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abusé de ses biens, c'est-à-dire pour avoir dépensé sa fortune en choses illicites et superflues, prostitué son corps à des délectations grossières et souillé son âme d'affections impures. Ces différents biens sont en môme temps à Dieu auquel tout appartient et à l'homme auquel ils profitent (Luc. XVI, 1). Or, le maître qui mande son intendant, c'est Dieu qui rappelle l'homme à lui-même, soit par des inspirations intérieures ou des prédications extérieures, soit par des bienfaits éclatants ou divers châtiments, soit enfin par la menace terrible de la damnation éternelle. Et il lui dit, en le corrigeant et l'avertissant dès cette vie : Qu'entends-je dire de toi, dispensateur de mes biens ? Rends compte de ton administration, Q\. avant de mourir pense à régler tes actions ; car il faut que ce compte soit rendu en cette vie ou dans l'autre. Mais après ta mort, tu ne pourras plus exercer d'administration ou accomplir quelque bonne œuvre. Dès lors, en effet, nul ne pourra satisfaire à la justice de Dieu avec les biens de la fortune, du corps ou de l'âme, par le moyen de l'aumône, du jeûne ou de la prière (Ibid. 2).
Les trois paroles que le Seigneur adresse ici au pécheur doivent nous faire trembler, de sorte que, si elles étaient toujours présentes à notre esprit, nous ne pécherions jamais. — La première est une sévère réprimande, exprimée en ces termes : Qu'cntends-je dire à ton sujet ? Toi que j'ai comblé de grâces précieuses et prévenu d'abondantes bénédictions, serais-tu devenu le dissipateur des trésors, dont je t'avais établi le dispensateur ? Qu'cntends-je en effet ? Un cri s'élève de la terre pour te reprocher des ci'imes horribles, des vices invétérés ; on t'accuse d'avoir dilapidé de grands biens, parce que tu as mal usé de ta fortune, prostitué ton corps et souillé ton âme. — La seconde parole est une sommation redoutable ainsi conçue : Rends compte de ton administra-
tion. Pour l'homme qui se sent coupable, quelle angoisse et quel tourment de voir sa conduite passée soumise à une rigoureuse discussion ! Or telle sera l'effrayante condition à laquelle nous serons réduits, quand Jésus-Christ viendra nous demander raison de nos sentiments même les plus secrets, de nos discours oiseux, et de toutes nos actions. Alors seront brisés les sceaux des livres célestes ; alors sera ouvert le livre de notre conscience dans leijuel est inscrit tout ce que nous avons pensé, dit ou fait ; alors notre vie entière sera publiquement dévoilée et tout sera soigneusement examiné. — La troisième parole est une sentence douloureuse signifiée par les mots suivants : Dorénavant tu ne pourras plus exercer d' administration. En effet, dans la vie future, l'homme n'a plus de domaine à exploiter, en sorte qu'il devient incapable de mériter ou démériter. L'âme éprouve donc un regret amer, lorsque, à l'approche de la mort, elle s'entend dire : Tu ne pourras rien faire valoir désormais. C'est alors qu'elle n'hésiterait pas à donner le moude entier afin d'obtenir une heure pour faire pénitence et accomplir quelque bien; mais ce court moment de sursis ne lui sera pas accordé, parce que le temps est arrivé de rendre compte et non pas de remplir quelque fonction. N'oublions pas cette triple parole du souverain Juge, et pour ne pas subir une condamnation éternelle, efforçonsnous do le calmer avant de comparaître devant son tribunal redoutable.
Craignant d'être traîné par la mort au jugement de Dieu pour rendre compte de sa conduite, V intendant se dit à luimême ; il se parle et se consulte, car il est abandonné à sa seule prudence, parce qu'il ne trouve point d'amis pour lui donner conseil: Que faire? mon Maître va m'ôter l'administration ^ et m'enlever le soin de tous ses domaines ;
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je suis sur le point de perdre tout, fortune, corps et âme (Luc. XVI, 3). Il arrive souvent ainsi que l'appréhension de la mort ramène les hommes au repentir de leurs anciennes infidélités et à la considération de leurs destinées éternelles. A l'exemple de Job, le pécheur doit toujours se demander : Quand Dieu se lèvera pour me juger, que ferai-je? et lorsqu'il nCinterrogera, que lui répo7idr a i-je {Job. xxxi, 14)? Sachant bien que, pour se disculper devant le Juge suprême, des discours persuasifs ne suffisent pas, mais qu'il faut des actes vertueux, l'intendant se demande donc: Que ferai-je? et non simplement, que dirai-je ? Je ne puis bâcher la terre et j'ai honte de mendier; c'est-à-dire, je ne saurais, par mon propre travail et par une dure pénitence, expier ma vie coupable et mériter la vie bienheureuse ; en outre, je rougirais de m'abaisser à d'humbles prières et à de fréquentes supplications pour réclamer des secours spirituels, au lieu d'employer mes biens temporels. Néanmoins, afin d'éviter la damnation éternelle il est encore temps d'agir, mais bientôt il sera trop tard ; car après la mort l'âme ne peut rien faire pour son salut. En effet, selon saint Ghrysostôme, la vie présente nous est donnée pour accomplir la loi divine et la vie future pour jouir de la récompense céleste. Si donc nous n'exerçons aucune bonne œuvre en ce monde, nous attendons vainement quelque consolation en l'autre. Le bonheur que nous ne cherchons pas à mériter par nos efforts personnels, n'espérons pas l'obtenir par les suffrages étrangers que nous sollicitons : témoin les vierges folles qui demandèrent, sans succès, de l'huile aux vierges sages -, témoin le mauvais riche qui, malgré ses instances, ne reçut pas une seule goutte d'eau.
Je sais bien ce que je ferai, ajouta lintoiidant (Luc. xvr, 4). Avant qu'une sentence de mort ne m'enlève la charge de
mon administration, je remettrai aux débiteurs de mon maître une partie de leurs dettes, en leur distribuant une partie de seshiens, a fin que ^ quand je, itérai dépouillé de mes fonctions, c'est-à-dire privé de la vie temporelle, ils m'admettent dans leurs demeures et m'introduisent dans la vie éternelle par leurs suffrages et leurs mérites ; de cette manière je ne serai point contraint de cultiver la terre ou de demander Taumône inutilement. Au ciel, en effet, comme le Sauveur l'a déclaré, il y a de nombreuses demeures, à cause des divers degrés de récompense (Joan, xiv, 2). Dans ces demeures nul ne peut entrer que par la porte de la miséricorde spirituelle ou corporelle ; c'est ce que signifiaient les deux petites portes que Salomon fit construire en bois d'olivier, à l'entrée du Saint des saints ; car l'huile que produit l'olivier est le symbole de la miséiicorde. Remarquons aussi que ces demeures célestes appartiennent aux pauvres à qui elles sont données, d'après cette parole du Sauveur : Le royaume des cieux est le partage des pauvres selon l'esprit (Matth. v, 3). Si donc les riches veulent acquérir ce royaume, ils doivent l'acheter aux pauvres qui en sont les véritables possesseurs ; car tandis que les habitations des riches sont sur la terre, celles des pauvres sont dans le ciel. Que les riches accueillent donc volontiers les pauvres dans leurs maisons d'ici-bas, afin que les pauvres à leur tour les admettent dans leurs maisons d'en-haut. De là le mot de saint Augustin : Donnez la terre et vous recevrez le ciel. Rappelons-nous à ce sujet que l'homme doit employer à l'honneur de son divin Maître les fruits différents des trois domaines confiés à sa garde. En effet, il doit appliquer son corps aux jeûnes, aux veilles et à d'autres travaux de pénitence ou de zèle, en sorte qu'il fasse un saint usage des avantages physiques, comme sont la santé, la force et la
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beauté. Mais si, à l'exemple de l'inlendant qui disait : Je ne saurais cultiver la terre ^ quelqu'un ne peut soutenir les fatigues matérielles, il doit du moins appliquer les facultés de son âme, l'amour, l'intelligence et la mémoire, à la pratique de l'oraison, à la méditation de la loi divine et au pardon de tous ses ennemis, afin de suppléer par des exercices spirituels aux austérités corporelles qui lui manquent. De plus, si, comme l'intendant qui ajoutait : J'ai honte de mendier, il éprouve de la répugnance pour prier parce qu'il ne sait point le faire ou pour autre raison, il ne lui reste qu'à distribuer en aumônes les biens de sa fortune pour compenser le tribut de l'âme et du corps qu'il ne peut acquitter. Ainsi le jeûne qui sacrifie les biens du corps, la prière qui offre les biens de l'âme, et l'aumône qui donne les biens de la fortune, telles sont les œuvres principales de pénitence, de religion et de charité qui nous procurent la vie éternelle. L'intendant fit donc venir chacun des débiteurs de son Seigneur (Luc. xvi, 5 etseq.). Comme les religieux et les pauvres, quelque justes qu'ils soient, sont aussi les débiteurs de Dieu, il pratiqua la miséricorde envers eux au moyen des biens temporels qui lui étaient confiés, en leur donnant l'huile et le froment, c'est-à-dire en compatissant à leurs maux et en subvenant à leurs besoins. Faisons de même, puisque cette parabole a été proposée pour nous servir d'exemple : donnons aux affligés et aux indigents l'huile de la compassion intérieure et le froment de l'assistance extérieure ; car nous ne sommes point les maîtres mais les dispensateurs des biens que Dieu nous a chargés de communiquer à nos semblables. En faisant aux créanciers une remise plus considérable d'huile que de froment, l'intendant signifiait que nous devons compatir par affection plus encore que nous ne pouvons prêter assistance aux misères du pro-
chain. Aussi, ce serviteur bien qu'infidèle fut loué par son propre maître, non pas de la fraude qu'il avait commise, mais de la prudence qu'il avait montrée au point de vue mondain, en se préparant des amis pour le temps de la disgrâce prochaine ; car la prévoyance est un effet de la prudence. 11 avait agi d'une manière adroite pour son intérêt temporel, quoique d'une façon inique envers son maître particulier. Les riches du monde méritent également d'être loués, non pas de ce que, par une funeste illusion, ils se livrent à des actes illicites; mais de ce que, par une sage conversion, ils appliquent leurs biens à des œuvres pies, afin de se ménager des ressources pour l'éternité ; car la miséricorde est la seule compagne qui reste à l'homme après la mort, comme le dit saint Ambroise.
L'intendant semble avoir été applaudi non-seulement par son maître particulier, mais encore par le souverain Maître de l'univers qui le proposa comme exemple à ses disciples, en ajoutant (Luc. xvi, 8) : Ainsi donc les enfants de ce siècle ou les partisans du monde sont plus Jiabiles dans leurs «T/aiVe^ temporelles, pour lesquelles il leur semble être nés, que les enfants de la lumière ow les serviteurs de Dieu dans les affaires spirituelles. Les premiers se montrent plus ingénieux et plus ardents pour le mal que les seconds pour le bien; car c'est à peine si quelques hommes déploient autant d'industrie et d'activité pour acquérir les biens célestes et permanents que beaucoup d'autres pour obtenir des biens terrestres et passagers. Afin de posséder quelque temps ces dernières richesses, on veille, on travaille, on se prive, on §e préoccupe nuit et jour ; et on ne se lasse point de les accumuler par tous les moyens possibles. Mais, comme le chat et le hibou se dirigent mieux dans la nuit que l'homme, ainsi les mondains ont les yeux plus clairvoyants pour sa-
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tisfaire leurs passions que les justes pour pratiquer les vertus. Que ceux-ci rougissent donc d'être surpassés de la sorte par ceux-là ; l'intendant leur est présenté comme modèle, pour qu'ils imitent non point son infidélité et sa fraude, maie sa prévoyance et saprudence. Le Vénérable Bède dit à ce propos (in cap. xvi Luc.) : « Que les enfants du siècle apprennent à mépriser comme une folie réelle leur prétendue sagesse, d'après le jugement infaillible qu'en a porté le Verbe divin ; car il ne les déclare pas prudents en vérité, mais simplement en leur genre (in generatione sua). Aussi, il a prononcé contre eux ce terrible anathème par l'organe de son Prophète (Is. v, 21): Malheur à vous qui croyez être sages et qui vous regardez cou me prudents ! En outre, lorsqu'il appelle c;?/an^s de la Imnière les zélateurs de la vie éternelle, il dénonce par là même comme enfants de ténèbres les amateurs de la vie présente qui sont intelligents pour faire le mal, mais qui ne savent pas faire le bien. Les uns sont nommés enfants de la lumière et les autres enfants de ce siècle, d'après l'usage propre aux anciens Juifs de qualifier les différents hommes comme fils de ceux auxquels ils appartiennent par quelque titre. » Ainsi parle le Vénérable Bède. « Malheur à nous ! ajoute saint Jérôme (ad Hebidium): nous sommesde feu pourles chosesde la terre, et déglace pour celles de l'éternité; les plus petites choses excitent en nous de vifs transports, tandis que les plus grandes ne trouvent en nous qu'une paresseuse indifférence ; nous ne cessons de rechercher ce qui doit [)roraptement finir, au lieu que nous dédaignons et que nous négligeons follement les biens célestes et les honneurs immortels. »
Distinguons ici une triple sagesse, selon qu'elle est charnelle, mondaine ou divine. — La première toute charnelle est très-nuisible ; telle est celle des avares pour amasser des
trésors, celle des orgueilleux pour conquérir des honneurs et celle des voluptueux pour jouir des délices, [/ne pareille sagesse ne vietU pas d'en haut^ dit saint Jacques (m, 15) ; car elle est terrestre dans les avares, animale dans les voluptueux et diabolique dânsles orgueilleux. Relativement à cette espèce de sagesse, les enfants du siècle sont plus prudents que les enfants de la lumière , car ceux-ci la détestent et la fuient avec soin. — Une seconde sagesse, qui est mondaine et superflue, s'occupe de choses qui n'importent pas au salut ; telle est celle des philosophes, des physiciens et des légistes. A l'égard de cette sagesse, souvent les enfants du siècle sont plus prudents que les enfants de la lumière ; caries hommes spirituels ne se passionnent point pour des sciences semblables. — Une troisième sagesse qui est divine et nécessaire s'applique aux choses qui intéressent le salut ; elle consiste dans une connaissance véritable de Dieu et du bien. Par rapport à cette sagesse sublime, les enfants de la lumière sont plus prudents que les enfants de ce siède ; bien plus, dans les choses surnaturelles, les enfants de ce siècle paraissent être comme des aveugles et des insensés, au lieu que les enfants de la lumière sont très-clairvoyants et intelligents.
Pendant cette vie, on ne peut pas toujours distinguer par des marques évidentes quels sont les enfants de ce siècle et ceux de la lumière ; mais on peut du moins les reconnaître d'après deux conjectures. — D'abord quant aux enfants de ce siècle, une première conjectuie se tire de ce que communément le fils a les inclinations et les habitudes de son père; lors donc qu'une personne est toute mondaine et portée vers les choses du siècle, c'est un signe qu'elle doit être comptée parmi les enfants du siècle. Une seconde conjecture se prend de ce que le fils emploie les armes de son père ; ainsi celui