‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 33 sur 68 · XII · texte numérisé non relu

XII

« Dans le cas présent, ainsi que saint Ambroise le remarque (in cap. IX Luc), saint Jean ne fut point repris, parce qu'il avait agi par amour ; car l'affection qu'il portait à son divin Maître lui faisait croire que le pouvoir de délivrer les possédés devait être le privilège des disciples qui suivent fidèlement le Christ. Mais il apprit que, si Dieu récompense d'une manière spéciale les plus généreux, il ne rejette pourtant pas ceux qui sont plus faibles, et que loin d'empêcher ces derniers d'exécuter le peu de bien qu'ils entreprennent, on doit au contraire les exciter et les encourager à en opérer davantage. » Lorsque, malgré leurs défauts, de tels personnages contribuent au salut des autres, on doit les admettre môme avec joie, non pas tant pour euxmêmes que pour l'utilité générale ; car s'ils se nuisent quelquefois, ils servent néanmoins au bien public dans l'Église. Saint Paul avait compris cette règle, quand il disait (Philip. I, 18) : Pourvu que le Christ soit annoncé en quelque manière, soit sous quelque prétexte, soit par un vrai zèle, je

m'en rejouis et m'en réjouirai toujours. Dans cet homme qui n'était pas disciple du Sauveur , le pouvoir de chasser les démons prouve que Dieu, quand il lui plaît, distribue ses bienfaits par l'intermédiaire des imparfaits et des petits, comme au moyen des parfaits et des grands, et de plus, que la vertu surnaturelle du nom de Jésus peut opérer indistinctement par les uns et les autres. <L C'est une chose admirable, dit saint Théophile, que la grâce du Sauveur agisse par le ministère de ceux même qui en sont indignes ; ainsi les prêtres, lors même qu'ils ne sont pas saints, sanctifient les fidèles par l'exercice de leurs fonctions. y> Concluons aussi de là que, quand nous voyons les méchants faire des œuvres bonnes en elles-mêmes, nous ne devons pas les en détourner ; car, si une œuvre de ce genre, étant dépourvue de la charité, n'est pas méritoire pour celui qui l'accomplit, elle le dispose du moins à réformer sa vie. — Cet homme qui, sans être associé aux Apôtres, délivre les possédés, figure les pieux laïques qui, ne s'étant pas engagés à suivre Jésus-Christ dans l'état ecclésiastique ou religieux, contribuent cependant par leurs sages discours et leurs bons exemples à chasser le démon du cœur de leurs frères.

Nous venons de voir avec quelles instances le divin Maître recommande à ses disciples l'humilité qui doit les rendre semblables à lui-même ; mais, hélas ! de jour en jour nous dilTôrons d'embrasser cette vertu nécessaire au vrai Chrétien, et nous conservons jusqu'à notre dernière heure un orgueil effréné qui nous rend imitateurs des démons !

Prière.

Seigneur Jésus, donnez-moi d'aller à la mer de la pénitence par la considération douloureuse de mes innombrables

péchés, de jeter dans l'abîme de mon cœur l'hameçon d'une vive contrition, d'ouvrir la bouche par la confession sincère de mes fautes, de payer le statère de la satisfaction * dont je suis redevable à votre justice, pour être affranchi des tributs et des exactions de Satan. Faites que, réprimant en moi tout désir d'élévation, je devienne humble à mes yeux comme un petit enfant, et que, passant ainsi par la voie et la porte étroites, je mérite d'entrer dans 1^ royaume de la céleste béatitude. Accordez-moi aussi de recevoir en votre nom et pour votre amour les petits et les humbles, en leur rendant tous les devoirs d'une charité officieuse, afin que, après vous avoir accueilli vous-même dans leur propre personne, je sois à mon tour admis par vous dans les palais éternels. Ainsi soit-il.

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