‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 42 sur 68 · PERFECTION DE LA PALVHETÉ VOLONTAIRE · texte numérisé non relu

PERFECTION DE LA PALVHETÉ VOLONTAIRE

afin de n'être pas vaine, doit renfermer l'humilité ; car à quoi servirait d'avoir la bourse vide si le cœur était gonflé d'orgueil ? Elle doit aussi produire le mépris efTectif ou l'abandon extérieur des biens temporels, parce qu'en les conservant il est très-difficile de n'en être pas préoccupé ; comme ils sont plus visqueux que la glne elle-même, l'âme peut à peine en dégager ses pensées. Celui dont les afîections sont ainsi captivées par les richesses a les pieds embarrassés dans des filets qui l'empêchent de marcher en la présence de Dieu, à la suite de Jésus-Christ. C'est pourquoi l'attache aux possessions terrestres est le premier et le grand obstacle à la perfection, comme le prouve l'exemple suivant que rapporte l'Évangile. Ayant entendu les paroles du Sauveur qui l'exhortait à la pauvreté volontaire, le jeune homme s'en alla tout triste, parce qu'il ne pouvait se résoudre à un dépouillement complet (Matth. xix, 22) ; ear il avait de nombreux domaines, qui produisirent en lui des épines et des ronces de manière à étouffer la semence divine. Son cœur était tellement épris de ses fausses richesses, que le simple conseil de les abandonner suffit pour l'aflliger. Il est pénible, en effet, de quitter ce qu'on aime ; or évidemment on aime avec ijassion ce qu'on quitte avec douleur. Tandis que nous jouissons des biens tempoi'els, souvent nous croyons ne pas y être attachés ; mais lorsque nous commençons à en être privés, nous découvrons quels sont nos vrais sentiments ; car nous ne possédons sans attache que ce que nous perdons sans regret. Ce jeune homme aurait voulu tout à la fois garder les biens temporels et acquérir les biens éternels; ce qui n'est pas facile dans l'état actuel des choses. Il n'est guère possible do se niaintenir au sein de l'opulence sans se livrer à la volupté ou s'enfler d'orgueil, de même qu'un homme debout sur le sommet d'une montagne

pourrait difficilement résister à l'impétuosité d'un ouragan sans être renversé. « Ce jeune homme, dit saint Augustin (Epist. 34), était assurément digne d'éloge pour avoir observé fidèlement. les préceptes de la Loi ; mais il était digne de blâme pour avoir été coutristé de la parole du Sauveur qui l'appelait à la perfection ; et il se montra plus jeune de raison que d'âge, en s'éloignant par lâcheté pour ne pas suivre le conseil de la Sagesse incarnée. »

Mais les parfaits contemplatifs ne se laissent point arrêter par des pièges semblables que leur tend la cupidité : C'est en iiam, dit le Livre des Proverbes (i, \1)^ qu'on jetterait le filet devant les yeux de ceux qui ont des ailes. Ils s'attristent d'autant moins de manquer des biens temporels qu'ils soupirent plus ardemment après les biens éternels ; les mondains au contraire, selon la remarque de saint Grégoire, s'affligent d'autant moins d'être privés des biens éternels qu'ils se complaisent davantage dans les biens temporels. S'il est bon, comme dit Gennade, d'employer ses richesses à secourir les pauvres, il vaut mieux encore se dépouiller de tout pour suivre Jésus-Christ sans partage et demeurer avec lui exempt de sollicitude. D'après saint Chrysoslôme (Hom. 64 inMatth.), celui qui possède peu de choses ne tient pas autant à son avoir que celui qui en possède beaucoup ; car plus les richesses sont nombreuses, plus elles fournissent d'aliments à la passion. En effet, selon la pensée de saint Augustin (Tract, ii in Epist. Joan.), « les choses passagères, par la multitude très-variée de leurs formes et de leurs phénomènes, excitent dans l'homme unefoule continuelle de sensations et d'affections qui l'empêchent de tourner toute l'application de ses facultés vers l'unité immuable de Dieu. Que celui donc qui désire conquérir sa liberté et assurer sa supériorité travaille à s'affranchir des objets

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créés pour s'unir entièrement au souverain Seigneur. Deux amours se disputent le cœur humain d'où ils s'excluent mutuellement : lorsque l'amour du moude s'en est emparé^ l'amour de Dieu n'y est pas admis ; si donc vous voulez y iutroduire celui-ci, commencez par en bannir celui-là. » « La charité divine ne saurait s'allier dans une âme avec la cupidité mondaine, dit également saint Grégoire (in cap. viii Gant.) ; car la concupiscence terrestre aveugle l'intelligence qu'elle souille pour lui dérober la vue de la lumière célc!>te. Gomment alors aimer ce qu'on ne connaît pas ? ou comment connaître ce que l'on ne considère aucunement ? » Au témoignage de saint Ghrysostôme (Epist. ad Eutropium), les choses séculières produisent sur les yeux de l'esprit des efîets analogues à ceux de la fumée sur les yeux du corps ; car rien n'obscurcit et ne trouble l'âme comme le tourbillon des affaires et le choc des passions, qui ne lui laissent ni le loisir ni l'attrait nécessaires pour penser aux choses spirituelles. V « Si donc, ajoute saint Anselme (Epist. ad Hugon.), si vous souhaitez rester en paix, éloignez-vous du siècle et ne convoitez rien de ce qu'il recherche ; car les sollicitudes de cette vie font perdre l'amour de Dieu qui seul peut procurer le véritable repos. » Pour résumer beaucoup d'instructiuns en peu de mots, méditez cette courte maxime de saint Augustin : « A mon avis, rien de plus important que de fuir les choses sensibles. » « Renoncez à vos sens et à tous les objets qui les affectent », dit pareillement saint Denis. Heureux celui qui prête une oreille attentive à ces sages paroles pour en faire une application journalière ; dans leur brève simplicité elles renferment une morale très-profonde que les hommes vains et dissolus ne comprennent ni ne goûtent. Sur le point db mouler en chaire, un certain orateur était très-préoccupé et embarrassé de ce qu'il devait prêcher.

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l'oiulaiil iin'il coiijiirail iiislaiimiciil \v. Soigiu'iir de rrclaiivr, iltMileiKlil iutérieurenieiit uno voix qui lui disait,: Si lu veux savoir co (iiu' lu dois rocouiniaudcM-, sôparo tou os[)i'it des olijcis (>xlrri(Mus, pui'itic lou (•(rni' d(>s alVoclious lorrcsti'cs, diUivre la voloiilôdes iiu-linalious cliaini-llos, ôlôvo lou 'une vers les hirus crl(>sl('s ; alors les cliosrs diviuivs le scroul manifeslres. Dans celle scuW \crou csl eoulennc louU^ doctrine (]ui> l'du doil (Miseigner ; puisqu'en elïet vous êtes l'image vivaulc dii Dieu lui-même, renoncez à IouUh; ([ui est accidentel à cette glorieuse ressemblance, et vous verrez briller eu elle ce (ju'il y a ih^ iliviu. Alln de vous <'onduii-e par raj^porl aux dilVéreules choses, soil lenq)orelles, soit éternelles, d'une manière utile et [irolilahle, vous devez considértM' l(>s premières sous (jualrt" points de vue divers, I" Va) (pialilê de; j)èl(M'in vl d'exilé sur la terre, regardez tous les lti(Mis d'ici-bas comme vousélaul étrangers ou n'existant })oiul poiu' vous, (h' telle sorte cpu^ le vêtement menu» (jui couvre votre cor|ts u'occuik* pas plus votre piMisée (pic s'il api»arl(Miait à (juidijuc habitant de la Grèce ou d(^s Indes. 2" Dans l'usage de ces biens redoutez l'abondance connue nu éi"ueil o\ craignez toute snperflnité connue nu poison. 3° KstiuKVi t.onte indigence ou piivalion couuik» uu(> table délicieuse jtour r;hn(>, connue uu saci ilice agréable an Seigneur, conuii(> uiu> écli(>lle sublinu^ (pii conduit an bonheur du ci(>l, entin connue uu nuroir tidèle qui réiléchil la croix ihi liédemi)t(MU'. 'i" Sachez comprendre et s(Mdir le néant (>t la caducité di^s pomp(^s et des richesses mondaines, (>n sorte ipie ni l(Mn' soineuii', ui leur aspect ne puissent vous causer aucunt> Joie ou déleclaiiou (pielcouipie ; autriMueul vous devri(V, vous ci-otrt> éloiguéde la sainte et glorieuse [»auvreté du SauviMu-. (^)ue la pensée ou la vue des indigents et de ceux que le monde rebute vous fasse tressaillir, parce qu'ils res-

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sombleiit plus parlai teineiit au Christ qui a manqué de tout sur la terre ; accueillez-les avec allégresse et traitez-les avec honneur comme des représentants du souverain Monarque et comme des rois conquérants du ciel.

Remarquez encore que, pour atteindre la perfection, il ne suffît pas d'exercer quelques bonnes œuvres et certaines vertus ; il faut les pratiquer toutes les unes comme les autres, chacun selon sa capacité particulière. « L'homme véritablement parlait, dit saint Ghrysostôme (llom. 64 in Matth ), est prêt à accomplir toute bonne œuvre, et s'il vient à en négliger quelques-unes il cesse d'être parfait. De quel profit, je vous le demande, serait-il à quelqu'un de prier Dieu avec ferveur, s'il n'assistait pas le prochain dans la détresse ? Ou bien, à quoi servirait de répandre d'abondantes aumônes, si l'on n'agissait que par vaine gloire, pour s'attirer des louanges humaines ? A quoi bon encore s'appliquer à la mortification ou à l'humilité, si l'on se livre à la colère ou à la cupidité que saint Paul appelle la racine de tous les maux (1 Tim. VI, 10)? Détestons et fuyons spécialement ce vice détestable (|ui trouble le monde, bouleverse la société, nous fait perdre la foi et la charité ; car Jésus-Christ lui-môme a déclaré qu'on ne pouvait servir en même temps Dieu ot l'argent (Matlh. VI, 24). »

Par rapport à ce qm préciîde, notez bien que la perfection de la pauvreté ne consiste pas dans la privation môme des biens temporels, mais plutôt dans l'absence de toute sollicitude à leur égard ; car la pauvreté, piisci inatériellenient, n'est pas chose bonne par sa propre natuji'e, mais seulem .'ut en tant qu'elle délivre l'honinie des soucis (]ui l'euipôcheruient de vaquer librement aux choses spirituelles. •

Prière.

Seigneur Jésus, hélas ! jusqu'à présent, cliétive et faible créature que je suis, j'ai négligé d'observer vos saintes et divines lois ; faites que désormais je commence tout de bon à les pratiquer avec le plus grand soin, pour mériter d'entrer un jour dans la vie éternelle avec ceux qui les auront fidèlement accomplies. 0 Sauveur très- clément, donnez-moi aussi la volonté ferme de tendre sans cesse à la perfection ; accordez-moi de mépriser sincèrement et d'abandonner effectivement tous les biens temporels pour votre seul amour; qu'ainsi dépouillé et libre, je vous suive et je marche sur vos traces glorieuses, en imitant les sublimes vertus dont vous nous avez montré le parfait exemjjle. Par ce moyen, vous prenant pour conducteur et pour guide dans toutes mes voies, je parviendrai joyeux et triomphant à l'éternelle possession et à la contemplation bienheureuse de vous-même qui êtes le trésor inépuisable, digne objet de tous mes désirs. Ainsi soit-il.

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