir et de ne plus jamais y rentrer. Le démon quitta le corps qu'il mit comme en pièces, et l'enfant demeura comme mort étendu par terre ; mais Jésus, le prenant par la main, le releva et le rendit sain et sauf au père consolé.

Cet enfant possédé est l'image du pécheur que Satan retient captif par l'attrait du vice : il le rend lunatique par l'inconstance dç la volonté qu'il porte à différents vices selon les divers temps ; il le rend aussi muet en l'empêchant de confesser ses fautes et de louer le Seigneur, puis sourd par l'endurcissement du cœur qui devient insensible aux bons avis et aux sages conseils ; il le fait crier par la véhémence des mauvais désirs qu'il lui inspire ; l'énervé et le plonge en toutes sortes de péchés ; l'agite, le dissipe par la variété des pensées importunes qu'il lui suggère ; le fait grincer des dents par les mouvements d'indignation et les emportements de la colère ; le fait même écumer par les excès de la gourmandise et les débordements de la volupté ; il le précipite dans le feu de la luxure et de la superbe, ou dans la boue des plaisirs charnels et des convoitises terrestres ; il le dessèche par la paresse ; ne le quitte presque jamais à, cause des habitudes criminelles qu'il lui a fait contracter et le déchire sans cesse par les blessures qu'il cause à ses facultés naturelles. En s'approchant du Sauveur, l'enfant est troublé, bouleversé ; de même souvent le pécheur qui veut revenir à Dieu est plus violemment attaqué par le démon qui redouble ses efforts pour le détourner de la pénitence, le dégoûter de la vertu, l'entraîner en de nouvelles chutes et se venger de son expulsion. C'est ainsi que, dans la primitive Église, il livrait les plus terribles combats à ceux qui allaient être soustraits à sa tyrannie. Le Sauveur ne menace pas l'enfant qui est tourmenté, mais bien le démon qui le tourmente ; de même pour délivrer le pécheur des liens qui l'enchaînent au mal, il faut s'élever avec force contre le vice, mais traiter le coupable avec bonté et l'exciter à la confiance. Une fois sorti du lunatique Satan n'y rentre plus, il en sera ainsi pour l'homme sincèrement converti qui

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garde fidèlement son cœur avec la double clef de l'humilité et de la ch'arité. L'enfant, délivré du démon, reste comme un mort étendu par terre, mais il se relève, lorsque Jésus lui tend une main secourable. Semblablement le pénitent, affranchi du péché, doit paraître mort aux yeux du monde en renonçant aux désirs terrestres, aux inclinations charnelles ; il doit néanmoins se livrer aux bonnes œuvres en correspondant à la grâce divine, car le céleste Médecin ne manque jamais de venir à son aide pour le fortifier en toutes circonstances dans la pratique du bien.

Lorsque Jésus fut entré dans la maison, ses disciples l'abordèrent en particulier : Pourquoi, demandèrent-ils, 7favons-nous pu chasser ce démon ? Cest à cause de votre incrédulité, -ré])ondit-il (Matth. xvii, 18, 19). Le Sauveur ne reproche pas à ses disciples d'être incrédules comme les Juifs qui manquaient entièrement de foi; mais il leur reproche de ne pas croire avec autant de ferveur qu'ils le devaient, api es avoir été témoins oculaires de miracles aussi nombreux ; car rien n'est impossible à celui qui a une foi vive, accompagnée d'un ardent amour. Pour obtenir les grâces du ciel, il faut posséder une foi semblable au grain de sénevé qui se distingue par sa petitesse, sa chaleur, son amertume et sa vertu comme antidote. Notre-Seigneur emploie cette comparaison, afin de signifier à ses Apôtres que leur foi devait être rendue efficace par l'humilité, la charité, la patience et la sincérité ennemie de- l'erreur. Le grain de sénevé, dit saint Ambroise (Serm. 1 et 2), est une semence très-menue, mais si on la broie, elle montre toute sa force ; ainsi, la foi qui paraît une vertu très-simple déploie toute son énergie sous les coups de l'adversité.

Jésus rappelle ensuite ses disciples à la pratique de l'humilité, en les avertissant de ne pas se glorifier do leurs

bonnes œuvres, mais de s'abaisser devant Dieu à qui est due la soumission. Écoutons ses propres paroles (Luc. xvii, 10) : Lorsque vous avez accompli tout ce qui vous est commandé, dites, non-seulement de bouche, mais de cœur, afin que votre humilité ne soit pas seulement verbale, mais réelle : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous n'avons fait que ce que nous devions faire ; ou en d'autres termes : Nous n'avons mérité aucune faveur, mais nous avons évité les châtiments réservés à la désobéissance. Les orgueilleux, au contraire, lors même qu'ils n'exécutent qu'une faible partie de ce qui leur est ordonné, ne tardent pas à s'estimer comme justes, et à mépriser les autres comme plus imparfaits. Nous ne nous ai^partenons pas ; nous sommes les serviteurs de Jésus-Christ, qui nous a rachetés au prix de son sang adorable ; c'est donc lui que nous devons servir, en n'omettant rien de ce qu'il nous prescrit et en ne faisant rien de ce qu'il nous défend. Les serviteurs, fidèles à remplir les préceptes divins, sont appelés inutiles, non point en ce sens que leurs œuvres ne seront pas récompensées dans la vie bienheureuse, mais en ce sens que Dieu n'a nullement besoin de leur service (Psal. xv); ou parce que les souffrances présentes n'ont aucune proportion avec la gloire future qui nous sera communiquée (Rom. viii, 18); ou bien encore parce que chacun, quelque degré de perfection qu'il puisse atteindre, doit se regarder comme trèsdéfectueux. « La vraie perfection des Chrétiens, ici-bas, affirme le Vénérable Bède (in cap. xvii Luc), consiste à se réputer imparfaits, même après avoir observé toute la loi divine, et à gémir sur leurs propres misères, tant qu'ils sont éloignés du Seigneur, en voyant qu'ils font si peu de bien pour correspondre à sa grâce. Puisque le Seigneur a dit : Sans moi vous ne pouvez rien faire (Joan. xv, 5), nous ne

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