CHAPITRE XII
Après avoir parlé des préceptes dont l'observation est nécessaire pour le salut, examinons les conseils dont l'accom-
plissement est requis pour la perfection. Tous les hommes sont liés par les préceptes ou par les défenses, mais ils ne le sont ni par les conseils ni par les permissions. Tous, en effet, doivent garder les préceptes pour devenir bons et les défenses pour ne pas devenir mauvais ; mais les conseils conviennent spécialement aux parfaits, et les permissions aux imparfaits. Bien qu'elle ne soit pas absolument obligatoire, l'observation des conseils est cependant très-utile pour assurer l'accomplissement des préceptes. Ainsi, quand on veut proléger un territoire contre les invasions des étrangers, on doit fortifier principalement ses frontières, parce que les ennemis, une fois maîtres de l'entrée, le seraient bientôt de l'intérieur ; de même aussi pour garantir l'âme contre les attaques des démons, il faut en garder soigneusement les avenues. Or les conseils évangéliques sont autant de postes avancés ou de remparts qui écartent les occasions de péché : car ils préservent l'homme des regards imprudents, des discours dangereux, des actions trop libres, des négligences funestes et de tous les pièges qui l'exposeraient à violer les commandements. Ces conseils salutaires que Jésus-Christ a surajoutés aux préceptes essentiels peuvent être réduits au nombre de douze principaux.
Le premier est celui de pauvreté volontaire ou de renoncement effectif à toute propriété temporelle, d'après ces paroles : Si vous voulez être parfait, allez et vendez tout ce que vous possédez, puis venez et suivez-moi (Matfh. xix, 21). Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple (Luc.xiv, 33). — Le second a pour objet l'obéissance, conformément à cette exhortation : Si quelqu'un veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même (Luc. lx, 23). — Le troisième concerne la chasteté, selon cette déclaration : // y en a qui se sont faits eux-mêmes continents pour me-
riter le royaume des deux (Matth. xix, 12). Ces trois premiers conseils sont propres à l'état religieux dont ils forment la substance ; car ils mettent à l'abri du mal ceux qui les observent, non-seulement parce qu'ils empêchent les fautes, mais aussi parce qu'ils en éloignent les causes. Tous les péchés viennent en effet de la triple concupiscence qui règne dans le monde, comme l'assure saint Jean (I Ep. ii, 16) ; or la chasteté prémunit contre la convoitise de la chair ; la pauvreté, contre la cupidité de la richesse, et l'obéissance, contre l'orgueil de la vie.
Le quatrième conseil est celui de charité que le Seigneur a formulé en disant : Aimez vos ennemis (Luc. vi, 27). A leur égard, l'amour affectif est de précepte et de rigueur ; mais l'amour effectif n'est que de conseil et de perfection. Car si nous devons souhaiter la grâce et la gloire à notre ennemi comme à tous les autres hommes, nous ne sommes point tenus cependant d'accomplir envers lui des œuvres de bienfaisance spéciale ou de lui montrer des signes de bienveillance particulière, à moins toutefois qu'il ne se trouve dans une nécessité pressante, ou qu'il ne sollicite son pardon, et qu'il ne cherche sincèrement à se réconcilier ; dans ces cas il devrait être traité comme un ami, et lui refuser quelque témoignage de sympathie serait exercer à son endroit une sorte de vengeance. — Le cinquième conseil est relatif à la mansuétude : Si queîquun vous frappe sur la joue droite, présentez-lui encore la gauche, dit le Sauveur (Matth. V, 39) ; en d'autres termes, soyez disposé à subir une nouvelle percussion. ^^^içKffVi'wn veut plaider avec vous pour enlever votre robe, abandonnez-lui encore votre manteau plutôt que de vous engager dans un procès (Ibid. 40). C'est ainsi que la patience parfaite nous apprend à supporter sans aucune résistance toutes les injustices comme
les mauvais traitements. On pent toutefois réclamer son bien en justice, pourvu qu'on le fasse sans animosité ni fraude ; mais le religieux qui a renoncé à tout droit de propriété personnelle ne peut rien revendiquer qu'au nom. de sa communauté, — Le sixième conseil regarde la miséricorde et l'aumône, suivant cette recommandation : Donnez à quiconque vous demande (Luc. vi, 30) ; ou encore : Vendez loiit ce que vous possédez et distribuez-en le prix aux pauvres (Matth. XIX, 21). Donner de son superflu à l'indigent, c'est un devoir strict ; mais retrancher de son nécessaire, c'est un simple conseil.
Le septième conseil exhorte à conserver la simplicité dans les paroles. Contentez-vous de dire: Cela est, cela n'est pas, oui ou non (Matth. v, 37) ; ce qui signifie que l'affirmation et la négation doivent exister dans le cœur comme dans la bouche. Vous savez qu'il a été dit aux anciens : Vous ne vous parjurerez point ; moi je vous dis de ne jamais jurer (Ibid. 33 et 34). On peut cependant faire un serment, lorsqu'il est utile -, mais il est mieux de n'en faire aucun, autant que possible. — Le huitième conseil engage à fuir l'occasion de péché. Si votre œil vous scandalise, arrachez-le et le jetez loin de vous (Matth. xviii, 9). Par là, dit saint Augustin (Lib. 1 de Seini. Domini in monte), le Seigneur ne prescrit pas de se priver de quelque organe ou de quelque membre, mais il appiend à éviter avec soin tout ce qui pourrait solliciter au péché. — Le neuvième conseil recommande la droiture d'intention par rapport aux actions extérieures. Gardezlous de produire votre justice devant les hommes pour C7i être remarqués (Matth. vi, 1), Que votre lumière brille devant les homuies, de façon qu'en voyant vos bonnes œuvres ils gloriftC7it votre Père céleste (Matlh. v, 16).
Le dixième conseil a trait à la conformité de la conduite T. IV 26.
avec la doctrine. Celui qui aura pratiqué et enseigné sera proclamé grand dans le royaume des cieuœ (Matth. v, 19). En parlant des Pharisiens, le Seigneur ajoute : Us imposent aux autres de lourds fardeaux qu'Us ne veulent point euxmêmes toucher du doigt. Ils disent et ne font pas (Matth. XXIII, 3 et 4). Le prédicateur doit accomplir lui-même tout ce qu'il annonce comme nécessaire au salut ; mais il n'y est pas tenu pour ce qui appartient à la perfection, à moins que d'ailleurs il n'y fût obligé par un vœu particulier. Le ministre de l'Evangile qui vit notoirement dans le péché se rend de nouveau coupable chaque fois qu'il monte dans la chaire deTérité, parce qu'il scandalise ceux qui l'entendent. — Le onzième conseil porte à éviter toute sollicitude relativement aux besoins matériels. Ne soyez pas inquiets au sujet de votre vêtement, du boire ou du manger, dit le Sauveur. Ne 'vous préoccupez pas du lendemain (Matth. vi, 31, 34). A propos de sollicitude, il faut en distinguer quatre sortes. La première, qui est conseillée comme louable, consiste en une sage prévoyance par rapport à la conduite de notre âme; elle nous fait rechercher comment plaire à Dieu, en lui remettant tout le soin de nous-mêmes. La seconde, qui est commandée comme bonne, consiste en une charitable prévoyance relativement aux besoins des subordonnés ; elle convient aux supérieurs et à tous ceux qui sont chargés de remplir quelque office à l'égard du prochain. La troisième, qui est permise comme tolérable, n'est autre que le soin modéré pour le corps humain. La quatrième, qui est défendue comme vicieuse , c'est l'empressement pour amasser du superflu ; ce souci constitue l'avarice. — Le douzième conseil invite à faire la correction fraternelle, selon ces paroles du Seigneur : Si votre frère pèche, reprenez-le (Matth. xviii, 15). Cette correction du prochain n'est que conseillée à
l'égard des fautes vénielles, et de ceux qui ne nous sont pas spécialement unis ; mais elle devient obligatoire s'il s'agit de fautes mortelles, toutes les fois qu'on la croit prudemment possible et utile, d'après les circonstances particulières de temps et de lieu. Ce devoir de charité incombe à toute personne, et principalement aux supérieurs vis-à-vis de leurs sujets.
Tous les conseils et les préceptes du Seigneur sont d'une observation facile à quiconque est animé d'une volonté droite, et pénétré d'une crainte religieuse. « Que dans vous, dit saint Chrysostôme (Hom. 56 in Gènes.), la crainte de Dieu l'emporte sur toute espèce de nécessité ; car si vous prétendez toujours trouver quelque occasion pour excuse, vous ne garderez plus aucun point commandé, de façon que tous les préceptes seront foulés aux pieds ; mais si, au contraire, vous êtes dans la disposition généreuse de pratiquer la loi chrétienne, vous ne rencontrerez plus d'obstacle assez fort pour vous empêcher de l'accomplir. Ne vous laissez donc point aller au relâchement et à l'oisiveté ; Dieu ne vous ordonne rien de trop onéreux ; pour accomplir ce qu'il prescrit, il suffit de le vouloir. Si vous m'alléguez votre mauvaise habitude, je vous répondrai que. si vous la changez en une bonne, ce qui vous semblait auparavant impossible, vous deviendra dorénavant facile, et vous serez porté à la vertu avec non moins de force que vous l'étiez au vice ; par suite d'un exercice constant, faire le bien vous paraîtra même aussi naturel que de manger, boire, dormir et respirer, n II faut, par conséquent, adopter une forme régulière de vie excellente que l'habitude rendra agréable, comme le dit le grand orateur romain (Gicer. I lib. OfTic).
De plus, concevez une telle estime et une telle affection pour les préceptes et les conseils du Seigneur que, s'il vous
semble d'abord pénible et difficile de les observer, vous n'omettiez point et ne négligiez pas cependant de le faire, avec le secours et pour l'honneur du suprême Législateur; car que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas, vous ne pouvez échapper aux peines et aux tribulations qui assiègent continuellement notre carrière mortelle. « Sur la terre, dit saint Augustin, nul n'est exempt de craintes, de douleurs, de périls et d'angoisses ; mais il importe souverainement à chacun de savoir pour quel motif, de quelle manière et dans quel but il endure la souffrance. » — « Si nous n'acceptons pas pour l'amour de Jésus-Christ les maux qui nous assaillent, ajoute saint Chrysostôme (Hom. 77 in Matth.), nous ne les subirons pas moins nécessairement. En ne voulant pas recevoir la mort pour lui, parviendrez-vous mieux à vous en préserver ? ou en refusant d'abandonner vos richesses, réussirèz-vous jamais à les emporter au delà de la tombe? Dieu demande que vous donniez librement aujourd'hui ce que vous laisserez forcément un jour; il exige que vous consentiez à faire volontiers ce que vous devez faire inévitablement bon gré mal gré; en d'autres termes, il veut que vous fassiez, comme dit le proverbe, de nécessité vertu, afin de lui plaire. C'est donc justement qu'il s'éloigne de nous pour nous punir, parce que nous lui résistons toujours, tandis que lui-même s'offre partout à nous. Il semble en effet nous dire : Je suis pour vous comme un père, un ami, un frère, une sœur, une mère ; je suis tout ce que vous pouvez désirer de plus tendre, de plus affectueux et de plus dévoué. Pour tant de bonté je ne réclame qu'une seule chose, c'est que vous traitiez familièrement avec moi ; et puisque vous ne pouvez éviter la souffrance, ne refusez pas de la subir pour moi, comme j'ai daigné la subir pour vous, quoique j'eusse pu l'éviter. Pour vous j'ai
voulu être pauvre, pèlerin sur la terre, cloué à une croix, déposé dans un sépulcre, et au ciel j'intercède continuellement pour vous auprès du Père éternel qui m'avait envoyé vers vous dans le monde. Vous me tenez lieu de tout ; vous êtes mon frère, mon ami, le cohéritier de mon royaume éternel et le membre de mon propre corps ; que vous fautil de plus? Pourquoi fuyez -vous Celui qui vous aime tant? Pourquoi -/ous consumer sans fruit pour un monde trompeur ? A quoi sert de puiser l'eau avec un vase percé, de frapper l'air et de fendre la flamme ? A quoi bon courir après des chimères et poursuivre des fantômes? Eh bien! travailler pour la vie présente n'est pas autre chose: Vanité des vanités, et tout n'est que vanité, conclut le Sage (Eccl. T, 2). Humilions-nous à cette pensée, elforrons-nous désormais de devenir meilleurs, pour mériter la jouissance des biens éternels. » Ainsi parle saint Chrysostôme.
Les douze conseils évangéliques précédemment énumérés peuvent être comparés à douze ijierres précieuses. — 1° Le saphir, dont la couleur bleue rappelle la voûte azurée du firmament, est l'emblème de la pauvreté volontaire, qui détache l'homme de la terre pour l'élever jusqu'à la céleste patrie. On dit que le saphir a la vertu de tempérer la chaleur du corps et de donner plus de clarté à la vue ; il est en outre un spécifique contre l'esquinancie, contre l'ulcère très-malin appelé noii me tangerc, et en général contre tout abcès avec inflammation. Ainsi, la sainte pauvreté modère, dans ceux qui l'ont embrassée, les ardeurs de la cupidité, ou le désir des biens temporels qui enflamme le cœur des aveugles mondains ; en faisant regarder les richesses terrestres comme du fumier, elle porte l'âme h contempler les richesses spiritueUes avec des yeux limpides, purifiés de la poussière qui les obscurcissait ; elle est Irès-propre à dissi-
per l'enflure de l'esprit, à guérir la corruption du cœur, à détruire ou empêcher les effets pernicieux des différents vices. — 2° La topaze, qui par sa couleur jaune ressemble à l'or, est le symbole de l'obéissance ; car de même que sans l'or il n'y a point de peinture achevée, de même aussi il n'y a point de vertu parfaite sans l'obéissance. Sans elle, dit saint Augustin (Serm. de Obedient,), tout est vide ; avec elle tout est rempli de charité. Gomme la topaze calme les eaux en ébullition et réprime les accès de la colère, l'obéissance pareillement arrête l'impétuosité des passions et surmonte la violence des tentations qui pourraient troubler et perdre notre âme. — 3° L'émeraude représente la chasteté, parce qu'elle ne peut supporter aucun mélange de chose étrangère ; car elle se brise au seul contact de toute autre matière qu'on voudrait unir avec elle; aussi celui qui la porte sur soi éprouve de l'inclination pour la chasteté. De plus, l'émeraude surpasse tous les autres objets de même couleur par son vert tellement vif qu'il se reflète sur l'air ambiant, sans que ni le soleil, ni la lune, ni l'ombre ne lui fassent perdre son éclat toujours pur. La chasteté pareillement se distingue entre les autres vertus par sa verdeur ou vigueur spéciale qui rejaillit sur toutes ses compagnes -, de là paraît venir le nom de virginité donné à la continence parfaite dont rien ne peut ternir le lustre brillant, ni le îen brûlant d'aucune tentation, ni la vaine lueur de la gloire mondaine, ni la nuée obscure de la concupiscence charnelle. L'émeraude encore préserve de la foudre et guérit de l'épilepsie ; la chasteté aussi éloigne la tempête et la maladie des passions charnelles qui rendent l'homme comme caduc et hébété.
4° L'escarboucle figure la charité, en tant surtout que celle-ci s'exerce à l'égard des ennemis. Ce qu'est l'or entre
les métaux , cette pierre précieuse l'est par rapport aux autres dont elle réunit les diverses propriétés ; de même la charité l'emporte comme une reine sur les autres vertus qu'elle renferme toutes. Par sa couleur ardente, l'escarboucle ressemble à un charbon enflammé qui brille plus la nuit que le jour, dissipe l'obscurité et répand la lumière autour de lui ; ainsi, la charité jette plus d'éclat dans l'adversité que dans la prospérité, elle change même en jour d'allégresse la nuit des tribulations. L'escarboucle repousse et neutralise tout poison aérien et volatil , la charité détruit aussi, par sa bénignité, tout mal contagieux et pestilentiel que cherchent à répandre les ennemis de notre salut. — 5° L'améthyste est le symbole de la mansuétude. Cette pierre de couleur violette a la propriété d'adoucir le -sang , de rafraîchir le corps , et conséquemment d'empêcher l'ivresse ; de son côté, la mansuétude apaise les emportements de la colère, écarte les désirs de vengeance et délivre ainsi l'âme de l'ivresse causée par les passions qui l'entraînent au delà des bornes de la raison. En rendant de cette manière l'homme tranquille et pacifique, la mansuétude réprime les pensées mauvaises et donne de l'intelligence aux ignorants ; aussi saint Ambroise dit que l'homme doux est le vrai médecin du cœur, et le Psalmiste assure que le Seigneur enseignera ses voies à ceux qui sont doux comme il l'est lui-même (Psal. xxiv, 9). — 6° L'onyx est l'image de la miséricorde. Par sa couleur et sa forme, il ressemble aux ongles humains qui, étant placés au bout des doigts, désignent les œuvres poussées ou plus extrême degré. Or la miséricorde parfaite s'étend jusqu'aux dernières limites du possible, ou plutôt elle ne connaît point de bornes ; car elle n'est jamais xjleinement satisfaite, parce qu'elle veut toujours plus qu'elle ne peut. Appliqué
sur un œil malade, l'onyx, comme un être qui serait doué de sentiment, y entre de lui-même sans le blesser, en pénètre toutes les parties internes dont il fait sortir les humeurs pernicieuses ; ainsi, la tendre miséricorde s'introduit naturellement et sans violence dans le cœur sympathique qu'elle purifie de toutes ses souillures, suivant cette parole du Sauveur : Donnez l'aumône et tout deviendra pur pour vous (Luc. xr, 41). De môme que l'onyx fait disparaître les maladies de la peau et blanchit le visage, la miséricorde fait disparaître les taches du vice et lave la conscience ; car, selon la maxime du Sage: Comme l'eau éteint le feu; ainsi l'aumône efface le péché (Eccli. ni, 33). Saint Ghrysostôme ajoute que la bienfaisance ennoblit l'âme en donnant plus d'éclat à sa bonté.
7° Le jaspe est l'emblème de la simplicité dans les paroles. Par sa couleur verdoyante, semblable à celle d'une vigoureuse végétation, par- sa nature transparente, et par les veines rougeâtres dont elle est marquetée, cette pierre précieuse indique les qualités qui sont nécessaires pour rendre notre langage vraiment chrétien : il doit toujours produire quelque fruit, refléter notre véritable pensée et manifester notre charité fraternelle. Le jaspe sert de remède contre la fièvre, l'hydropisie et l'hémorrhagie ; de même la simplicité, par des paroles sans fiel, sans fraude et sans fard, calme la fièvre de la colère, empêche l'hydropisie de l'avarice et arrête l'hémorrliagie delà concupiscence charnelle. — 8° Le chrysoliLhe marque la fuite des occasions du péché. Cette pierre brille au soleil comme une étoile d'or ; et si on la jette dans le feu, elle en rejaillit avec force. De môme la prudence chrétienne brille comme un astre lumineux dans l'âme qu'elle dirige heureusement sur la mer orageuse de ce monde jusqu'au port du salut éternel, en lui faisant éviter
tout ce qui serait un écueil pour la vertu ; averti du danger, l'homme vraiment spirituel s'empresse de fuir à propos, comme il s'éloignerait d'un brasier ardent. Éviter ainsi le péril d'offenser Dieu est l'effet d'une insigne prévoyance, tandis que rechercher les circonstances pour commettre le mal est le propre d'une extrême démence ; et si l'on dit que le chrysolithe chasse la folie et donne la sagesse, c'est sans doute à cause de l'utile leçon que nous fournit son exemple. — 9° Le béryl représente la droiture ou pureté d'intention dans les bonnes œuvres que nous faisons. Ce précieux minéral, de couleur pâle et diaphane, est principalement estimé, lorsqu'il n'a point à l'intérieur de tache ou de souillure ; nos bonnes œuvres également doivent être comme blanches et transpai'entes, c'est-à-dire spirituelles et édifiantes, de façon que, en les voyant, les autres hommes soient portés à glorifier Dieu ; mais pour que ces œuvres soient louables et méritoires, elles doivent être faites avec une intention droite et pure de telle sorte qu'il n'y ait dans le cœur aucun motif vicieux et déréglé. Lorsqu'il est de forme ronde, le béryl, exposé au soleil, rallume les charbons éteints : de même quand elle est accomplie d'une manière parfaite sous tous rapports, la bonne œuvre, entièrement dirigée vers la lumière divine, fait revivre les œuvres précédentes que le péché avait frappées de stérilité ; elle commvmique en outre son ardeur aux autres hommes qui étaient morts spirituellement; car, parle bon exemple qu'elle donne aux pécheurs, elle les excite au repentir.
10» Le lyncure désigne la conformité de la conduite avec la doctrine. Il tire son nom de ce que, d'après Pline le naturaliste, il est formé par le changement en pierre du liquide que sécrète le lynx. Sous le rapport de la vue perçante, on peut comparer au lynx le docteur ou prédicateur
catholique dont les regards intellectuels pénètrent les profonds mystères de la foi chrétienne. Il faut que d'abord il se remplisse et se nourrisse de la céleste doctrine, qu'il la rumine et la digère par l'étude et la méditatipn, qu'il se l'incorpore enfin par la pratique. Après s'être assimilé ce qu'elle a de plus pur et deplussubstantiel, il pourra, comme de l'abondance de sa vie, la répandre, ainsi qu'mie précieuse liqueur, pour le profit spirituel du prochain. Mais celui qui commence par instruire les autres avant de pratiquer lui-même ce qu'il enseigne, n'agit p^s comme un homme raisonnable, parce qu'il met ses mœurs en contradiction avec sa croyance. Le lyncure est utile dans la constipation pour faciliter les évacuations; de même lorsque certains pécheurs ne peuvent, par la confession, se débarrasser de leurs inclinations vicieuses, ils trouvent souvent leur remède dans la prédication d'un homme exemplaire dont la vie sainte les touche plus efîicacement que son enseignement lui-même. — 1 1° L'agate figure le dégagement de toute sollicitude pour les choses temporelles. La couleur noire de cette pierre marque l'humilité et le mépris du monde, deux dispositions où se trouvent ceux qui ont renoncé aux biens terrestres. Mais, comme dans cette vie personne ne peut être complètement afi'ranchi de tout soin matériel, à cause des nécessités naturelles du corps humain qu'il faut sustenter et vêtir, une certaine sollicitude, sage et modérée, est permise même à ceux qui marchent dans la voie de la perfection ; c'est ce que signifient les veines blanches dont l'agate est parsemée. Cette pierre sert d'antidote, elle apaise la soif et conserve la vue ; ainsi l'éloignement de toute vaine sollicitude neutralise l'influence pernicieuse des occupations séculières ; car tout ce qui est mondain étant venimeux , il est bien difficile que le contact n'en soit point nuisible à l'âme. De plus l'attache
excessive aux Liens présents excite dans le cœur une soif insatiable comme celle de l'avare qui ne dit jamais : C'est assez. Mais quiconque a banni de soi toute inquiétude à ce sujet est délivré d'un pareil tourment ; son intelligence se fortifie d'autant plus pour contempler les choses spirituelles que lui-même se dégage davantage des temporelles. — 12° La sardoine, par sa couleur d'un rouge terne, est l'image de la correction fraternelle qui doit être faite avec une charité mêlée de compassion ; car la douleur que l'on éprouve, en voyant la faute du prochain, assombrit l'amour que l'on ressent à son égard. On prétend que la sardoine arrête le flux de sang, excite la gaieté et aiguise l'esprit ; la correction fraternelle produit sur l'âme des effets analogues, elle interrompt le cours des péchés, éclaire l'intelligence et cause la joie de celui qui sait en profiter.
Prière.
Seigneur Jésus, mon Roi et mon Dieu, vous qui avez formé puis réparé mon être, vous qui. pour me conduire m'avez donné non-seulement des préceptes mais aussi des conseils, établissez et affermissez en moi votre règne. Que cette bonté et cet amour qui vous ont porté à me créer et ensuite à me racheter vous excitent à me diriger dans toutes mes voies; car que me servirait d'avoir été façonné de vos mains et reformé par vos soins, si votre droite ne me soutenait et ne me guidaildans le chemindela justice et du salut éternel? Régissez donc toutes mes puissances, Maître souverain et Législateur suprême, afin que, sous votre empire et avec votre secours, je puisse joyeusement accomplir tout ce qui fait l'objet de vos adorables volontés ou même simplement de vos justes désirs. Ainsi soit-il.