‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 4)Chapitre 17 sur 33 · CHAPITRE LXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXII

L A S A M A li 1 X A I N E

Joan iv, 3-42.

Jésus quitta de nouveau la Judée afin de retourner en Galilée (Joan. iv. 3). Pour effectuer ce voyage, il devait passer par la Samarie (Ibid. 4); mais il n'avait pas l'intention de s'arrêter en cette contrée, parce qu'il aurait semble agir contrairement à la recommandation qu'il avait faite à ses disciples, en leur disant : N'allez pas sur les terres des Gentils, et n'entrez point dans les villes des Samaritains (Matth. x, 5) ; car les Samaritains étaient pour la plupart Gentils. Néanmoins, d'après La disposition de la route. Le

Seigneur était obligé de traverser leur pays, la Samarie se trouvant entre la Judée et la Galilée. Il arriva donc dans une de leurs villes, àSichem qu'on appelait par altération de nom Sichar, et qu'on appelle aujourd'hui Néapolis (Ibid. 5). Elle est à quatre milles de la capitale, nommée alors Samarie, maintenant Sébaste ; et à treize lieues de Jérusalem, vers le nord. Nous lisons dans la Genèse (xxxiv) que Jacob, revenant de Mésopotamie, resta quelque temps dans les environs de Sichem, où il acheta un champ d'Hémor, prince de cette cité. Mais les fils de Jacob, irrités de l'enlèvement de Dina leur sœur, firent périr les habitants de Sichem, et le patriarche devint ainsi maître du territoire qu'il donna en mourant à son fils Joseph ; ce même pays tomba plus tard au pouvoir des Samaritains et des Gentils. — Or, en cet endroit se trouvait la fontaine de Jacob (Joan. iv. 6); o'était un puits que Jacob lui-même, lors de son séjour, avait creusé tout près de la porte méridionale de Sichem. Mais depuis l'événement que nous allons raconter, il fut appelé le puits de la Samaritaine. On a bâti là une église en forme de croix, au milieu de laquelle le puits se trouve placé ; à gauche de cet édifice on montre encore la demeure du patriarche et l'héritage qu'il laissa à son fils. Ce puits est appelé fontaine, parce que tout puits est une fontaine, mais toute fontaine n'est pas un puits ; car une source d'eau qui sort de terre d'une manière quelconque est bien une fontaine, mais elle n'est pas un puits, si elle jaillit à la surface du sol et non point au fond d'une excavation. Or la fontaine qui est ici mentionnée, était véritablement un puits.

Jésus , fatigué du chemin, s'assit sur le bord de la fontaine ; l'épuisement qu'il éprouvait, manifestait la réalité de sa nature humaine et l'endroit où il s'arrêtait était très-con-

venable pour prendre le repos que réclamait sa lassitude. La position du Sauveur.près de ce puits pouvait fournir occasion à d'utiles enseignements, car il est lui-même la source des eaux de la sagesse, de la grâce et de la vie. Il s'asseyait pour montrer qu'il enseignait avec autorité, comme étant le Docteur suprême. Cétait environ la sixième heure. On comprend alors que si Jésus était fatigué, c'est qu'il avait longtemps prêché et marché à pied ; car il voyageait sans monture. La fatigue du Sauveur, à ce moment de la journée, figurait sa Passion qui devait s'accomplir à pareille heure. Il éprouvait ainsi la lassitude dans son corps, Celui dont la puissance nous a tirés du néant et dont la bonté nous retire de l'abattement, Celui dont l'absence cause notre faiblesse et dont la présence fait notre force. Il a uni à sa personne tout ce qui vient de notre infirmité, sauf le péché, afin de nous délivrer de ce même j)éché, et nous aider dans notre infirmité. Il a pris non-seulement notre nature humaine, mais encore tous s£s défauts qu'il pouvait prendre convenablement. Ainsi, comme les souffrances sont les effets de la nature humaine, dont elles exercent et perfectionnent la vertu, il a pris réellement ces peines physiques el morales propres à notre nature en général, telles que la laiui et la soif par la privation d'aliment et de breuvage, la tristesse et la crainte en face des adversités, ainsi que toutes les autres misères de ce genre, comme la chaleur, le froid. la lassitude; mais il n'a pas pris tous les défauts corporel comme la maladie avec ses diverses modifications; ni tous les défauts de l'âme, tels que le péché, l'ignorance, la révolte de la chair contre l'esprit. Jésus-Christ voulant donc montrer qu'il s'était revêtu de la nature humaine en réalité, . laissait faire et souffrir ce qui est propre à l'homme ; mais, d'un autre côté, voulant montrer qu'il possédail

puissance de la nature divine, il accomplissait des œuvres merveilleuses, comme il convient à un Dieu. Ainsi, lorsqu'il éloignait de son corps l'influence de la divinité, il avait faim, il était fatigué ; et lorsqu'il appliquait à son corps l'action de la divinité, il travaillait sans se fatiguer, et, malgré la privation de nourriture, il ne ressentait pas l'aiguillon de la faim.

Cependant, les disciples étaient allés à Sichem pour acheter des vivres. Ici, dit saint Chrysostôme (loco cit.), l'Evangéliste nous montre l'humilité de Jésus-Christ qui ' reste ainsi tout seul ; il voulait accoutumer ses disciples par son exemple à fouler aux pieds tout orgueil. Admirons également la mortification du Sauveur, si peu préoccupé de sa nourriture qu'il n'en portait jamais avec lui. — Alors une femme de la Samarie qui habitait Sichem, ville importante de la province, vint pour puiser de l'eau (Joan. iv. 7). Si elle avait besoin de cette eau matérielle pour son corps, elle avait encore plus besoin pour son âme de l'eau spirituelle . de l'instruction et de la grâce. Un dialogue s'établit entre cette femme et le Sauveur sur plusieurs points qu'ils traitèrent ensemble. Jésus-Christ pria d'abord la Samaritaine dont il souhaitait la conversion de lui donner à boire, car il était dévoré d'une soif sensible, à cause de la fatigue que la route lui avait causée ; mais il était surtout pressé d'une soif morale, à cause de sa charité qui lui faisait désirer ardemment le salut de l'homme. Cette femme, remarquant les franges de sa robe, reconnut aussitôt qu'il était Juif. Mais ne savez-vous pas, lui dit-elle, que les Juifs n'ont pas de communication avec les Samaritains (Joan. iv, 9.) ? Ces deux peuples, en effet, se distinguaient entre eux par leur religion ainsi que par leur costume ; car les Juifs avaient des franges à leurs vêtements pour ne pas être confondus

avec les Gentils. Ceci est une leçon pour nous. Le Chrétien, l'ecclésiastique et le religieux doivent se distinguer des autres hommes par leur extérieur, leur sobriété dans la nourriture et leur simplicité dans tout ce qu'ils possèdent. Mais, hélas ! aujourd'liui peut-on les reconnaître et discerner l'ecclésiastique du laïque et le Chrétien de l'infidèle.

Relativement à l'origine des Samaritains, on doit savoir que, les dix tribus d'Israël ayant été emmenées captives, le roi des Assyriens, en haine des Juifs, envoya une colonie chaldéenne pour habiter le pays désert delà Samarie. Ces étrangers apportèrent avec eux leur culte idolâtrique. Mais le Seigneur envoya des lions qui firent de terribles ravages parmi eux. Pour les délivrer de ce fléau, Salmanasar leur députa un prêtre juif qui devait les instruire du culte divin. La crainte des bêtes sauvages les porta à suivre les conseils de ce prêtre. A son instigation, ils reçurent les livres de Moïse et de Josué, son disciple, avec les coutumes du pays, mais ils rejetèrent les écrits des Prophètes -, ainsi, ils adoptèrent la circoncision, mais sans abandonner leurs superstitions. Comme ils mêlaient l'observation de la Loi au culte des idoles, ils étaient en partie Gentils, en partie Juifs. Ils ^ s'appelèrent d'abord Cynéens, à cause du fleuve de ce nom ; et ils se nommèrent ensuite Samaritains, parce qu'ils n'étaient ni Gentils ni Juifs. Aussi les Juifs exècrent tellement les Samaritains qu'ils s'abstiennent de manger et de demeurer avec eux ; ils les traitent d'usurpateurs, parce qu'ils se sont saisis de l'héritage du patriarche Jacob. 11 était défendu, il est vrai, aux Juifs de contracter aucune alliance et d'entretenir aucune amitié avec les Gentils; mais ils vouaient une haine particulière aux Samaritains, soit parce que ceux-ci s'étaient emparés d'une partie de leur territoire ; soit parce qu'ils leur avaient suscité de grands obstacles

dans la reconstruction du Temple et de Jérusalem, soit parce qu'ils s'adonnaient au culte des idoles, soit enfin parce qu'ils priaient sur la montagne de Garizim et non dans le temple de Jérusalem.

Dans son entretien avec Jésus, ayant entendu celui-ci lui dire qu'elle avait eu cinq maris légitimes, et que le sixième qu'elle avait alors n'était pas le sien, quoique les habitants de l'endroit le crussent, la Samaritaine répondit : Je vois bien, par la révélation que vous me faites d'une chose secrète, que vous êtes un Prophète (Jpan. iv, 19). Selon saint Chrysostôme (Hom. 31 in Joan.), c'est comme si elle disait à Jésus : « En me parlant de faits aussi cachés, vous me montrez que vous êtes un Prophète. » C'est pourquoi elle tourna la conversation sur la controverse qui partageait les Juifs et les Samaritains, h savoir, sur le lieu légitime où il fallait adorer Dieu. D'après les Juifs, c'était à Jérusalem, dans le temple que Salomon avait bâti sur le mont Moiïa, et ils prétendaient pour cela l'emporter sur les Samaritains. D'après les Samaritains, au contraire, c'était sur la montagne de Garizim, où les Patriarches avaient adoré Dieu, près de Sichem, noix loin de la fontaine susdite. Car, avant la construction du Temple, les Juifs avaient coutume de prier et de sacrifier sur les montagnes ; aussi Jacob et ses enfants avaient probablement prié et sacrifié sur le mont Garizim, près du lieu où ils habitaient. On y voit encore le temple consacré à Jupiter hospitalier, dont il est parlé dans le second livre des Machabées. Les Samaritains se prévalaient donc contre les Juifs de cette montai-ne qui était fort célèbre. Ils regardaient les Patriarches de l'ancienne alliance comme leurs ancêtres, parce qu'ils avaient reçu les livres de Moïse et qu'ils étaient en partie Juifs. Toutefois, l'endroit le plus convenable pour offrir des

prières el des sacrifices était à Jérusalem, puisque Dieu lui-même avait choisi cette ville, pour cette "noble fin. Or Jésus, répondant à- son interlocutrice, lui dit : Femme, croyez-moi, maintenant que l'Évangile va être publié partout, voici le temps où les hommes n'adoreront plus Dieu clans Jérusalem, parce que les cérémonies vont cesser ; ni sur cette montagne, parce que les superstitions païennes vont disparaître ; alors les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité (Joan. iv, 21). Jésus désigne Dieu par le nom de Père, parce que la Loi précédente ne le faisait pas honorer comme un père, mais comme un maître ; l'adoration du Chrétien est dictée par l'amour filial, tandis que- celle des Juifs était commandée par la crainte servile. Pour exclure les cérémonies figuratives et charnelles de la Loi mosaïque, Jésus dit que le Père sera honoré en esprit ; puis il ajoute qu'il sera honoré en vérité, pour exclure l'erreur et la fausseté de l'idolâtrie qui constituait les superstitions païennes ; car Jésus-Christ a établi son culte parfait sur les ruines de tous les anciens cultes, du judaïsme comme du paganisme. Avec la prédication du Sauveur on a vu commencer la prédication de l'Évangile, qui a introduit le véritable culte de Dieu, et qui a formé des Juifs et des Gentils un seul peuple chrétien. Lors donc que les ombres eurent été dissipées et que la lumière de la foi brilla sur le monde, on reconnut que Dieu n'habitait pas dans les demeures bâties de la main des hommes, mais dans les âmes pures. — Jésus-Christ semble dire : Je ne préfère point un lieu à un autre comme théâtre du culte religieux ; car Dieu doit être adoré partout également, pourvu qu'il le soit en esprit et en vérité, c'est-à-dire avec cette ferveur d'amour ou de charité que l'Esprit-Saînt produit dans l'âme par la considération et l'espérance des biens véritables et éternels. Ou

bien encore, Dieu doit être adoré en esprit et en vérité, c'est-à-dire d'une manière spéciale dans le sanctuaire d'un cœur dévoué et par la connaissance de la vraie foi. Ne croyez pas que la prière soit meilleure à cause de l'endroit où elle se fait, mais plutôt à cause de la ferveur avec laquelle on la fait. Dieu étant esprit, réclame un culte spirituel qui lui soit rendu dans un cœur pur et pieux, avec une intention droite et sincère -, il ne veut pas un culte matériel qui lui soit offert sur une montagne ou dans un édifice, car il n'est pas essentiel à la prière qu'elle soit faite dans tel lieu en particulier. Mais Dieu a choisi pour temple toute âme juste qui lui demande non pas des biens frivoles et passagers, mais les biens véritables et éternels. Comme il est partout, il veut et il peut être adoré partout. C'est pourquoi David disait : 0 mon âme, bénis le Seigneur dans toute l'étendue de sa domination (Ps. en, 22).

« D'après l'opinion des Samaritains, dit saint Théophile, Dieu était circonscrit dans un endroit où il fallait l'adorer. Voilà pourquoi Jésus-Christ dit que les vrais adorateurs l'adorent non pas dans un lieu, mais dans leur âme, ou en esprit ; il ajoute qu'ils l'adoreront en vérité, et non pas en figure, comme les Juifs dont le culte était entièrement symbolique. Dieu qui est esprit et vérité, demande des adorateurs spirituels et véritables. » — Cependant, remarque saint Augustin (Tract. 15inJoan.), vous disiez peut-être : Oh ! si je me trouvais sur quelque montagne élevée et solitaire, il me semble que le Très-Haut exaucerait plus volontiers une prière faite plus près de son trône. Quoi ! reprend le saint Docteur ; parce que vous êtes sur une montagne, vous vous croyez plus proche de Dieu, et vous pensez qu'il vous exaucera plus vite, parce qu'il vous entendra mieux crier ! 11 est vrai qu'il habite dans les cieux, mais il regarde jusque

dans les abîmes (Psal. cxn. 6) ; il considère avec attention les humbles dont il s'approche, et il détourne sa vue des orgueilleux dont il s'éloigne d'autant plus qu'ils s'estiment plus élevés. Vous cherchiez une montagne pour prier, descendez plutôt pour atteindre le Seigneur. Si toutefois vous désirez vous élever, vous le pouvez, mais ne cherchez point une montagne hors de vous-même ; car comme l'a dit le Prophète royal (Psal. lxxxiii) : Dans cette vallée de larmes, où il doit avoir des sentiments humbles, V homme dispose des degrés en son cœur, pour s'élever jusqu'au ciel. Voulezvous donc trouver un lieu saint et sublime pour offrir à Dieu votre prière ? préparez-lui un sanctuaire au dedans de vous-même ; car n'oubliez pas que vous êtes un temple consacré au Scigneur\{\ Cor. m, 17.). » Telles sont les paroles de saint Augustin. Ainsi Jésus-Christ profita de la question que la Samaritaine lui avait adressée, pour lui annoncer que le culte spirituel et véritable de Dieu allait remplacer les superstitions des Gentils et les cérémonies des Juifs.

Les disciples arrivèrent alors de la mile avec les vivres qu'ils avaient achetés, et ils furent surpris que Jésus s'entretînt avec cette femme (Joan. iv, 27). Ils n'avaient certes aucun soupçon à l'égard de leur divin Maître, mais leur étonnement venait de ce qu'un si grand Docteur, de ce que le souverain Seigneur de tout l'univers daignait converser avec une pauvre païenne toute seule. Ils n'étaient pas surpris de le voir parler à une femme, puisqu'il parlait quelquefois à celles qui l'accompagnaient dans ses prédicacations ; mais ils étaient surpris de la condescendance avec laquelle il instruisait une étrangère idolâtre ; car ils ignoraient qu'elle figurait l'Église nouvelle qui allait être tirée de la Gentilité, puisque le Messie était venu pour chercher et sauver ce qui étaitperdu, ce qui avait péri (Luc. xix. 10).

« Les disciples, dit saint Chrysostôme (Hom. 32 in Joan.), admiraient l'extrême mansuétude et l'humilité extraordinaire de Jésus-Christ qui ne craignait pas de s'abaisser jusqu'à s'entretenir familièrement avec une pauvre Samaritaine. » Aucun d'eux cependant ne lui dit : Que lui demandez-vous ? Ni, pourquoi lui parlez-vous ? Ils savaient bien que sa conversation avec elle n'était pas inutile et vaine, quoiqu'ils ne le comprissent pas encore comme ils le comprirent bientôt, lorsqu'ils en virent les heureux résultats.. La Samaritaine, instruite par le Sauveur, désira vivement publier ce qu'elle venait d'apprendre (Joan. iv, 28). Laissant donc sa cruche,. elle retourna dans la ville inviter ses concitoyens à venir voir un homme merveilleux qui lui avait dit les choses les plus secrètes qu'elle avait faites. Cet empressement prouve la dévotion qu'elle avait déjà conçue à l'égard ,de Jésus-Christ ; car oubliant d'apporter l'eau nécessaire à sa vie matérielle, elle courut annoncer qu'elle avait trouvé la source même de la sagesse, cette eau nécessaire à la vie spirituelle. Elle négligea le soin du corps pour ne penser qu'au salut de lame, et imite en cela les Apôtres qui avaient tout quitté pour suivre le Seigneur (Luc. v, 11). A cet exemple, les prédicateurs évangéliques doivent abandonner tout souci et tout fardeau du siècle. « De même qu'à la voix de Jésus-Christ, dit saint Chrysostôme (Hom. 33 in Joan.), les Apôtres avaient laissé leurs filets, de même aussi la Samaritaine laissa sa cruche, pour accomplir une fonction évaugélique ; elle réussit en peu de temps à gagner une ville entière à Jésus-Christ. » — « Il fallait, ajoute saint Augustin (Lib. lxxxih, Evang. quaest. 74), que cette femme croyant à Jésus-Christ renonçât au siècle, et montrât, en laissant sa cruche, qu'elle avait déposé toute convoitise séculière pour aller annoncer la vérité. Apprenez

ainsi à laisser votre cruche auprès du puits, vous tous qui voulez porter l'Évangile aux peuples ». Ce qui prouve encore le zèle de la Samaritaine, c'est qu'elle ne craint pas de dévoiler ses désordres pour engager ses concitoyens à venir entendre le Sauveur. « Cette femme, dit saint Chrysostôme ''Hom. 33 in Joan.), ne rougit point de révéler sa conduite passée ; car lorsque l'âme est enflammée du feu divin, elle ne tient plus à rien de ce qui est sur la terre, elle est indifférente à la gloire comme à la honte ; elle est toute concentrée dans l'amour de Dieu qui la possède. » — Cet homme ■ne serait-il pas le Christ? s'écriait-elle (Joan. îv, 29). Comme si elle disait : Oui, c'est ce qui me paraît par l'effet ; il me semble qu'il y a dans lui plus du Dieu que de l'homme ; car Dieu seul connaît les pensées et les secrets des cœurs.

Remarquons ici que Jésus-Christ engage cette femme et nous-mêmes en sa personne, à trois choses : 1° à mépriser l'amour du monde et de tous ses biens, quand il dit (Joan. iv, 13): Quiconque boira de cette eau matérielle aura soif encore, quoiqu'il soit désaltéré pour quelque temps ; car l'amour des choses mondaines, des richesses, des plaisirs et des honneurs augmente la soif, loin de l'étancher. Ces trois passions, d'aprèsla parole du Sage(Prov. xxx, 1 5), sont comme des sangsues qui répètent toujours : Apporte, apporte, sans jamais se rassasier. En tête^marche la superbe, cause et commencement de tous les maux ; elle a pour filles principales, la cupidité et la luxure, parce que l'orgueilleux n'ambitionne pas seulement les dignités, niais il ravit encore aux autres leurs possessions et recherche les voluptés. La vanité de tous ces biens parut spécialement dans la personne du célèbre Alexandre. Il était maître de toute la terre, comblé de richesses et saturé de jouissances lorsqu'il mourut. Ses restes ayant été déposés dans un vase d'or, plusieurs philosophes t. m 17

se réunirent autour de ses dépouilles mortelles. L'un d'eux, pourmontrerle néant des grandeurs humaines, disait : Celui pour qui l'univers entier était trop étroit hier est aujourd'hui contenu dans un tombeau très-exigu. Un autre, voulant prouver l'inutilité des richesses, disait : Hier, ce roi puissant faisait de l'or son trésor, et aujourd'hui sa cendre fait le trésor même de l'or. Un troisième, pour montrer la caducité des plaisirs, disait: Hier, Alexandre regorgeait de délices, et aujourd'hui il est dévoré par les vers. '

2° Jésus-Christ engageait la Samaritaine et nous avec elle à désirer l'amour de Dieu, lorsqu'il disait : Celui qui boira de Veau que je lui donnerai, c'est-à-dire de la grâce du Saint- Esprit, n'aura jamais soif, parce que l'amour du Saint- Esprit éteint l'amour des plaisirs et des honneurs de ce monde. Selon saint Augustin, « celui qui boira des eaux du paradis, dont une seule goutte vaut plus que tout l'Océan, verra disparaître complètement en lui la soif des choses de ce monde. » Dès que saint Paul eut puisé à ce fleuve céleste, il fut délivré de son grand orgueil, et de loup féroce il fut transformé en un doux agneau. Aussitôt que saint Matthieu approcha de cette source divine, il vit s'évanouir en lui toute avarice, d'injuste ravisseur il devint un homme contemplatif. Marie-Madeleine, qui avait goûté de cette eau merveilleuse, sentit bientôt s'éteindre en elle toute convoitise, et de pécheresse publique fut changée en une pure colombe.

3° Le Sauveur nous engageait avec la Samaritaine à rechercher la connaissance de lui-môme. Cette femme y arriva par degrés ; commençant par reconnaître que Jésus-Christ adorait un seul Dieu, elle lui dit d'abord qu'il était juif, puis qu'il était prophète, enfin qu'il était le Christ lui-même, comme elle le croyait. Par l'exemple de ce progrès sensible, apprenons à nous élever peu à peu des petites choses aux

grandes. Jésus-Christ, en saint Marc (iv, 28), a représenté cette gradation par la comparaison de la terre qui d'ellemême produit premièrement l'herbe, ensuite l'épi, puis le grain de froment. Selon la Glose, ceci figure la crainte, la pénitence et la charité. Le premier degré est celui des âmes qui débutent dans la vie spirituelle ; le second, celui des âmes qui progressent dans la vertu ; le troisième, celui des âmes arrivées à la perfection. Mais nous traiterons plus longuement ce sujet dans le chapitre suivant, en expliquant la parabole de l'ivraie.

Sur la parole de la Samaritaine, les habitants de Sichem sortirent donc de la ville et vinrent à Jésus, afin de l'entendre lui-même (Joan. iv, 30). Ceci nous fait comprendre que, si nous voulons aller au Sauveur, nous devons aussi sortir de la ville, c'est-à-dire nous dépouiller de la cupidité des choses mondaines. Pendant que la Samaritaine était allée prêcher ses concitoyens, et avant que ceux-ci fussent arrivés pour entendre le Sauveur, les disciples qui le voyaient épuisé de fatigue, le priaient de prendre la nourriture qu'ils avaient apportée. C'était en effet l'heure du repas ; le lieu ainsi que le temps étaient très-propres pour se restaurer, tandis que les étrangers étaient absents. Mais à l'occasion de la nourriture corporelle, Jésus se mit à parler de la nourriture spirituelle, c'est-à-dire de la conversion des Samaritains qui devaient lui être incorporés en quelque sorte par la prédication . D'après la disposition de mon Père, dit-il, j'ai à manger ou plutôt à m'incorporer une viande que vous ne connaissez pas (Joan. [v, 32). Comme s'il disait : La conversion des GentUs est une nourriture plus agréable à mon goût que celle que vous m'avez apportée. Selon saint Théophile, « Jésus appelle le salut des hommes une nourriture, pourmontier avec quelle ardeur il désire la délivrance de l'humanité ; car l'œuvre de

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notre rédemption est pour lui aussi désirable que l'est pour nous l'acte de la manducation. » A l'exemple du Seigneur, que les ministres de l'Église disent aux fidèles qui leur apportent des présents : Je dois prendre d'autres aliments que vous ne connaissez pas; je dédaigne vos offrandes parce qu'elles aveuglent les yeux du cœur.

Ma nourriture, ajoute le Sauveur {Joan. iv, 34), c'est-à-dire ma réfection, mon plaisir, ma force et mon soutien, sans tenir compte des besoins ou des avantages matériels, c'est défaire la volonté de Celui qui m'a envoyé, de consommer son ■ ouvrage de prédilection qui est la conversion et la rédemption des hommes ; car il veut que tous soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (I Tim. n, 4). En effet, la volonté du Père est que nous croyions en son Fils, et l'ouvrage du Père est de pourvoira notre rédemption. Ainsi, l'aliment et le breuvage de Jésus-Christ sont notre foi et notre salut qu'il cherchait et souhaitait avec tant d'empressement, lui qui fait ses délices d'être avec les enfants des hommes (Prov. vm, 31). Vous offrez donc à Dieu une nourriture spirituelle, lorsque par sa grâce prévenante vous lui demandez votre salut, en répétant ; Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel (Matth. vï, 10). D'après Origène (in Joan.), tout homme pour bien agir doit diriger son intention vers un double objet, à savoir, la gloire de Dieu et l'utilité du prochain ; car la fin de tout précepte, c'est la charité qui renferme l'amour de Dieu*et du prochain (I Tim. i, 5). Ainsi, la fin du précepte, c'est Dieu, quand nous agissons pour sa gloire, et c'est l'homme quand nous agissons pour son utilité. Par conséquent, Jésus-Christ fait la volonté de son Père lorsqu'il enseigne à croire en lui, et il fait l'ouvrage de son Père en manifestant le mystère de l'Incarnation jusqu'à ce qu'il y mette la perfection et le

couronnement par sa Passion. Il montre que le temps d'accomplir ce grand œuvre approche, enajonfant : Ne dites-vous pas qu'il y a quatre mois encore jusqu'à la moisson CJoan. îv, 35) ? Ces paroles nous font comprendre, comme il est écrit dans l'Histoire scolastique, qu'on était alors dans la saison de l'hiver, et apparemment au mois de janvier, parce que, dans ce pays chaud, les mois dont parle le Sauveur sont ceux où les moissons mûrissent ; aussi, c'était à la fête de la Pentecôte qu'on offrait les prémices des fruits. Jésus- Christ semble donc dire : Le temps de la moisson matérielle est encore éloigné, il est vrai, mais celui de la moisson spirituelle est proche. Or, qu'est-ce que la moisson matérielle ? C'est la récolte des blés des champs ; et par similitude, Jésus- Christ appelle moisson spirituelle la vocation des hommes à la foi, par laquelle ils sont comme rassemblés dans le grenier du Seigneur. Voilà pourquoi il ajoute : Pour moi je voies le dis : Levez les yeux de votre âme, et voyez les campagnes préparées à donner le froment de la foi ; considérez qu'elles sont déjà blanches, c'est-à-dire revêtues de la candeur de leur bonne volonté, et assez mûres pour être moisson m Ici Jésus- Christ faisait allusion aux Samaritains qui venaient à lui en foule tout disposés à recevoir l'Évangile. En effet, un grand nombre d'habitants de Sichem crurent au Sauur sur le rapport de la fernmequi rendait ce témoignage: Il m'a dit tout ceqvej'ai fait (Joan. iv, 39).

Les Samaritains, riant donc venus trouver Jésus-Christ mu- le bruit de sa renommée, le prièrent de demeurer chez eux, pour qu'il les instruisît mieux et les fortifiât dans la foi (Joan. iv ; 40). Leur dévotion était si grande, qu'ap avoir reçu la foi, ils désiraient l'affermir par une connaissance plus dévi Loppée de la doctrine évangélique. Cet exemple de docilité condamne hautement la dureté de

Juifs qui tinrent une conduite toute contraire. « Sur le seul témoignage d'une femme, dit saint Chrysostôme (Hom. 33 in Joan.), les Samaritains, sans avoir été spectateurs d'aucun prodige, sortent en foule de leur ville pour prier Jésus-Christ de séjourner parmi eux ; et les Juifs qui avaient été témoins de nombreux miracles, firent tout ce qu'ils purent pour le chasser de leur pays. Aussi le Seigneur acquiesça à la demande des premiers qui était l'effet de leur zèle et de leur piété ; car il exauce toujours une prière inspirée par une semblable dévotion. // resta chez eux deux jours, pour faire connaître les deux préceptes de la charité aux disciples sincères de la foi. Mais le troisième jour qui figurait celui de la gloire, il partit de là, parce que les Samaritains n'étaient pas encore aptes à cette gloire. — Chaque jour maintenant l'Église, figurée par la Samaritaine, annonce Jésus-Christ à ceux qui se trouvent hors de son sein ; ceux-ci, sur sa renommée, viennent à Jésus-Christ et croient ; Jésus -Christ demeure chez eux pendant deux jours par' la charité, c'est-à-dire leur donne les deux préceptes de la charité, l'amour de Dieu et du prochain, dans lesquels consistent toute la Loi et les Prophètes (Matth. xxn, 40). Prions également le Sauveur de rester deux jours avec nous, afin de nous apprendre à observer le double précepte de la charité et à garder la foi des deux Testaments. — Et beaucoup plus de Samaritains crurent en Jésus-Christ pour avoir ouï ses discours qu'ils préféraient, comme étant des paroles de vie, à celles de la femme (Joan. iv, 41) ; car ils jugeaient que jamais homme n'avait parlé de la sorte (Joan. vu. 46). Aussi, ils disaient à la femme : Ce n'est plus seulement sur votre témoignage que nous croyons, car il n'est rien en comparaison de ce que nous voyons (Joan. iv, 42). Quoiqu'en effet l'enseignement d'un autre détermine quelqu'un à croire, la

foi de ce dernier cependant considérée en elle-même s'appuie sur la véracité divine, ou sur le miracle opéré pour confirmer ce qu'il croit. Nous-mêmes, ajoutaient les Samaritains, nous avons entendu de nos oreilles et jusqu'au fond de nos âmes les paroles de la Sagesse, proférées par Celui-là même qui est Dieu et homme ; et nous savons, qu'en vertu de sa dignité suréminente, il est le Sauveur du monde, par une bienfaisante efficacité et une influence universelle. Ils le savaient en effet, parce qu'ils croyaient fermement, caria foi nous fait adhérer à une doctrine avec une certitude plus grande que la science ; et ce qu'ils savaient, ils le proclamaient, parce qu'il ne suffit pas d'avoir la foi dans le cœur, mais qu'il faut de plus la confesser de bouche, comme saint Paul le déclare (Rom. x).

Considérez maintenant de quelle manière le Seigneur Jésus accomplit ses voyages, sans user de monture ou de véhicule ; il se contente d'aller à pied, pour ne pas embarrasser ceux qu'il visite ; voyez-le marcher péniblement, accablé de fatigue, jusqu'à ce qu'enfin il s'asseye près d'un puits pour goûter un peu de repos. En subissant ainsi la fatigue de la route, Jésus nous apprend à ne pas craindre d'endurer quelque peine pour sauver le prochain ; il nous donne en même temps une leçon de pauvreté, parce qu'il prêchait assis sur la terre nue, comme l'occasion s'en présenta, près d'un puits. Selon la remarque de saint Chrysostôme (Hom. 32 in Joan.), le Sauveur ne choisit pas un trône, ni un coussin moelleux, mais il s'assied au hasard, sur le sol, auprès d'une fontaine. Le Seigneur se soumit à beaucoup d'autres travaux, en sorte que sa vie entière s'écoula au sein des labeurs et des privations. Aussi le Psalmiste dit en sa personne : J'ai été dans l'indigence et la souffrance depuis ma jeunesse (Psal. lxxxvii, 16); Saint

Chrysostôme ajoute : « Jésus-Christ, arrivant dans la Samarie, ne se livre pas à une vie douce et agréable; il embrasse, au contraire, une vie pénible et austère ; il ne se sert point d'un magnifique équipage, mais il chemine à pied et brave avec tant de courage les difficultés de la route qu'il en est harassé de fatigue. Il nous apprend par là qu'il est un homme d'action, et que content de peu, il ne recherche pas les choses superflues ; car il veut que nous soyons aussi étrangers à toute superfluité et que nous sachions nous retrancher môme beaucoup de choses nécessaires. Voilà pourquoi il disait ailleurs : Les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel leurs nids, mais le Fils de l'homme n'a ■pas où reposer sa tête (Matth. vin, 20). Aussi se retirait-il souvent, la nuit comme le jour, sur les montagnes et dans les déserts. »

Considérez ensuite que les disciples ne portaient pas avec eux de vivres, mais qu'ils allaient s'en procurer au moment même où ils devaient manger. « Ainsi, dit encore saint Chrysostôme, le Seigneur nous montre ici, non-seulement qu'il ne craignait pas la lassitude du voyage, mais de plus qu'il négligeait le soin de sa nourriture ; car ses disciples n e portaient avec eux aucune provision. Nous en voyons encore la preuve dans un autre Évangéliste, lorsque, Jésus ayant dit à ses disciples : Gardez-vous du levain des Pharisiens et des Sadducéens, ils pensèrent et dirent entre eux : C'est parce que nous n'avons point pris de pain (Matth. xvi. 6, 7). Une autre fois dans leurs courses évangéliques, les disciples aiguillonnés par la faim prenaient des épis qu'ils froissaient dans leurs mains pour les manger. Un jour, le Seigneur lui-même voulut cueillir des figues pour apaiser sa faim. Par tous ces traits Jésus a voulu nous apprendre à mépriser notre corps et à ne pas le servir avec trop de coin-

plaisance. Bien que les disciples ne portassent, rien avec eux, ils n'étaient pas inquiets, dès le matin, pour leur nourriture; ils n'allaient s'en procurer qu'au moment où la nature réclame sa réfection, et où chacun remplit cet impérieux devoir. Quelle leçon pour nous qui, en quittant le sommeil, nous empressons d'appeler nos domestiques pour préparer la table ! Commençant par satisfaire notre sensualité avant de vaquer à toute autre occupation, nous préférons ainsi la ' matière à l'esprit et nous regardons comme nécessaire ce qui ne devrait être pour nous qu'accessoire. Nous devrions. au contraire penser aux choses du ciel avant de songer à celles de la terre, et accorder toute L'importance aux choses spirituelles. » Ainsi parle saint Chrysostôme.

Considérez encore l'humilité et la mansuétude de Jésus- Christ qui ne dédaigne pas de s'entretenir avec une femme mépi isée par les autres Juifs comme étrangère. Il ne s'éloigne pas des personnes d'une condition basse et abjecte; car souvent ce sont ces personnes mêmes qui saisissent les secrets du salul plutôt que les riches et l< s nobles. Admirez le zèle du Sauveur \ our l'intérêt des âmes ! C'est le moment de prendre la nourriture, et il diffère de manger pour instruire les habitants qui sortaient de leur ville afin de l'entendre. Quoique ce fut la sixième heure, et qu'il fut accablé de lassitude, il voulut travailler à la conversion des Samaritains, et iour-

oii ; u\ ! ' urvoir à

ses propres besoins matériels, quelque pressants qu'ils fussent. Quel puissant exemple poui Les prédicateurs de l'Évangile ! 1 e falul des hi mmes doil être, avant toute autre affaire, bol je! de leur sol iri Les porte à parler et à

- ; i us b s ( ihiétiens doivent aussi avoir plus de solli< itude pour la sain tification de Leur prochain que pour le soulagement de !• ps.

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Considérez enfin Jésus, épuisé par la fatigue et par la faim, s'asseyant non sur un siège moelleux mais sur la terre nue ; voyez-le mangeant avec ses disciples comme un homme ordinaire : il ne se rend pas dans les maisons opulentes de la ville, comme nous le faisons, nous autres disciples infidèles; car l'Évangile ne nous dit pas qu'il soit alors entré dans Sichem; il ne voulait pas être en contradiction avec lui-même, puisqu'il avait dit à ses disciples : Gardezvous d'entrer dans les villes des Samaritains (Matth.x,5). Et ce n'est pas la seule fois que le Seigneur, modèle d'humilité et ami de la pauvreté, a pris son repas sur la dure ; souvent, dans ses courses évangéliques, il mangeait en dehors des villes ou des villages, probablement sur les bords d'un ruisseau, ou près d'une fontaine, malgré sa fatigue et son abattement. Son repas ne se composait point de mets chers et exquis, ni de boissons délicates et recherchées, il n'usait point de vaisselle précieuse et variée ; mais il avait simplement pour breuvage l'eau pure du ruisseau ou de la source qui féconde. les vignes, et Celui qui donne la nourriture à tout être vivant mangeait modestement son pain, comme un pauvre n'ayant pour table que la terre. Compatissez donc à Jésus, harassé de fatigue et réduit à un tel abaissement, que, comme le reste des hommes, il éprouve et satisfait le besoin d'aliment et de breuvage pour restaurer son corps. Répétons avec saint Augustin saisi d'étonnement : « Oui, Celui qui nourrit toutes lescréaturesa eu faim, Celui qui désaltère les plus dévorantes ardeurs a eu soif ; il a été accablé de lassitude Celui qui nous a tracé la route pour arriver à la patrie céleste. »

Prière.

Seigneur Jésus, qui possédez tous les biens et les distribuez avec une généreuse libéralité, accordez-moi la nourriture qui doit réparer mes forces épuisées dans le chemin de cette vie. Source de vie, fontaine intarissable de toutes les grâces, enivrez mon cœur au torrent de vos chastes voluptés, pour lui faire oublier toutes les choses éphémères. Pain vivant qui ne s'épuise jamais, soyez mon aliment spirituel, afin que j'accomplisse en tout votre sainte volonté. Faites que j'aime et que je garde les deux préceptes de la charité avec la foi des deux Testaments, pendant les deux jours que vous resterez avec moi, et au tioisième, c'est-à-dire au jour de la gloire, établissez- moi pour toujours en votre société. Ainsi soit-il.

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