CHAPITRE LV
Malth. x, 40-42 ; xi, l. — Marc, ix, 40. — Luc. x, 16. — Joan. Jtln, 20.
Le Seigneur vient d'arracher ses disciples à leurs amis et à leurs biens temporels ; pour les consoler de cette double
séparation, il leur présente d'autres personnes qui les recevront dans leurs demeures pour l'amour de Dieu, et qui fourniront à leurs besoins par l'espoir d'une récompense éternelle. Celui qui vous reçoit corporellement, me reçoit spirituellement ; et celai qui me reçoit, reçoit Celui qui nia envoyé (Matth. x, 40). Il dit la même chose ailleurs (Joan. xin, 20): Quiconque reçoit celui que j'aurai envotjé, me reçoit; et qui me reçoit, reçoit Celui qui nia envoyé. En effet, comme vous êtes mes membres, je suis en vous de telle sorte que celui qui vous reçoit, me reçoit. Comme aussi mon Père et moi nous sommes la même chose (Joan. x, 30), de façon que je suis en mon Père et que mon Père est en moi, celui qui me reçoit dans mes membres, reçoit Celui qui m'a envoyé, c'est-à-dire mon Père, et par conséquent aussi le Saint-Esprit habitant par la grâce dans l'âme de celui qui le reçoit avec le Père et le Fils. D'où il résulte que accueillir et honorer le messager de Dieu, c'est accueillir et honorer le Père et le Fils et toute la Trinité; mais au contraire outrager le ministre du Seigneur, c'est outrager le Dieu toutpuissant et l'indivisible Trinité. Voilà certes une grande récompense, de devenir la demeure de toute la Trinité pour avoir donné l'hospitalité à un pur homme. En montrant ainsi la sublime récompense qu'ils recevront, Jésus-Christ exhorte les hommes à recevoir ses disciples et ses délégués. « Regardant ce qu'on leur donne comme s'il était donné à luimême, dit saint Chrysostôme (Hom. 26 Oper. imper.), de leur personne il fait sa propre personne, pour exciter tout le peuple chrétien à les admettre. » — Prédicateurs et disciples de Jésus-Christ, étudiez-vous donc à vous montrer tels que les autres hommes, animés par l'exemple de vos bonnes œuvres, vous accordent plus volontiers les bienfaits de la charité. Un jour, dans son discours, un prédicateur se
plaignait vivement que presque tous les hommes manquaient de charité et d'affection pour Dieu et pour ses saints, à tel point que, si Jésus-Christ revenait en cejnonde, il n'y retrouverait plus une Marthe pour lui rendre comme autrefois des services empressés. Après le sermon, une dame pieuse, allant trouver le prédicateur, lui dit avec une certaine émotion : Mon père, si Marthe trouvait aujourd'hui un Jésus-Christ comme autrefois, Jésus-Christ trouverait encore une Marthe ; voulant dire par laque si certains prédicateurs étaient ce qu'ils devraient être; ils ne manqueraient pas d'être assistés par des personnes dévouées.
Pour engager chaque fidèle à recevoir ses disciples comme lui-même, Jésus-Christ ajoute : Celui qui reçoit un prophète ou un juste, non pas simplement comme un personnage quelconque, ni comme un ami ou un compatriote ; non pas par affection de la chair ou du sang ; non pas à cause de la parenté ou de l'affinité; non pas pour un gain ou un avantage temporel ; mais en sa qualité de prophète ou de juste, comme ministre ou serviteur de Dieu, parce qu'il annonce la foi en Jésus-Christ ou parce qu'il faitdes œuvres de justice, celui-là recevra de Dieu, qui est l'auteur de la prophétie et de la justification, la récompense du prophète ou dujuste.On peut en effet recevoir quelqu'un par un double motif, ou comme prophète, c'est-à-dire à cause de sa doctrine révélée ; ou comme juste, c'est-à-dire à cause de sa bonne vie. Or, celui-là recevra justement la récompense du prophète et du juste, qui possède un tel amour de la prophétie et de la justice, que, par sa dévotion, il assiste tous les hommes dans lesquels il reconnaît le caractère de la prophétie ou de la justice. Car il s'associe en quelque sorte à leurs fonctions de prophète et participe à leurs œuvres de justice, en les soutenant par ses largesses de peur qu'ils ne tombent dans
l'indigence. En leur donnant ainsi les Liens temporels, il devient leur collaborateur et leur coopérateur dans la distribution des biens spirituels qu'ils communiquent aux autres hommes ; voilà pourquoi devant Dieu il sera participant de leur mérite et de leur récompense. De même celui qui respecte et admet les prêtres au nom de Jésus-Christ et parce qu'ils sont prêtres, partagera la rémunération due au sacerdoce. Ainsi, celui qui accueille les ministres ou hommes de Dieu avec foi, obtiendra pour cet accueil qu'il leur fait, la même rémunération que le prophète pour son ministère, que le juste pour sa vertu, que le prêtre pour son sacerdoce ; il pourra même obtenir une récompense parfaitement égale à la leur, s'il agit avec une charité égale à celle dont ils sont animés. D'après saint Chrysostôme (Hom. 26 Oper. imp.): « Il faut comprendre ici tous les prédicateurs sous le nom de prophète, et tous les Chrétiens sous celui de juste. Or la récompense de celui qui voyage ou travaille pour l'amour de Dieu, appartiendra aussi à celui qui le reçoit ou le sustente pour l'amour de Dieu ; tous les deux ont des droits égaux. Ainsi, avez-vous accueilli un prêtre ? Vous serez rétribué comme un prêtre. Avez-vous accueilli un pieux laïque? Vous serez rétribué comme un pieux laïque. »
Si vous avez en abondance, donnez à tout indigent qui sollicite du secours ; donnez sans acception de personnes, au nom de la nature ou delà grâce, mais jamais pour favoriser le péché. Si vous ne pouvez suffire à tous, contentez-vous de donner au nom de la grâce, d'après cette maxime : Que votre aumône demeure à regret dans votre main, jusqu'à ce que vous ayez trouvé un juste (Eccli. xxix, 15, juxta version, antiquam). Néar moins, dans la nécessité extrême, donnez à quiconque meurt de faim, sans quoi vous seriez homicide.— Selon saint Jérôme (in cap. 10 Matth.), de peur que quel-
qu'un n'alléguât sa pauvreté pour excuse, en disant : La pauvreté ne me permet pas d'exercer l'hospitalité, le Sauveur détruisit cette excuse par un précepte qu'il énonça en ces termes (Matth.x, 42) : Quiconque donnera à boire tout simplement je ne dis pas à plusieurs, mais à un seul ; je ne dis pas à un des plus grands, mais des plus petits ; non pas une cruche, mais un verre non de vin, mais d'eau, non pas chaude, mais froide ; quiconque donnera ce verre d'eau froide, à quelqu'un en qualité démon disciple, par cette considération qu'il enseigne la foi chrétienne ; je vous le dis en vérité, je vous le promets et vous l'assure, comptez sur ma parole, il ne perdra point la récompense que lui a méritée sa bonne intention plutôt que son acte ; car ce n'est pas seulement pour un grand service, mais pour le plus petit que sera récompensé celui qui vous aura secourus comme étant mes disciples. Jésus-Christ ne parle ici que d'eau froide, afin que personne ne se croie dispensé d'exercer la miséricorde à cause de son indigence ; car s'il avait parlé d'eau chaude on aurait pu prétexter le manque de hois ; par conséquent celui qui ne peut faire chauffer de l'eau, doit au moins en donner de la froide à celui qui demande à boire. Ainsi, l'homme le plus pauvre peut accomplir quelques œuvres de charité, puisqu'il jjeut donner un verre d'eau froide. Dans ce que l'on donne pour lui, Jésus-Christ estime moins la grandeur de la chose que la grandeur de l'affection ; il considère plutôt le motif que l'objet du don, bien qu'il tienne compte de l'un et de l'autre. Dieu est vraiment un juge équitable, dit saint Chrysostôme (Hom. 26 Oper. imp.) : Il a établi une peine pour une parole oiseuse ; mais par une juste compensation, il a promis une récompense pour un peu d'eau froide donnée en son nom. Il ne demande que de l'eau froide pour ne pas même obliger à la faire
chauffer ; et il récompense, non pas pour la grandeur de ce qu'on donne, mais pour la grandeur de Celui au nom duquel on donne. En effet, si un homme a l'intention de donner plus qu'il en a le pouvoir, est-il juste que le mérite de sa volonté si généreuse soit circonscrit dans les limites de son acte si restreint ? Ne vaut-il pas mieux voir la valeur de son acte s'étendre à raison de sa volonté, que de voir la grandeur de sa volonté se rapetisser aux étroites dimensions de son acte ? Ainsi le Sauveur encourage les pauvres qui veulent faire du bien, et rend inexcusables ceux qui ne veulent pas en faire ; puisqu'il a fixé une récompense pour un verre d'eau froide, je ne doute point qu'il récompense aussi la bonne volonté impuissante à produire son effet désiré. » Ainsi parle saint Chrysostôme.
Le Sauveur distingue parmi ceux que nous devons recevoir, trois sortes de personnes ; le prophète, le juste et le plus petit disciple. Dans le prophète se trouve la prérogative de la doctrine, dans le juste la prérogative de la vie irréprochable, et dans le jjIus petit disciple la prérogative des œuvres surérogatoires ; car, d'après la Glose, les plus petits sont ceux qui ne possèdent absolument rien des biens de ce monde et qui mériteront ainsi d'être un jour juges avec Jésus-Christ. Le Sauveur parle en dernier lieu de la réception des disciples parce qu'il se proposait surtout de tirer cette conclusion : l'imitation du Maître est plus parfaite dans le disciple que dans le prophète ou dans le juste ; si donc ceux qui reçoivent le prophète et le juste seront récompensés, à plus forte raison le seront ceux qui recevront les disciples de Jésus-Christ. Recevons donc de grand cœur les disciples au nom de Jésus-Christ qui ne laisse pas sans rémunération les moindres bienfaits. Ce qu'on fait à ses fidèles serviteurs, il le regarde comme fait à lui-même, le
bien comme le mal ; le mal, comme le prouvent les paroles qu'il adressait à saint Paul avant sa conversion : Saul, Saul, pourquoi est-ce que tu me persécutes dans mes fidèles seiviteurs(Act. ix, 4) ? le bien, comme le prouvent les textes précédents : Celui qui vous reçoit, me reçoit, etc. Voilà pourquoi saint Benoît dit dans sa Règle : « Recevez tous les hôtes qui vous arrivent les regardant comme Jésus-Christ; parce qu'il vous dira lui-même un jour : J'ai été étranger et vous m'avez reçu (Matth. xxv, 35). Devant tous les hôtes qui viennent ou qui partent, inclinez la tête, et honorez en eux Jésus- Christ que vous recevez en leurs personnes. Accueillez avec une attention et une sollicitude spéciales les pauvres et les pèlerins, parce qu'en eux particulièrement vous recevez Jésus- Christ. Mais avant tout, et par dessus tout, ayez soin des malades et servez-les comme Jésus-Christ lui-même, parce qu'il a dit : J'ai été infirme et vous m'avez visité. Et : Ce que vous avez fait à un de mes plus petits disciples, vous me Vavez fait à moi-même. » Ainsi parle saint Benoît. Prenez donc garde, dit saint Clirysostôme (Hom. 34, in Gènes.), d'être difficiles pour admettre des hôtes, de crainte qu'après cette vie Dieu ne refuse de vous admettre parmi ses Saints. Ensuite le Sauveur, pour faire estimer l'obéissance, dit à ses disciples (Luc. x, 16) : Celui qui vous écoute, m'écoute ; celui qui vous méprise, me méprise; et celui qui me méprise en vous, méprise Celui qui m'a envoyé, savoir mon Père, parce que mon Père et moi nous sommes une même chose (Joan. x, 30). Le Seigneur veut nous montrer ici que nous devons écouter avecrespect etdévotionladoctrine de sesdisciples, au moins à cause de Dieu, le principal auteur de cette doctrine ; car Jésus-Christ est dans ses disciples, le Père dans le Fils et le Fils dans le Père, en sorte que l'hommage ou le mépris à l'égard de l'un rejaillit sur les autres. En entendant
les prédicateurs de l'Évangile, rappelez- vous donc que vous n'écoutez pas ou que vous ne méprisez pas des hommes vulgaires quelconques, mais le divin Sauveur lui-même avec son Père céleste. Car c'est le Maître qu'on entend dans le disciple et c'est le Père qu'on honore dans le Fils. Vous qui dédaignez d'écouter les prêtres, et d'acquiescer à leurs exhortations, au moins ne dédaignez pas d'écouter Dieu et d'acquiescer à ses paroles. S'il vous déplaît d'entendre les instructions des prêtres, rappelez-vous que par leur organe le Seigneur vous instruit, vous avertit et vous ramène à la vie. Voulez-vous, dit saint Paul, connaître la vertu de Jésus- Christ qui parle par ma bouche (II Cor. xm, 3) ? Gardezvous donc de mépriser les disciples et les envoyés de Jésus- Christ, ou plutôt Jésus-Christ lui-même dans leurs personnes. Le Seigneur nous apprend ainsi à obéir aux préceptes de l'Église et des supérieurs, parce que leur désobéir serait faire injure à Dieu même. Dans ceux qui nous sont envoyés ou préposés, considérons Celui qui les a envoyés ou préposés ; dans Pierre voyons Jésus -Christ, c'est-à-dire le Maître dans le serviteur ; dans Jésus-Christ regardons le Père, c'est-à-dire dans le Fils unique Celui dont il est éternellement engendré. De la sorte, nous devons obéir à Dieu et au supérieur, non-seulement en ce qu'ils ordonnent ou enseignent d'une manière formelle, mais aussi en ce que nous savons être conforme à leur volonté ou à leur désir.
« Il est d'une grande utilité pour l'homme, dit saint Augustin (Serai, de Obedientiaj d'obéir à Dieu sans connaître le motif de son ordre; car, lorsque Dieu commande une chose il fait tourner sa volonté à notre bien, de sorte que son commandement ne peut pas nous être nuisible ; mais notre volonté propre, si nous la préférons orgueilleusement à la volonté de notre supérieur, ne peul que nous accabler sous le poids
d'une grande ruine. Le même saint Docteur dit ailleurs : Les hommes font leur volonté et non celle de Dieu, quand ils font ce qu'ils désirent sans se- proposer de faire ce que Dieu leur commande ; mais quand ils font ainsi ce qu'ils désirent, tout en accomplissant leur volonté, ils accomplissent néanmoins la volonté de Celui qui prépare et ordonne l'exécution de leurs désirs. Faites volontiers ce qui vous est commandé, et vous ferez ainsi ce que vous voulez, tout en ne cherchant pas à faire votre volonté mais plutôt la volonté de Celui qui vous commande. » — Saint Bernard dit à ce sujet (Serin. 3, de Resurrectione Domini) : « Rien n'éteint en nous l'esprit de discernement comme la volonté propre. Par volonté propre j'entends celle qui n'est pas commune à Dieu et aux hommes, mais qui nous est personnelle; elle a lieu, lorsque dans nos actes nous ne nous proposons pas l'honneur de Dieu, ou l'utilité du prochain, mais notre propre satisfaction. A cette volonté est opposée la charité qui est Dieu. Aussi, qu'est-ce que Dieu hait ou punit, sinon la volonté propre ? Supprimez la volonté propre, il n'y aura plus d'enfer. » — « Vos vertus, dit saint Jérôme (in Epist.), s'agrandissent en raison de ce que vous enlevez à votre volonté. Ne comptez donc pas sur vos prières et vos œuvres privées, si en les faisant vous méprisez les ordres de vos supérieurs. » Selon saint Augustin, une seule prière d'un homme obéissant est bien plus vite exaucée que dix mille prières de celui qui méprise la volonté de ses supérieurs. « La volonté propre est un grand mal, dit saint Bernard (Serm. 11 in Gant.), puisque par elle vos bonnes œuvres ne sont plus pour vous des œuvres bonnes. »
Mais quand est-ce que l'obéissance est plus ou moins méritoire? Saint Grégoire nous l'explique en disant (Lib. 35
Moral, xi) : « Quelquefois l'obéissance a quelque chose d'elle-même, et n'a point de mérite ; d'autrefois l'obéissance n'a rien d'elle-même, et n'a que peu de mérite. En effet, si ce qu'on nous commande a pour but d'obtenir un succès éclatant ou une position élevée, nous perdons le mérite de l'obéissance, lorsque nous recherchons les biens qui en sont l'objet par le mouvement de notre propre ambition ; car alors ce n'est plus la vertu qui nous dirige, mais c'est la passion qui nous domine. Si, tout au contraire,il nous est commandé de supporter les mépris et les outrages, nous diminuons le mérite de l'obéissance lorsque nous n'acceptons pas ces humiliations avec gaieté de cœur, mais par contrainte. Ainsi, l'obéissance doit avoir quelque chose d'elle-même dans l'adversité, tandis que dans la prospérité elle ne doit rien avoir d'elle-même ;dans l'adversité, elle est d'autant plus glorieuse que la volonté adhère avec un plus grand désir à la disposition établie par Dieu, et dans la prospérité, elle est d'autant plus vraie que le cœur est plus détaché de la gloire présente accordée par Dieu même. » Telles sont les paroles de saint Grégoire.
D'après saint Bernard (de prœcepto et dispensât.), la véritable obéissance doit avoir trois qualités : la promptitude pour exécuter le commandement, la joie pour supporter la peine et la persévérance pour accomplir l'œuvre. Saint Augustin montre combien l'obéissance est excellente et la désobéissance funeste, lorsqu'il dit (de arbore scientiœ boni et mali) : « Le Seigneur nous a manifesté clairement que la soumission est un grand bien, en défendant à l'homme placé dans le paradis terrestre une chose qui de soi n'était pas mauvaise. C'est là que l'obéissance seule pouvait mériter la couronne à l'homme, tandis que la désobéissance seule lui mérita le châtiment. » — « La désobéissance, ajoute saint
Bernard (Serai. 46 in Gan tic), offense Dieu, éloigne de nous les Anges, nous exclut de la communion des Saints, nous prive de la vie éternelle, cause de la joie aux démons, nous rend dignes du supplice éternel. Assurément, il ne se communiquera pas à l'homme désobéissant Celui-là même qui préféra mourir que de ne pas obéir, et qui aima mieux perdre la vie que la soumission. »
Jésus, ayant fini d'intimer ses ordres à ses disciples, pour leur apprendre comment ils devaient instruire les autres et se conduire eux-mêmes, vint enseigner et prêcher dans leurs propres villes, c'est-à-dire dans celles où ils étaient nés, où ils avaient été élevés,, et avaient demeuré (Matth. xi, 1). Il voulait ainsi évangéliser les Juifs auxquels il avait été envoyé ; mais en s 'abstenant d'évangéliser les Samaritains et les Gentils, il exécutait lui-même ce qu'il avait recommandé à ses disciples, afin d'accomplir ses anciennes promesses d'après lesquelles l'occasion du salutdevait être offerte premièrement aux Juifs. En même temps, le Sauveur donne aux prélats les plus éminents l'exemple de ne point se dispenser de la prédication, quoiqu'ils aient confié cette fonction à des ministres subalternes ; et de ne point se livrer à l'oisiveté pendant que les autres travaillent, afin de ne pas perdre eux-mêmes le fruit glorieux d'un ministère utile.
« Jésus-Christ, dit saint Chrysostôme, après avoir achevé de transmettre ses ordres aux Apôtres, s'en alla prêcher afin que le Maître ne se reposât point pendant que les disciples se fatiguaient, car il les avait choisis pour être non pas ses remplaçants, mais ses coopérateurs clans l'œuvre du salut des hommes ; et comme les serviteurs s'empressaient d'y contribuer, il fallait que le Père de famille s'y appliquât davantage. Dans l'ordre des choses séculières, le personnage le plus honorable et le plus puissant fait exécuter tout ce qui
lui est nécessaire par ses sujets et ses inférieurs ; mais lui, tranquille dans sa dignité, il préside à l'exécution et s'abstient de tout travail. Dans l'ordre des choses spirituelles il n'en est pas ainsi ; celui qui est le plus grand, prend la plus large part aux communs labeurs. Voilà pourquoi, tandis que les Apôtres commençaient leurs prédications, Jésus- Christ redoublait les siennes. Il les avait envoyés comme le soleil répand ses rayons, comme la rose exhale ses parfums, comme le feu jette ses étincelles ; afin que, comme le soleil se manifeste par ses rayons, la rose par ses parfums et le feu par ses étincelles, ainsi la puissance de Jésus-Christ se manifestât par les prodiges de ses Apôtres. Quel homme remarquant l'instruction des disciples, ne loue la science de leur maître ? en considérant les grandes œuvres des ministres, qui n'admire l'autorité suprême de leur chef? Or les miracles que Jésus-Christ faisait, les Apôtres les faisaient également, de telle sorte que l'opération de ces merveilles augmentait de plus en plus la renommée de leurs vertus. » Ainsi s'exprime saint Chrysostôme.
Après avoir entendu les recommandations du Seigneur, les disciples allèrent non pas gouverner les provinces, mais évangéliser les bourgades ; non pas pervertir les hommes, mais guérir les âmes et les corps de tous côtés, sans faire acception de personnes. De la vie contemplative où ils avaient été élevés, ils s'élancèrent dans la vie active de la prédication et des œuvres merveilleuses, engageant les hommes par leurs paroles et par leurs exemples à faire pénitence. Mais, hélas ! aujourd'hui beaucoup quittent le secret repaire de leurs pensées criminelles pour se livrer publiquement à l'iniquité, en corroinimut le prochain par leurs discours et leurs actes scandaleux.
Prière.
Seigneur Jésus, Maître plein de bonté, faites que, pour votre nom, je reçoive avec honneur et traite avec bienveillance et charité les Prophètes qui prêchent votre doctrine, les justes qui observent votre Loi, vos disciples et vos messagers qui vous font connaître par leurs discours et par leurs exemples ; qu'en considération de leurs mérites, j'obtienne de votre libéralité la faveur de partager leur récompense. Accordez-moi aussi, Seigneur mon Dieu, d'écouter avec respect les prélats, les prédicateurs et les prêtres, de me soumettre humblement à leurs admonitions, afin que je puisse trouver grâce en votre présence avec les vrais obéissants. Ainsi soit-il.